LE SUEUR EUSTACHE (1616-1655)

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Considéré au xviiie siècle comme « le Raphaël français », Le Sueur fut pendant longtemps une des plus grandes figures de l'histoire de l'art, l'égal au moins de Poussin et de Le Brun et l'un des fondateurs du classicisme. Mais il a connu, dès le milieu du xixe siècle, une désaffection progressive. Toute une légende sentimentale s'élabora autour de lui, le présentant comme un peintre pauvre et persécuté, tendre et pieux, une sorte de Fra Angelico parisien. Cette célébrité équivoque devait le faire taxer de mièvrerie et d'académisme – d'autant plus que beaucoup de ses œuvres avaient disparu ou s'étaient mal conservées, et que certaines avaient été imitées jusqu'à l'affadissement. Aujourd'hui seulement, le renouvellement des recherches sur le xviie siècle français fait réapparaître dans sa variété et sa complexité un art très concerté, toujours en évolution, dont le charme demeure intact.

L'élève de Simon Vouet (1635 env.-1644)

Né à Paris en 1616, Eustache Le Sueur appartient à un milieu d'artisans (son père était tourneur en bois). Des dons précoces et sans doute des attaches familiales lui permettent d'entrer vers 1632 dans le plus célèbre et le plus actif des ateliers de la capitale, celui de Simon Vouet, revenu d'Italie en 1627. Il y demeure plus d'une dizaine d'années et y reçoit une formation de peintre et de décorateur, qu'il complète – à défaut du traditionnel voyage à Rome – par la visite des palais royaux, comme Fontainebleau, et des premières grandes collections parisiennes, riches en tableaux italiens de la Renaissance et du début du xviie siècle.

Sa facilité et son lyrisme éclatent dès ses premières œuvres, peintes sous la direction de Vouet et d'après les dessins de celui-ci, notamment la série de modèles de tapisseries inspirés du Songe de Polyphile (cinq tableaux conservés : Getty Museum, Malibu ; musée de Tessé, Le Mans ; musée Magnin, Dijon ; musée des Beaux-Arts, Rouen ; Residenzgalerie, Salzbourg). Leur élaboration, échelonnée sur plusieurs années, permet de constater une évolution : si les premières compositions, opulentes et chargées de figures, se soucient peu de construction et de vraisemblance, les dernières manifestent en revanche une rigueur et une sobriété plus grandes. De la même époque datent des sujets mythologiques (Vénus endormie et l'Amour, env. 1638, California Palace of the Legion of Honor, San Francisco), bibliques (Amnon et Thamar, env. 1636, The Metropolitan Museum, New York) ou historiques (Coriolan, env. 1638, Louvre, donation Kauffmann et Schlageter, Paris). Œuvres pleines de brio, voire de sensualité exacerbée, traitées dans un coloris clair et raffiné. Il faut y ajouter des productions plus modestes, où le peintre réutilise les formules qui ont assuré le succès de Vouet, mais avec plus d'élégance et de discrétion : des Sainte Famille, des Vierge à l'Enfant, mais aussi des portraits, que l'on peut regrouper autour de la Réunion d'amis (Louvre, env. 1640), à la fois chaleureuse et d'une fine mélancolie, où l'artiste s'est représenté à son chevalet. Quelques gravures d'illustration fournissent des points de repères chronologiques, comme David et Goliath (1645, gravure ornant la thèse de Claude Bazin de Champigny), qui marque un tournant par la simplicité et la solidité de la composition.

Réunion d'amis, E. Le Sueur

Photographie : Réunion d'amis, E. Le Sueur

Eustache Le Sueur (1616-1655), Réunion d'amis, huile sur toile, vers 1640. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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Réunion d'amis, E. Le Sueur

Réunion d'amis, E. Le Sueur
Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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La Prédication de saint Paul à Éphèse, E. Le Sueur

La Prédication de saint Paul à Éphèse, E. Le Sueur
Crédits : Erich Lessing/ AKG-images

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Agar et Ismaël secourus par l'ange, E. Le Sueur

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Pour citer l’article

Alain MÉROT, « LE SUEUR EUSTACHE - (1616-1655) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eustache-le-sueur/