WILLIAMS ERIC (1911-1981)

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Mort à Trinidad, son île natale, le 29 mars 1981, Eric Williams laissa dans la mémoire de ses contemporains des Caraïbes le souvenir d'un historien, chercheur particulièrement original, spécialiste de l'économie esclavagiste, et celui d'un homme d'État au pouvoir pendant vingt-cinq ans, Premier ministre de Trinidad-Tobago, ayant exercé une influence prépondérante dans l'évolution des Caraïbes au xxe siècle.

Né le 25 septembre 1911, aîné d'une famille de douze enfants, Eric Eustace Williams obtint une bourse d'étude au Queen's Royal College de Port of Spain avant de partir pour l'université d'Oxford en 1931 en tant qu'étudiant en histoire. Sa thèse de doctorat, The Economic Aspects of the Abolition of the West Indian Slave Trade and Slavery, soutenue en 1938, était publiée en 1944 sous le titre Capitalism and Slavery. Ses premiers travaux devaient réorienter l'ensemble des études historiques sur l'esclavage et sa suppression aux Caraïbes. Il y prenait en effet le contre-pied des interprétations dominantes de l'historiographie coloniale. Williams mettait en évidence les profits tirés par la Grande-Bretagne du système esclavagiste qu'il situait à l'origine du démarrage industriel du pays pendant le dernier tiers du xviiie siècle. Il justifiait de la même manière l'abolition de l'esclavage dans les colonies britanniques des Caraïbes (1833-1838), par les intérêts économiques que présentait une telle mesure, la Grande-Bretagne disposant d'une « réserve » importante de main-d'œuvre à bon marché en Inde. Les thèses émises par le Dr E. Williams provoquèrent l'ouverture d'un débat sur l'histoire des Caraïbes. Elles suscitèrent une virulente opposition comme l'apparition d'un courant de partisans dans le monde des historiens qui approfondirent l'étude de la colonisation anglaise dans une perspective plus économique. Le renouveau de la problématique de l'histoire des Caraïbes et son influence sur la génération des historiens des années 1960 — avec la fondation de l'University of the West Indies à Trinidad, en Jamaïque et à la Barbade — sont les apports ô combien décisifs de l'œuvre d'Eric Williams. Après Capitalism and Slavery, il publia notamment British Historians and the West Indies (1962), History of the People of Trinidad and Tobago (1969), Inward Hunger, une autobiographie (1969), et From Colombus to Castro : a History of the Caribbean, 1492-1969 (1970). Il interpellait de manière significative les jeunes historiens des Caraïbes en ces termes : « L'historien des West Indies aura un rôle crucial à jouer dans l'éducation du peuple quant à sa propre histoire et dans la mise en évidence des erreurs, des inconsistances, des préjudices portés par les historiens des puissances coloniales. »

Assistant à l'université noire de Howard à Washington (D.C.), Eric Williams commença sa carrière politique comme membre de la Commission des Caraïbes entre 1943 et 1955. Il fonda à Trinidad le People's National Movement (P.N.M.) en janvier 1956 avant d'entrer au gouvernement de son pays dès le mois de septembre de la même année. Chief Minister à partir de 1956, il devenait Premier ministre en 1961, fonction qu'il occupa jusqu'à sa mort en 1981.

Figure politique charismatique autant que solitaire, Eric Williams orienta le développement économique et industriel de Trinidad-Tobago sur la base de l'exploitation de ses ressources en hydrocarbures et d'une active participation au Caricom. Son action s'inscrit dans le cadre des importantes mutations que connurent les Caraïbes après la Seconde Guerre mondiale et auxquelles il contribua constamment : accession des territoires anglophones à l'indépendance, développement du mouvement fédératif, création de la Caribbean Free Trade Area (Carifta) et de la Caribbean Economic Community (Caricom, 1973). Eric Williams participa en effet activement à la mise en œuvre de la constitution fédérale des West Indies en 1958 et aux négociations pour l'indépendance de son pays en 1962.

Il eut à faire face à une vive opposition interne, de la part du Trinidad Democratic Labour Party (D.L.P.) puis des leaders du Black Power (S. Carmichael), des Indiens et à de périodiques grèves et crises sociale [...]

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Écrit par :

  • : chargée de recherche au C.N.R.S., Centre d'histoire de la France contemporaine, groupe de recherches Caraïbes-Amériques, université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Nelly SCHMIDT, « WILLIAMS ERIC - (1911-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/eric-williams/