BAJ ENRICO (1924-2003)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Issu d'un milieu bourgeois, l'artiste italien Enrico Baj, né en 1924 à Milan et mort en 2003 à Vergiate, près du lac Majeur, marque très jeune son rejet de l'autorité en se moquant de dignitaires fascistes en visite dans sa ville natale, ce qui lui vaut quelques démêlés avec la police. Réfugié à Genève en 1944 pour échapper à la conscription, il fréquente après la guerre l'Académie des beaux-arts de Brera, puis abandonne ses études de droit.

Témoin de l'entrée de la civilisation dans l'ère atomique, il fonde, avec d'autres artistes italiens, le Mouvement nucléaire (1951), appelant à explorer les « infra-mondes » et autres « épaves de radiations atomiques » (Manifeste de la peinture nucléaire, publié avec Sergio Dangelo en 1952). L'« automatisme » pictural qu'il pratique alors le rapproche des membres du groupe Cobra. Associé à Pierre Alechinsky, Karel Appel et Asger Jorn lors de la création du Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste (1953-1954), Baj organise avec Jorn les Rencontres internationales de la céramique d'Albisola en 1954. Il y rencontre Édouard Jaguer, avec lequel il crée la revue Il Gesto, antenne italienne du mouvement parisien Phases (1955). Tout en poursuivant ses expériences sur les propriétés de la matière, Baj introduit alors dans ses tableaux des éléments préfabriqués (toile à matelas, passementeries, boutons, verroterie), suscitant ainsi d'étranges collisions entre les attributs de la quotidienneté et les créatures surnaturelles qui hantent son imaginaire (Trillali-Trillala, 1955). Soumis à de constantes métamorphoses, ces Ultra-corps s'abîmeront ensuite dans la masse tellurique des Montagnes (1958), avant de resurgir dans la parade ubuesque des Généraux et des Dames (1958-1967). Pourfendeur d'un formalisme voué selon lui à la répétition, Baj publie en 1957 le manifeste Contre le style (avec Arman, Klein, Manzoni et Restany), auquel feront écho les Miroirs (1959-1961), mosaïques de verre taillé réfléchissant leur environnement, et les Meubles de style (1961-1962), collages évoquant ironiquement le mobilier des grands magasins. Néanmoins fidèle à ses obsessions cosmiques, l'artiste signe en 1959 le manifeste L'Art interplanétaire.

Après sa rencontre avec Marcel Duchamp, puis avec André Breton, en 1962, Baj, qui se partage désormais entre Milan et Paris, participe aux expositions surréalistes et illustre de nombreux ouvrages poétiques, dont ceux de Benjamin Péret et d'André Pieyre de Mandiargues. Héritier direct de Jarry, dont il partage l'attrait pour les « solutions imaginaires », il crée en 1963 l'Institut de pataphysique milanais avec Man Ray, Raymond Queneau et Arturo Schwarz. De 1963 à 1965, il réalise des constructions en Meccano, reflets d'une technologie surannée préfigurant le « futurisme statique » qu'il défendra dans les années 1980 (Épater le robot, 1983 ; Les Mannequins, 1987). Enclin à modifier des « croûtes » trouvées aux puces, Baj pratique aussi l'« imitation » de chefs-d'œuvre (Guernica de Picasso, 1969 ; La Grande Jatte de Seurat, 1971), devenus les alibis culturels d'une société où le kitsch représente l'unique expression de l'art populaire. Cette démarche, proche de celle d'un Picabia, s'inscrit chez Baj dans une dynamique de déconstruction et de reconstruction des prédicats culturels dont le véritable enjeu est l'avenir de l'art. Puisant dans les mythes anciens, il réactualise l'Apocalypse dans une fresque entamée en 1979, et prolongée en 2001 par un cycle dédié à Gilgamesh. À partir de 1984, il réalise des marionnettes pour le Mahābhārata, pour L'Iliade et pour l'Ubu roi mis en scène par Massimo Schuster, et, en 1991, il se tourne à nouveau vers la céramique, à l'occasion d'une série sur les thèmes mythiques d'Adam et Ève, Amour et Psyché, Les Trois Grâces et La Belle et la Bête.

S'il traite parfois l'actualité de manière frontale (Les Funérailles de l'anarchiste Pinelli, 1972 ; Nixon et Kissinger à la parade de Colombus Day, 1974 ; Berlus-Kaiser, 1994) et stigmatise sans relâche la mascarade sociale (Masques tribaux, 1993 ; Totem, 1997), Baj plaidera [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : docteur en histoire de l'art à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Classification

Pour citer l’article

Catherine VASSEUR, « BAJ ENRICO - (1924-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/enrico-baj/