EMPIRISME, sociologie

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L’empirisme désigne une théorie de la connaissance qui accorde un rôle fondamental à l’expérience sensible dans la genèse et la justification des connaissances : à l’exception des vérités logiques et mathématiques, celles-ci sont fondées sur les sens (selon Aristote, « rien n’est dans l’esprit qui n’ait été auparavant dans les sens »). Les auteurs de référence sont John Locke et David Hume auxquels on oppose les représentants du rationalisme comme Platon, René Descartes et Emmanuel Kant pour qui l’expérience est impuissante à rendre compte de certains éléments de la connaissance qui ont un caractère a priori ou intelligible.

John Locke

Photographie : John Locke

L'Essai sur l'entendement humain (1690) de John Locke (1632-1704) s'oppose à l'innéisme de Descartes en établissant empiriquement les fondements de la connaissance. Ces thèses ont eu une importance considérable dans la constitution de l'esprit des Lumières. Portrait de John Locke, Boldeian... 

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David Hume

Photographie : David Hume

Critiquant les notions de substance et de causalité, David Hume (1711-1776) voit dans l'expérience et son instrument conceptuel, la critique, la source de notre savoir: une mise en question de la métaphysique qui fait de lui un des fondateurs de la philosophie moderne. Allan Ramsay, Portrait... 

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Les sociologues n’ont pas, en tant que tels, à prendre directement parti dans ce type de débat. Outre que leur préoccupation première n’est pas d’expliciter les présupposés de questions relativement éloignées de leur pratique scientifique, l’expérience qui les concerne n’est pas celle qui se rapporte au monde sensible dont traitent les théories philosophiques, mais celle qui concerne le monde social : or celui-ci affecte l’esprit, non pas à travers les sensations, mais par la médiation de signes, linguistiques ou autres.

Toutefois, l’alternative philosophique en matière de théorie de la connaissance n’est pas complètement étrangère à ces disciplines. On parlera d’empirisme pour qualifier la priorité accordée à l’observation des faits et à la collecte des données par rapport à l’élaboration d’une théorie. En un sens, il est un moment indispensable de toute recherche : il enferme une incitation à enquêter, un respect pour les faits qui sont indépendants de nos croyances et de nos désirs, un refus des visions de surplomb. Les partisans de l’empirisme soutiendront que tout autre option conduit à la spéculation et à la métaphysique. On peut ne pas être convaincu par l’argument. En parlant, à la suite de Taine, d’« empirisme rationaliste » pour caractériser sa conception de la sociologie, Émile Durkheim entendait récuser la séparation entre expérience et théorie. S’inspirant du « rationalisme appliqué » de Gaston Bachelard, les auteurs du Métier de sociologue, Pierre Bourdieu, Jean-Claude Chamboredon et Jean-Claude Passeron, ont voulu montrer, contre l’empirisme et aussi contre le positivisme, très souvent associés, que le vecteur de la science « va du rationnel au réel ».

Si l’on met de côté les professions de foi épistémologiques, en quoi consiste une pratique empiriste dans le domaine des sciences sociales ? On la reconnaît d’abord à une conception des « données » considérées comme la base dont il faut partir, qu’il s’agisse de constats statistiques, de discours recueillis dans des entretiens et dans des questionnaires ou d’observations de situations. Pour accéder à des matériaux impeccables et purs, on peut s’appuyer sur quelques règles méthodologiques : multiplier les occurrences et les formes d’accumulation d’informations, éviter les biais divers liés à la subjectivité de l’observateur, à l’influence exercée consciemment ou inconsciemment sur les individus observés, bien maîtriser les procédures d’échantillonnage, etc. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut passer à l’étape décisive : la formulation d’un cadre analytique et l’élaboration d’hypothèses.

Comme le positivisme, l’empirisme entend, sinon rejeter totalement l’activité théorique, du moins échapper à certains de ses travers. L’invocation de l’expérience sert à éviter des entités inobservables (structures, groupes) ou des thèses tenues pour invérifiables et à privilégier les propositions auxquelles il est possible de procurer assez directement des interprétations opératoires (le sens de ces propositions est leur méthode précise, atomique et univoque de vérification). Refusant les réalités cachées, l’empirisme se propose de « sauver les phénomènes », utilisant la théorie comme un simple moyen de décrire correctement la réalité observée, de montrer des régularités, de relier des faits apparemment disparates.

L’empirism [...]

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Pour citer l’article

Louis PINTO, « EMPIRISME, sociologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/empirisme-sociologie/