CAMPION JANE (1954- )

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Jane Campion est très certainement une des figures de proue du cinéma des antipodes, une personnalité qui a permis à la Nouvelle-Zélande de rayonner bien au-delà de ses frontières. Elle est aussi, sans parti pris ni militantisme agressif, une cinéaste qui déploie un discours plus féminin que féministe, dont la sensibilité universelle se joue de tous les a priori.

Jane Campion est née à Wellington en 1954. Après quelques expériences théâtrales et une formation d'anthropologue dont son cinéma saura se souvenir, elle suit les cours de la Film and TV School de Sydney, en Australie. Elle y réalise ses premiers courts-métrages : Peel (1981), Passionless Moments (1984), A Girl's Own Story (1985). Rassemblés, ceux-ci constituent un programme qui est présenté au festival de Cannes où ils sont remarqués. Mais elle s'impose à l'attention de la critique internationale d'abord avec Two Friends (1986, réalisé pour la télévision) et surtout avec Sweetie (1989), où prend vie un univers d'auteur et d'esthète qui ira s'approfondissant. Jane Campion y confronte deux sœurs, l'une dont le mariage va à vau-l'eau, l'autre, handicapée mentale, dont les tendances régressives vont faire s'écrouler tous les faux-semblants. Ce conflit, qui aurait pu n'être que psychologique, prend une résonance inédite, car la cinéaste l'inscrit à l'intérieur d'une métaphore tellurique (un arbre tentaculaire dont la croissance fend le béton ; un autre, protecteur, où se réfugie Sweetie, surnom qui qualifie presque par antiphrase la jeune femme aux instincts d'animal sauvage). À partir de là, Jane Campion invente une myriade d'images obsédantes et accumulatives. Fausse chronique réaliste, Sweetie explore l'imaginaire et ne s'interdit aucun excès.

Après ce coup de maître, Un ange à ma table (An Angel at My Table, 1990), applaudi au festival de Venise, continue ce même discours sur la normalité et la singularité, encore une fois à partir du thème de la famille et de la sororité. Le point de départ est cette fois l'autobiographie de l'écrivain Janet Frame qui, après qu'un diagnostic de schizophrénie eut été porté, dut subir un long séjour en hôpital psychiatrique. Jane Campion fait siens la forme narrative et le personnage grâce à une esthétique foisonnante, aux couleurs saturées, qui invite sans cesse à dépasser les conventions. Après Genevieve Lemon dans Sweetie, Kerry Fox, qui incarne Janet dans un mélange de gaucherie et d'éclat (sa chevelure bouclée et rousse), confirme le flair exceptionnel de la cinéaste pour débusquer des actrices frémissantes et insolites ou pour révéler des nuances inconnues chez des interprètes consacrées (Nicole Kidman, Kate Winslet, Meg Ryan).

La Leçon de piano (The Piano, 1993) reste à ce jour le film le plus célèbre de Jane Campion. Il remporte la palme d'or au festival de Cannes. Certains taxeront d'académisme une esthétique très travaillée, mais qui tient compte également du désordre et de la laideur. En fait, Campion, aussi brillante scénariste que cinéaste visionnaire, invente une superbe fiction romanesque aux accents dix-neuviémistes, mais aux résonances on ne peut plus actuelles. L'héroïne, Ada MacGrath (l'Américaine Holly Hunter) est cette fois une jeune femme muette. Veuve, elle vient d'Écosse avec sa fille Flora pour épouser Alistair Stewart (Sam Neill), un colon de Nouvelle-Zélande. Confrontée à l'indifférence de son mari, elle vit une histoire d'amour passionnée avec un autre colon, Baines (Harvey Keitel). Le piano de la jeune femme joue un rôle central dans le rituel érotique qui se dessine alors. La nature – boue, racines envahissantes – fait voler en éclats la bienséance et la sauvagerie guette là où l'on ne l'attendait pas. Cette œuvre magistrale fait définitivement entrer Jane Campion dans le cercle des grands cinéastes contemporains.

Portrait de femme (The Portrait of a Lady, 1996), d'après Henry James, pouvait sembler corseter ce romantisme frénétique. Pourtant, derrière la surface lisse, on retrouve le tumulte, les interrogations sur la place de la psyché féminine, entre le civilisé et l'état sauvage, qui sont au cœur des préoccupations de la cinéaste. Holy Smoke (1999), qui revient aux antipodes et à un sujet contemporain (une jeune femme « envoûtée » par un gourou) pose en termes originaux le thème de la guerre des sexes : du désenvoûte [...]

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Écrit par :

  • : historien du cinéma, maître de conférences à l'université de historien du cinéma, professeur émérite, université de Caen-Normandie, membre du comité de rédaction de la revue Positif

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PARLANT (CINÉMA) - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Michel CHION
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Pour citer l’article

Christian VIVIANI, « CAMPION JANE (1954- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jane-campion/