PICABIA FRANCIS (1879-1953)

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L'art désenchanté

Or, si cette âme n'existe pas, que restera-t-il alors à la peinture, quel paysage mental reflétera-t-elle ? La mort de l'âme signe celle de l'art : c'est le début, pour Picabia, de la grande crise dadaïste et d'un premier cycle d'anti-peintures où, ce n'est certainement pas par hasard, l'artiste se met de nouveau à recycler des images dont il n'est pas l'auteur – schémas de machines, coupes, élévations, images ready-made, proches parentes des objets prélevés et élevés au rang d'œuvres d'art par Marcel Duchamp. Faire des images avec d'autres images : le fonctionnement des œuvres machinistes de Francis Picabia est emblématique d'une attitude envers la création typiquement dadaïste. Au déploiement démiurgique du savoir-faire de l'artiste, Picabia substitue l'image frustrante et déceptive de la machine, réalisée selon des codes graphiques d'une rigueur et d'une monotonie qui ne laissent plus aucune place ni à l'invention, ni à la recherche, ni à la sensibilité, ni à la « main » (Machine sans nom, 1915, Museum of Art, Carnegie Institute, Pittsburgh). Le dédain du métier et de la mythologie qui l'accompagne est à son apogée dans une œuvre-manifeste comme M'amenez-y (1919-1920, Museum of Modern Art, New York). Réalisée à partir d'un schéma publié à la même époque dans La Science et la vie, elle oppose la sécheresse du dessin technique à une parodie de touche appliquée avec des effets de brosse volontairement bâclés et exagérément visibles ; l'œuvre est en outre parsemée d'inscriptions qui tournent en dérision, par le biais de mauvais jeux de mots, le métier d'artiste et une certaine idée de la peinture : la première d'entre elles la désigne comme un « portrait à l'huile », mais... « de ricin ! » ; une autre, « râtelier d'artiste », porte atteinte à la dignité du lieu mythique de la création ; « peinture crocodile », enfin, suggère une parenté avec l'expression « larmes de crocodile », désignant de fausses larmes, des larmes d'hypocrite – il faudrait donc comprendre « peinture crocodile » comme « fausse peinture » ou « fausseté de la peinture »... Ailleur [...]


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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Grenoble-II-Pierre-Mendès-France

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Pour citer l’article

Arnauld PIERRE, « PICABIA FRANCIS - (1879-1953) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/francis-picabia/