EXÉKIAS (2e moitié VIe s. av. J.-C.)

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Peintre et potier, Exékias représente le courant de la céramique attique à figures noires de la seconde moitié du ~ vie siècle qui, par son style, s'oppose à la tendance maniériste du Peintre d'Amasis, son contemporain, et annonce le classicisme du ~ ve siècle.

Il exerça plus longtemps comme potier, et son œuvre doit dater de la période la plus intéressante de ce siècle, c'est-à-dire la tyrannie de Pisistrate entre ~ 550 et ~ 520. Sa carrière de peintre a pu être beaucoup plus brève.

On connaît de lui onze signatures, dont neuf comme potier et deux comme peintre et potier. La forme de vase qu'il affectionne le plus est l'amphore, mais il tourna aussi des coupes, dont certaines pour les Petits Maîtres, des pyxides, un dinos, et il fut certainement l'inventeur du cratère en calice : en effet, l'exemple le plus ancien que nous connaissions est signé par l'artiste. Ce type de cratère sera très prisé au siècle suivant. Outre les vases, il a décoré des plaques de terre cuite, de type funéraire.

Au début, les liens d'Exékias avec le Groupe E se manifestent nettement dans les formes qu'il crée, ainsi que dans le style et le décor ornemental. On a d'ailleurs la preuve qu'Exékias a directement collaboré à l'œuvre du (ou des) artiste(s) caché(s) sous ce nom, car il a tourné un vase de ce groupe avant d'être connu comme peintre. Son amphore peut-être la plus célèbre — l'amphore du Vatican — est du type A, dont la création revient à ce groupe. Il est délicat de saisir la nature exacte de l'influence du groupe sur Exékias puisque ce dernier a été lui-même à l'origine de certaines des innovations qu'on attribue au Groupe E. Il n'en demeure pas moins qu'Exékias apparaît comme une figure originale, chez laquelle il est difficile de distinguer une évolution réelle, tant sa forte personnalité et son goût du perfectionnisme imprègnent ses créations.

À part les plaques de terre cuite (Staatliche Museen, Berlin) qui illustrent des thèmes humains liés aux rites funéraires — luttes, lamentations, transport du défunt —, le répertoire iconographique d'Exékias comprend essentiellement des épisodes homériques rappelant le cycle d'Achille, des représentations héroïques avec Héraclès et quelques scènes de la mythologie, principalement dionysiaque. Pour les amphores, le décor figuré est souvent placé dans un cadre métopique et tranche sur le reste du vase traité avec une extrême sobriété. La netteté même du profil concourt à mettre en valeur la partie historiée, comme dans l'amphore du Vatican, sur laquelle sont représentés Ajax et Achille jouant aux dés. Dans cette scène, qui retient encore de la tradition proprement archaïque le goût des vêtements rebrodés — incisés sur le vase — et le rendu frontal de l'œil, tout semble par ailleurs évoluer vers un style nouveau. La composition est dépouillée, d'une symétrie nuancée, la perspective apparaît dans la superposition des plans et les lignes qui se croisent et conduisent le regard au centre de la scène, où les deux héros se penchent vers le tabouret pour lire sur les dés les points qu'ils ont obtenus. Exékias écrit même les chiffres devant les personnages, ajoutant ainsi l'animation familière à la tension psychologique. Par tous ces détails, l'artiste se détache du courant antérieur, crée un type nouveau de représentation et annonce le style classique.

Éxékias, Achille et Ajax jouant aux dés

Photographie : Éxékias, Achille et Ajax jouant aux dés

Éxékias, Achille et Ajax jouant aux dés, amphore attique à figures noires, 540 av. J.-C. Musée du Vatican, Rome. 

Crédits : Bridgeman Images

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Les mêmes tendances se dégagent de l'amphore du British Museum, sur laquelle deux personnages, Achille et Penthésilée, sont saisis au moment où Achille découvre son amour pour la reine des Amazones, alors qu'il l'a déjà blessée de sa lance et qu'elle met un genou en terre. Dans cette interprétation de la légende homérique, Exékias accentue l'aspect dramatique de la scène par l'échange des regards entre les deux protagonistes et atteint véritablement l'expression pathétique que développera par la suite la tragédie.

La coupe de Munich (Staatliche Antikensammlungen), enfin, est à la fois exceptionnelle et annonciatrice d'un style plus poétique. Sur un fond rouge, Dionysos vogue librement au milieu des dauphins. Exékias a ici synthétisé de manière très personnelle, et dans une composition tout à fait originale, la légende des pirates tyrrhéniens que nous rapporte encore aujourd'hui l'hymne homérique à Dionysos. L'esprit de cette composition est unique par son audace décorative et annonciate [...]

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Écrit par :

  • : archéologue, rédacteur en chef de la Revue archéologique, ingénieur du C.N.R.S., Institut de recherche sur l'architecture antique, Centre de documentation photographique et photogrammétrique

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GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - Les arts de la Grèce

  • Écrit par 
  • Pierre DEVAMBEZ, 
  • Agnès ROUVERET
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Pour citer l’article

Martine Hélène FOURMONT, « EXÉKIAS (2e moitié VIe s. av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/exekias/