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ENFANCE (Situation contemporaine) La maltraitance des enfants

La bientraitance : un autre regard sur l'enfant sujet de droits

Au début des années 1990, la notion de bientraitance a pris naissance au sein du comité de pilotage de l'« Opération pouponnières » que le Bureau de l'enfance et de la famille réunit régulièrement au ministère depuis 1978, sous l'égide de la Direction générale de l'action sociale. Ce groupe de travail s'est trouvé confronté aux situations très difficiles des professionnels responsables de l'accueil des enfants victimes très jeunes de mauvais traitements, séparés de leur famille défaillante, élevés en collectivité à un âge où leurs besoins exigent une attention très individualisée. Au début des années 1990, le syndrome du burn out est sur toutes les lèvres des spécialistes de l'enfance, plus souvent en anglais que dans sa traduction française d'usure et d'épuisement professionnel. Les professionnels étudient alors un moyen pour échapper à ce découragement et aux facteurs très complexes, mais assez bien identifiés actuellement, qui rentrent en jeu dans ces situations. On recherche donc des supports positifs de bientraitance – il y en a toujours – sur lesquels on peut prendre appui. « Bien-traiter », c'était faire émerger les potentialités, les compétences enfouies et les ressources propres à tous les acteurs de ce passage en pouponnière (les parents, les professionnels concernés, l'enfant lui-même), non seulement durant le séjour mais aussi en amont et en aval. Malgré les séparations ou les ruptures, c'est respecter la continuité du développement de cet enfant dans son histoire et l'aider à construire son identité dans la sécurité affective et l'épanouissement de toutes ses compétences.

Dès lors, on cherche à concrétiser et à généraliser cette idée qui doit susciter une forte mobilisation pour éviter qu'elle ne reste qu'un horizon utopique. Dès 1996, la bientraitance institutionnelle s'inscrit dans le cadre de l'élargissement de l'Opération pouponnières, de la naissance à l'âge de raison, « ... car la bientraitance des plus vulnérables d'entre les siens est l'enjeu d'une société tout entière, un enjeu d'humanité », souligne Marie-Jeanne Reichen. On assiste aujourd'hui à l'aventure naissante d'un concept dont le risque est grand toutefois qu'il se retrouve figé dans un slogan vide de sens. Ses utilisateurs en sont conscients et tiennent à rester vigilants afin d'éviter d'enfermer ce néologisme dans des définitions, alors qu'il exige encore réflexions et débats. Les premières Assises de l'enfance bientraitée qui se sont tenues en septembre 2001 en témoignent, ainsi que la Conférence des ministres européens responsables de l'Enfance, réunie en novembre 2003 sur le thème : « Prévenir la maltraitance, promouvoir la bientraitance : une ambition européenne ».

Près de quinze ans après l'adoption de la Convention internationale des droits de l'enfant, le concept même de bientraitance insuffle au respect de ces droits une force singulière. Celle-ci doit beaucoup à la résonance et à la dimension émotionnelles attachées au seul mot, même si cette dimension ne ressort pas toujours des textes législatifs. N'est-ce pas aussi ce que l'enfant est en droit d'attendre en tant quesujetde droits ? Le terme sujet, utilisé surtout par les philosophes et les psychanalystes, dit bien que tout enfant a besoin d'être respecté dans ses besoins et ses désirs spécifiques, à plusieurs niveaux : en tant qu'individu et qu'être humain construisant sa propre personnalité dans une histoire unique et en devenir, mais aussi en tant que partenaire actif de son développement. Autour de ce respect envers l'enfant, la bientraitance tisse une trame subtile faite de cohérence, de continuité,[...]

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Écrit par

  • : psychologue clinicienne, titulaire de l'Assistance publique, Hôpitaux de Paris

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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