GAUCHE SOCIALISTE EN FRANCE DEPUIS 1945

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L’ère mitterrandienne : entre succès et désillusion

L’élection de François Mitterrand en 1981 a été rendue possible par la constitution d’une machine électorale et militante puissante, qui a engrangé au cours des années 1970 de nombreux succès électoraux et renouvelé ses élites dirigeantes. Une nouvelle génération d’élus, largement issue du monde enseignant, compose la nouvelle et confortable majorité parlementaire socialiste de 1981 (le groupe socialiste compte 285 députés contre 113 en 1978). La pratique du pouvoir conduit cependant à des révisions idéologiques déchirantes et ébranle l’identité doctrinale du PS.

François Mitterrand, le 21 mai 1981

Photographie : François Mitterrand, le 21 mai 1981

Rose à la main, François Mitterrand entouré par la foule remonte la rue Soufflot vers le Panthéon le 21 mai 1981, jour de son investiture. Il devient le quatrième président de la Ve République, dont il a depuis toujours combattu les institutions. L'élan populaire qui accompagne la... 

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Pierre Mauroy (maire de Lille, symbole du socialisme ancré dans les milieux populaires) est nommé Premier ministre au lendemain de la présidentielle et est reconduit à ce poste après l’écrasante victoire de la gauche aux législatives de juin 1981. L’abolition de la peine de mort en 1981 et la loi Deferre sur la décentralisation en 1982 sont en nette rupture avec la politique des gouvernements précédents. Mais les effets de l’alternance se manifestent surtout sur le terrain économique. Le gouvernement socialiste met en œuvre dans un premier temps une politique de relance économique d’inspiration keynésienne : augmentation des salaires, du SMIC, des retraites et des allocations familiales, embauches dans la fonction publique, lois Auroux renforçant la démocratie sociale dans les entreprises, généralisation de la retraite à 60 ans, réduction du temps de travail hebdomadaire à 39 heures… Un vaste programme de nationalisations transfère presque intégralement le crédit bancaire entre les mains de l’État. Mais le tournant de la rigueur (dès 1982-1983) met rapidement fin à ces premières orientations. La relance a creusé les déficits et augmenté les importations. Le gouvernement est contraint de dévaluer le franc. Les socialistes renoncent à une partie de leur projet politique pour ne pas sortir du système monétaire européen (SME, système de change qui limitait les fluctuations des monnaies au sein de la CEE). La politique de « rupture avec le capitalisme » est abandonnée sous la pression de l’aile « réaliste » du parti (Michel Rocard, Jacques Delors). S’engage alors une politique de modernisation économique sous la direction de Laurent Fabius, qui succède à Pierre Mauroy à Matignon en 1984.

Le nouveau Premier ministre, un énarque issu de la bourgeoisie, privilégie la lutte contre l’inflation et l’amélioration de la compétitivité des entreprises. Les termes « rigueur » et « rentabilité » font leur apparition dans le discours socialiste. C’est une date essentielle de la vie politique française parce qu’elle contribue à brouiller le clivage gauche-droite sur le plan économique et social. Ce revirement déstabilise les électeurs de gauche, d’autant que les socialistes ne sont pas parvenus à juguler l’augmentation du chômage et les effets de la crise économique. Sans surprise, le PS perd les élections législatives de 1986, même si les effets de la défaite sont atténués par l’adoption du scrutin proportionnel (avec 31 p. 100 des voix, le PS conserve 206 sièges).

La défaite de 1986 ouvre une première période de cohabitation (président de gauche, Premier ministre de droite : Jacques Chirac) marquée notamment par une première vague de privatisations. Mais François Mitterrand est réélu en 1988 avec 54 p. 100 des voix, au terme d’une campagne très gaullienne au cours de laquelle il a affirmé être « au-dessus des partis » (« La France unie ») et a voulu nouer une relation directe avec les Français à travers sa Lettre à tous les Français. Cette victoire est tempérée par le résultat des élections législatives, à l’issue desquelles le PS n’obtient qu’une majorité relative, ce qui conduit le président à nommer à Matignon son principal rival, Michel Rocard. Le nouveau Premier ministre choisit une ligne économique sociale-démocrate. Les socialistes abandonnent le thème des nationalisations, qui cessent alors d’être l’un des principaux emblèmes de la gauche française. Sur ce point, François Mitterrand définit le principe du « ni ni » : ni privatisations ni nationalisations. Les derniers gouvernements socialistes, sous François Mitterrand, mènent des politiques de « désinflation compétitive » qui privilégient les grands équilibres financiers à la lutte contre le chômage. A [...]

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François Hollande devant la photo de François Mitterrand, 2006

François Hollande devant la photo de François Mitterrand, 2006
Crédits : Pool Lafargue/ Luyssen/ Gamma-Rapho

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Guy Mollet, 1947

Guy Mollet, 1947
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Guy Mollet, 1968

Guy Mollet, 1968
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François Mitterrand, le 21 mai 1981

François Mitterrand, le 21 mai 1981
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  • : professeur de science politique à l'université de Lille

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Rémi LEFEBVRE, « GAUCHE SOCIALISTE EN FRANCE DEPUIS 1945 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gauche-socialiste-en-france-depuis-1945/