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CANNES FESTIVAL DE

Nouveaux rivages

Après 1970, le festival ayant surmonté les turbulences et absorbé la contestation et les contestataires (1969 a vu la création de la quinzaine des réalisateurs), il se partage au long de la décennie entre les valeurs sûres, telles que Losey (Le Messager, grand prix international du film 1971) et Visconti (Mort à Venise, prix du XXVe Festival international du film 1971), les frères Taviani (Padre Padrone, palme d'or 1977), Coppola (Apocalypse Now, palme d'or 1979) ex aequo avec Le Tambour de Volker Schlöndorff, et les habiletés diplomatiques : La Maman et la Putain de Jean Eustache et La Grande Bouffe de Marco Ferreri, événements majeurs du festival, sont écartés de la palme d'or en 1973, tandis que Chronique des années de braise de Lakhdar Hamina se voit récompensé pour des raisons extra-cinématographiques.

Par contre, les palmes d'or décernées à Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) et à L'Arbre aux sabots d'Ermanno Olmi (1978) ne soulèvent aucune objection, non plus que le grand prix spécial enfin accordé à Éric Rohmer pour La Marquise d'O (1976).

Steve McQueen, vidéaste et metteur en scène
 - crédits : Alessandra Benedetti/ CORBIS/ Corbis Entertainment/ Getty Images

Steve McQueen, vidéaste et metteur en scène

À partir des années 1980, le rôle pionnier du festival s'estompe au profit d'un conformisme croissant, tendance qui s'inversera à partir de 1989-1990. Conformisme : ce sont les récompenses venues bien tard pour Kurosawa (Kagemusha, 1980) ou Wajda (L'Homme de fer, 1981), l'académisme qui concerne les œuvres de Roland Joffé (Mission, 1986), Bille August (Pelle le conquérant, 1988), ou le geste purement politique que constitue la demi-palme d'or attribuée en 1982 à Yilmaz Güney, alors emprisonné, pour Yol, réalisé en réalité par Serif Goren à partir des indications du metteur en scène. Pendant la même période, Tarkovski (Le Sacrifice, 1986) ou Kiesłowski (Tu ne tueras point, 1988) se contenteront de prix spéciaux du jury. Dans cette semi-léthargie, surgissent parfois quelques beaux coups d'éclat, tels La Ballade de Narayama de Imamura Shōhei (1983) et Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat (1987). Enfin, depuis 1979, avec la création opportune de la caméra d'or vouée à la découverte de nouveaux talents, la modernité retrouve une place appelée à s'épanouir, avec des lauréats comme Jim Jarmusch (Stranger than Paradise, 1984), Vitali Kanevski (Bouge pas, meurs, ressuscite, 1990), Pascale Ferran (Petits Arrangements avec les morts, 1994), Naomi Kawase (Moe no suzaku, 1997), ou Steve McQueen (Hunger, 2008).

Pulp Fiction, Q. Tarantino - crédits : The Kobal Collection/ Aurimages

Pulp Fiction, Q. Tarantino

Cette orientation vers de nouveaux rivages se confirme après 1990 avec des palmes d'or audacieuses décernées à Barton Fink des frères Coen (1991), La Leçon de piano de Jane Campion (1993), Pulp Fiction de Quentin Tarantino (1994), Secrets et Mensonges de Mike Leigh (1996) et Le Goût de la cerise d'Abbas Kiarostami (1997), celle-ci partagée avec L'Anguille d'Imamura, Rosetta de Luc et Jean-Pierre Dardenne (1999), Elephant de Gus Van Sant (2003), ou encore Entre les murs de Laurent Cantet (2008). D'autres années, ce sont des metteurs en scène désormais mythiques qui voient leur film couronné : Theo Angelopoulos (L'Éternité et un jour, 1998), Roman Polanski (Le Pianiste, 2002), Ken Loach (Le vent se lève, 2006). Enfin, des prix spéciaux attirent l'attention sur des cinéastes comme Idrissa Ouedraogo (1990), Lars von Trier (1991), Zhang Yimou (1994), David Cronenberg (1996), Youssef Chahine (1997), et attestent la mondialisation croissante de la production cinématographique.

Mike Leigh - crédits : Ron Galella, Ltd./ Ron Galella Collection/ Getty Images

Mike Leigh

David Cronenberg - crédits : Pool Benainous/ Duclos/ Gamma-Rapho/ Getty Images

David Cronenberg

Quel bilan tirer des choix d'un festival demeuré sans autre rival que Venise ? Côté critique, on peut, comme Michel Ciment, énumérer tous les grands cinéastes auxquels Cannes a refusé la récompense suprême : entre autres, Bresson, Kazan, Hitchcock, Wilder, Mankiewicz, Tarkovski, Tati, Resnais, Rohmer, sans parler de Bergman, « repêché » par une palme des palmes du cinquantenaire d'ailleurs boudée par[...]

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Écrit par

  • : historien du cinéma, ancien chargé de mission et conseiller technique du directeur général du Centre national de la cinématographie, ancien administrateur général du palais de Tōkyō (Maison du cinéma)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

<it>Le Troisième Homme</it> - crédits : Bert Hardy/ Picture Post/ Getty Images

Le Troisième Homme

Rashomon, A. Kurosawa - crédits : Hulton Archive/ Moviepix/ Getty Images

Rashomon, A. Kurosawa

La Dolce Vita, F. Fellini - crédits : Hulton Archive/ Moviepix/ Getty Images

La Dolce Vita, F. Fellini

Autres références

  • CHRONIQUE DES ANNÉES DE BRAISE, film de Mohamed Lakhdar Hamina

    • Écrit par Kristian FEIGELSON
    • 989 mots

    Né en 1934, le cinéaste algérien Mohamed Lakhdar Hamina forge ses premières armes cinématographiques dès 1958, en travaillant pour les actualités télévisées tunisiennes. Il reçoit, à trente-trois ans, le prix de la première œuvre à Cannes pour Le Vent des Aurès (1966), un long-métrage...

  • CRONENBERG DAVID (1943- )

    • Écrit par Frédéric STRAUSS
    • 1 884 mots
    • 2 médias
    ...s'agisse d'écriture ou d'images, doit s'opposer au goût et à l'idéologie majoritaires : c'est ce que rappela Cronenberg, en décernant la palme d'or du festival de Cannes 1999, qu'il présidait, au film Rosetta des frères Dardenne, et le grand prix du jury à L'Humanité de Bruno Dumont. Ce...
  • FESTIVALS

    • Écrit par Jean-Michel BRÈQUE, Matthieu CHÉREAU, Jean CHOLLET, Philippe DULAC, Universalis, Christian MERLIN, Nicole QUENTIN-MAURER
    • 17 192 mots
    • 20 médias
    ...paraissent indissociables, tant il est vrai qu'ils ont tous deux fortement contribué à façonner l'histoire du cinéma. Créé sous l'égide de Jean Zay en 1946, le festival de Cannes célèbre l'éclosion du cinéma moderne. Ingmar Bergman, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Robert Bresson ou encore François Truffaut...
  • HIROSHIMA MON AMOUR, film de Alain Resnais

    • Écrit par Michel MARIE
    • 997 mots
    • 1 média
    Bien que très soutenu par André Malraux, ministre d'État chargé des Affaires culturelles, le film ne représente pas officiellement la France au festival de Cannes de l'année 1959, où triomphe Les Quatre Cents Coups. Mais il est programmé hors compétition et impressionne favorablement...

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