FÉTIAUX

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Membres d'un groupe, ou collège, de vingt prêtres (fetiales) chargé d'assurer à Rome la garantie de Jupiter vis-à-vis d'un ennemi, au moment de la déclaration d'une guerre ou de la conclusion d'un traité. L'institution de ce sacerdoce spécialisé répondait au besoin de mettre le bon droit de son côté en affirmant la « légitimité » d'une guerre et en sanctionnant l'« engagement » pris par traité ; institution très archaïque d'ailleurs, à en juger par les procédures ou formulaires que Tite-Live nous a conservés en I, xxiv, 7 pour la conclusion d'un traité et en I, xxxii, 6 pour la déclaration d'une guerre.

Cette dernière procédure se fondait sur la « demande de restitution des biens » (évidemment indûment enlevés par un étranger). Deux fétiaux gagnaient la frontière du peuple coupable et prenaient Jupiter à témoin de la légitimité de leur demande. Puis ils pénétraient sur le territoire ennemi et répétaient leur formule juridico-religieuse à la première personne rencontrée, puis à la porte de la ville, enfin sur le forum de la ville en présence des magistrats, ajoutant que, si réparation n'était pas accordée, la guerre serait déclarée sous trente jours. Au terme de ce délai, les deux fétiaux se présentaient à la même frontière et lançaient sur le territoire ennemi un javelot de cornouiller armé d'une pointe de fer. Avec l'éloignement progressif des territoires ennemis, cette procédure fut réduite à un geste symbolique à Rome même : le fétial de service lançait son javelot depuis le temple de Bellone sur un coin de terre réputée ennemie.

À la conclusion d'un traité, et après en avoir lu le texte à haute voix, le fétial demandait à Jupiter de frapper le peuple romain, s'il manquait aux engagements du pacte, plus rudement encore que lui-même se préparait à frapper le porc offert en sacrifice. Ainsi, dans un cas comme dans l'autre, les deux notions essentielles du ius, la légitimité d'une prérogative, et de la fides, le respect de la parole donnée, trouvaient leur fondement mystique, fas, explicitement mis en œuvre par l'office des fétiaux.

Le nom de ces prêtres se présente, pour Georges Dumézil, comme un adjectif dérivé. Il suppose l'existence d'un substantif qui n'a pas survécu dans la langue classique mais dont le sens devait être « la base », « le fondement ». Ainsi, le nom même des fétiaux suffisait primitivement à définir leur rôle : ils demandaient à Jupiter, garant du droit et des contrats, le fondement religieux permettant à l'armée de Rome d'avancer légitimement en territoire ennemi et de dicter loyalement ses conditions aux vaincus.

—  Jean-Paul BRISSON

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Pour citer l’article

Jean-Paul BRISSON, « FÉTIAUX », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/fetiaux/