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ESSAI SUR LA NATURE DU COMMERCE EN GÉNÉRAL, Richard Cantillon Fiche de lecture

On ne sait pas quand fut rédigé et diffusé l'Essai sur la nature du commerce en général. Le manuscrit a sans doute circulé dès 1730, peu avant la mort de l'auteur et bien avant la première édition connue, de 1755. Cette édition prétend que le texte français serait « traduit de l'anglois », ce qui n'est pas attesté. Richard Cantillon (1680 ?-1734 ?) est encore plus mal connu que son livre. Né en Irlande, financier heureux et cosmopolite, il serait mort dans l'incendie de sa maison à Londres, à moins qu'il n'en ait profité pour échapper aux procès qui l'attendaient. Retenons de ces énigmes que le succès de l'Essai ne vient pas de la notoriété de son auteur ou de l'action de ses amis. Il vient de ce que la plupart des économistes de l'époque, François Quesnay, Étienne Bonnot de Condillac ou Anne Robert Jacques Turgot l'ont lu, apprécié et cité, y compris Adam Smith qui citait fort peu. Puis vint un siècle d'oubli, jusqu'à ce que William Stanley Jevons redécouvre en 1881 ce livre qu'il qualifia de « premier traité systématique » de science économique.

Un traité systématique, un peu mercantiliste, un peu physiocratique, un peu classique

L'Essai sur la nature du commerce en général serait aujourd'hui présenté comme un traité d'économie théorique. « Économie » se disait alors « commerce », « commerce en général » prévenant qu'il ne s'agit pas d'analyser telle réforme particulière, de suggérer au roi de France ou d'Angleterre d'autoriser l'exportation du blé ou de taxer davantage le tabac. Divisé en trois parties et trente-cinq chapitres, l'Essai n'est donc pas une plaidoirie de circonstance. Il ne traite que de ce que nous appelons désormais l'économie, pas de la science du gouvernement en général. Il se rapporte aux nations d'Europe, pas à l'une d'elles seulement. Sur ces trois points, l'ouvrage de Cantillon se distingue de la littérature économique de son temps.

À vrai dire, il s'en distingue surtout dans ses deux premières parties, consacrées à ce que nous appellerions aujourd'hui l'équilibre et la monnaie. La troisième partie traite des banques d'émission et du commerce extérieur ; elle n'est jamais très éloignée des préoccupations du moment, même si celles-ci ne sont pas explicitées. On y reprend les arguments mercantilistes habituels : mieux vaut importer de l'or que des denrées, et des denrées plutôt que des « produits d'agrément » ; parce que l'or fonde la puissance d'un État, parce que les denrées lui donneront une population nombreuse.

La première partie du livre présente d'abord l'économie avec ses échanges multiples et indépendants, ses prix pour orienter les échanges, ses agents occupés chacun à des tâches particulières. On imagine ensuite un monde où chacun serait au service des propriétaires terriens. Cantillon suppose même, pour simplifier, qu'il n'en existerait qu'un seul. Selon ses envies, ce dernier déciderait des emplois de tous les autres hommes, contraint seulement de les nourrir, eux et leurs familles : ceux-là feraient de l'avoine pour ses chevaux, ceux-ci lui fabriqueraient des meubles, etc. L'Essai va démontrer que tout se passe comme si ce monde fictif était le nôtre, chacun travaillant et consommant pareillement dans les deux cas. Cette équivalence justifie la primauté de la terre et la fonction économique des propriétaires terriens ; eux seuls sont des agents « indépendants », tous les autres dépendent d'eux, directement ou non. Ce schéma se retrouvera dans le système physiocratique. Cantillon ne définit certes pas un « produit net » à la manière de Quesnay dans son Tableau économique (1758), mais il n'en est pas loin. Un fermier[...]

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Écrit par

  • : professeur de sciences économiques à l'université de Paris-IX-Dauphine

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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