ÉGYPTEL'Égypte républicaine

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Nom officielRépublique arabe d'Égypte (EG)
Chef de l'ÉtatAbdel Fattah al-Sissi (depuis le 8 juin 2014)
Chef du gouvernementMoustafa Madbouli (depuis le 7 juin 2018)
CapitaleLe Caire
Langue officiellearabe

L'Égypte de Hosni Moubarak

Immédiatement après l'assassinat d'Anouar al-Sadate, le vice-président Hosni Moubarak, conformément à la Constitution, prend le contrôle du pays. Il fait arrêter les assassins et proclame à nouveau la loi sur l'état d'urgence qui, imposée depuis 1958, n'avait été levée qu'en janvier 1981.

Né en 1928 dans un milieu modeste, Hosni Moubarak est originaire de Manūfiya, région située dans le Delta. Il sort de l'académie militaire en 1949, puis de l'école de l'armée de l'air en 1950 et fait divers stages de perfectionnement en U.R.S.S. Après la défaite de 1967, il est nommé chef d'état-major de l'armée de l'air (1969), puis commandant en chef (1972). Promu général d'armée après la guerre de 1973, il est nommé deux ans plus tard par Sadate à la vice-présidence, confirmant ainsi le rôle central et incontournable de l'armée dans l'exercice du pouvoir d'État. En l'absence de candidats potentiels, c'est donc en toute continuité et à l'unanimité que s'opère au lendemain de l'assassinat de Sadate la passation de pouvoir, entérinée par le vote de l'Assemblée du peuple, puis par référendum, le 13 octobre 1981, avec 98,4 p. 100 de oui.

En quête de reconnaissance internationale

L'homme, au moment de son accession au pouvoir, paraît à première vue sans identité, voire sans projet politique. D'aucuns le désignent comme un nouveau Nasser, d'autres le définissent plutôt comme un fidèle de Sadate. C'est bien là la caractéristique majeure du règne de Moubarak, celle d'une politique en mouvement pendulaire qui oscille entre deux héritages : le régime de Moubarak serait une synthèse complexe de capitalisme étatique largement dominé par l'armée, associé à une politique d'ouverture économique placée sous l'égide des institutions financières internationales, sur fond politique et social d'expériences timides de démocratisation. Les difficultés à promouvoir une gestion consensuelle des contradictions inhérentes aux deux héritages sont de trois ordres : poursuivre la politique d'ouverture économique engagée par Sadate ; maintenir les acquis de la révolution de 1952 ; se prononcer sur la politique à conduire dans la région, notamment à l'égard d'Israël.

Dès sa prise de fonctions, Moubarak réaffirme l'adhésion de l'Égypte aux accords de Camp David, alors que beaucoup au sein de l'opposition espéraient leur remise en cause. Depuis la signature des accords, l'économie égyptienne bénéficie largement de la générosité des États-Unis. L'aide américaine accordée à l'Égypte s'élève annuellement, depuis 1979, à plus de 2 milliards de dollars, dont plus de la moitié dispensée en aide militaire, sans compter les dons et les aides substantielles accordés par le biais des organismes de coopération américains.

Cependant, le nouveau président tient à marquer ses distances vis-à-vis des États-Unis. D'une part, il relance la coopération avec l'U.R.S.S., avec laquelle toute relation était rompue depuis 1972, et dont l'Égypte devient le premier partenaire commercial dans le monde arabe ; d'autre part, il engage une politique de rapprochement avec les États arabes, qui se traduit notamment par une aide militaire accordée à l'Irak, qui est en guerre contre l'Iran, mais surtout par le soutien à la cause palestinienne tout en maintenant des relations de « paix froide » avec son voisin israélien. Moubarak négocie âprement et obtient la rétrocession, en 1982, de la péninsule du Sinaï, dont le contrôle par les Égyptiens sera effectif en 1986, tandis que l'enclave de Taba reviendra à l'Égypte en 1989.

Après l'invasion du Liban par les troupes israéliennes en juin 1982 et le siège de Beyrouth, Arafat est accueilli au Caire ; un geste qui marque les choix de la politique régionale de la nouvelle administration égyptienne. En 1984, celle-ci rétablit ses relations diplomatiques avec Amman, et le sommet organisé dans la capitale jordanienne en novembre 1987 permet le retour progressif de l'Égypte dans le giron des institutions régionales. Le siège de la Ligue arabe, transféré à Tunis en 1979, revient au Caire en 1990, scellant ainsi la réconciliation de l’Égypte avec ses partenaires arabes. La stabilité du pays et celle de la région dépendent étroitement du bon déroulement du processus de normalisation des relations entre les États arabes et Israël. Elle tient aussi à la bonne gestion des relations avec les États-Unis, pour qui l'axe Israël-Égypte forme le pilier de sa politique régionale. À ce titre, l'affaire du détournement par les Américains de l'avion transportant les preneurs d'otages du paquebot Achille-Lauro (1985) illustre bien les limites accordées aux velléités d'indépendance de l'Égypte et à son rôle relatif de puissance régionale.

Soutenue par les États-Unis, l'Égypte gagne une double position d'influence, maintenant ses relations avec les États arabes, sans pour autant déroger au principe de bonne entente avec l'État d'Israël, et retrouve peu à peu son rôle de médiateur dans la résolution des conflits régionaux, notamment après la signature de la Déclaration de principes entre Yasser Arafat et Itzhak Rabin en septembre 1993. Le Caire devient ainsi la place privilégiée des rencontres et des négociations entre Palestiniens et Israéliens.

Pourtant, le gouvernement égyptien est pris entre une opinion largement ralliée à la cause palestinienne et la nécessité de maintenir ses relations avec Israël. Cédant à la première et à la nécessité d'affirmer une politique de solidarité arabe, il rappelle au Caire l'ambassadeur égyptien en poste à Tel-Aviv en novembre 2000. Lors du siège de Ramallah et des massacres de Jénine et Naplouse en avril 2002, les manifestations de solidarité populaire avec le peuple palestinien se transforment rapidement en contestation du pouvoir égyptien (à l'instar des manifestations de mars 2003 contre la guerre en Irak). Durement réprimées, elles se soldent par un mort et des centaines d'arrestations.

À partir de 2004, les attentats qui frappent le Sinaï révèlent brutalement la porosité du territoire égyptien au conflit israélo-palestinien : les attentats de Taba (octobre 2004, 34 morts, dont une majorité d'Israéliens), de Charm el-Cheikh (juillet 2005, 70 morts, essentiellement des Égyptiens) et de Dahab (avril 2006, 19 morts) ont été exécutés par un groupe islamiste local jusqu'alors inconnu. Ses membres, originaires pour la majorité du nord Sinaï, à la frontière avec Gaza, sont pour certains d'entre eux palestiniens d'origine. Au nom de la lutte contre le terrorisme et dans la crainte annoncée d'une intrusion d'Al-Qaida en territoire égyptien, la police procède à des milliers d'arrestations parmi les Bédouins et les Palestiniens du Sinaï, usant de méthodes d'investigation largement dénoncées par les organisations des [...]

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Égypte : drapeau

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Le roi Farouk

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Réforme agraire en Égypte, 1952

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Écrit par :

  • : docteure en science politique (Institut d'études politiques de Paris), chercheuse associée au Centre d'études et de documentation économiques et juridiques, Le Caire (Égypte)
  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Pour citer l’article

Sandrine GAMBLIN, Robert SANTUCCI, « ÉGYPTE - L'Égypte républicaine  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-l-egypte-republicaine/