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ÉPIGRAPHIE

Épigraphie latine

Les villes romaines présentaient au regard du passant les textes les plus divers et, à l'inverse du caractère passager et transitoire de l'affichage et de la publicité modernes, cette présence universelle d'écrits destinés à défier le temps devait contribuer à donner à la vie des Anciens le sens du durable et du permanent.

La première tâche de l'épigraphiste est de partir à la quête de ces précieux documents qui font connaître directement la réaction du Romain en face d'un événement ou présentent son comportement à l'égard de ses magistrats ou de ses dieux. Les fouilles archéologiques poursuivies méthodiquement sur des sites de villes ou de nécropoles multiplient le nombre des inscriptions qui reviennent au jour. Beaucoup d'autres que le hasard du travail quotidien des champs a fait remonter à la surface du sol sont disséminées dans les campagnes ou les villages de la région étudiée, et le savant qui sait susciter et utiliser les indications des habitants du pays en trouve fréquemment incorporées aux constructions modernes ou abandonnées au fond d'une grange ou d'un grenier obscur. Les réserves des musées elles-mêmes recèlent encore bien des textes inédits et l'établissement de catalogues minutieux et exhaustifs s'impose comme le premier des travaux à accomplir.

La lecture des inscriptions latines, rédigées en un langage familier au chercheur, présente rarement de graves difficultés. Elles sont cependant caractérisées par une rédaction brève et concise, et il arrive très souvent que seule la lettre initiale du mot soit gravée. Il faut s'habituer à de semblables abréviations que l'on appelle sigles.

L'alphabet latin et les formes de l'écriture épigraphique

L'alphabet latin, qui fait son apparition au cœur de l'Italie à l'extrême fin du viie siècle avant J.-C., est d'origine hellénique. Mais ce sont les Étrusques qui l'ont transmis aux Latins comme aux autres peuples qui occupaient différentes régions de la péninsule italienne, Ombriens, Osques, Falisques, Vénètes. La plus ancienne inscription latine connue se lit sur une fibule d'or découverte à Préneste ; elle remonte aux environs de 600 avant J.-C., mais, jusqu'à l'époque de César (seconde moitié du ier s. av. J.-C.), les inscriptions romaines sont assez rares. La marche de l'histoire et de la culture a été bien plus lente à Rome qu'en Grèce ou bien en Étrurie, et la littérature latine elle-même n'a pas vu le jour avant le iiie siècle avant J.-C. : quant à l'art romain, il est apparu plus tard encore. Ainsi, pendant près d'un demi-millénaire, l'écriture est utilisée parcimonieusement dans le Latium et à Rome. Chaque inscription archaïque nouvelle est, dans ces conditions, une aubaine pour le savant. Très souvent, il s'agit de textes religieux, car l'écriture est demeurée longtemps l'apanage d'une classe de spécialistes, scribes attachés aux temples ou prêtres eux-mêmes.

L'écriture romaine utilisée dans les inscriptions était une écriture capitale qui s'inscrivait entre deux lignes parallèles. Jusqu'au ier siècle avant J.-C., plusieurs lettres, comme le A, le E, le F, le Q, ont un caractère cursif qui leur confère un aspect archaïque. Mais à l'époque impériale, l'écriture épigraphique est devenue d'une grande régularité et les inscriptions revêtent à la fois noblesse et beauté. Les textes gravés sur bronze, textes législatifs, actes publics ou bien privés, sont rédigés en une écriture un peu différente, aux lettres hautes, étroites et parfois négligées. Cette écriture dite actuaire ne pose cependant aucune difficulté de lecture. Dans l'Antiquité comme à toutes les autres époques, l'homme aimait à tracer rapidement sur les parois des maisons ou des édifices publics des inscriptions[...]

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Écrit par

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études
  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Lyon
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

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    • Écrit par David COHEN
    • 9 385 mots
    • 3 médias
    Dans la période historique la plus ancienne, l'arabe proprement dit n'occupait pas l'ensemble de la péninsule. L'épigraphie permet de reconnaître deux grands ensembles dialectaux assez différents l'un de l'autre pour qu'il ne soit pas possible de les considérer comme les deux aspects d'une même langue...
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    ...très périphériques à partir du iiie siècle et, tardivement, au ier siècle avant J.-C., dans les milieux précocement romanisés de Gaule centrale. Il n'y eut d'ailleurs jamais d'alphabet laténien et les rares inscriptions pré-romaines en langues celtiques empruntent toujours des alphabets étrangers...
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