ÉCONOMIE MONDIALE2019 : entraves à la croissance, recul de la mondialisation

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L'année 2019 se caractérise par un essoufflement de la croissance mondiale, accentué par une montée du protectionnisme et atténué par des conditions de financement exceptionnellement favorables.

En passant de 3,6 à 3 p. 100, la croissance de l’économie mondiale enregistre son niveau le plus faible depuis la crise de 2008-2009. Le fléchissement est quasi général, à l’exception de l’Afrique subsaharienne, stable à 3,2 p. 100. La Chine et l’Inde maintiennent, malgré une baisse, une croissance enviable de plus de 6 p. 100. À l’opposé sont particulièrement touchées par la récession l’Allemagne, qui passe de 1,5 à 0,5 p. 100, la Russie de 2,3 à 1,1 p. 100 et l’Amérique latine de 1 à 0,2 p. 100. La croissance des pays classés comme « à faible revenus » par le FMI enregistre le maintien d’un taux de croissance à 5 p. 100, ce qui constitue une note positive. Le freinage de l’économie mondiale s’explique par la multiplication des obstacles aux échanges, en particulier dans l’affrontement Chine–États-Unis et surtout l’incertitude que celle-ci engendre. Il affecte la production industrielle et singulièrement la production automobile qui, en outre, est touchée par les normes d’émission de gaz et l’évolution des comportements des consommateurs. Mais les services connaissent une bonne progression, favorable à l’emploi. Dans la plupart des pays avancés, l’inflation est en recul (1,5 p. 100 en moyenne contre 2 p. 100 en 2018) et les anciennes théories se périment : ni l’abondance monétaire ni la réduction du chômage, respectivement mis en avant par Milton Friedman et William Phillips comme facteurs inflationnistes ne parviennent à faire grimper les prix.

Économie mondiale (2019) : comparaison du revenu par habitant

Tableau : Économie mondiale (2019) : comparaison du revenu par habitant

Les très grandes inégalités de revenus par habitant demeurent : aux extrêmes, les États-Unis (3,5 fois la moyenne mondiale et 4 % de la population) et l'Afrique subsaharienne (à peine plus de 1/5 de la moyenne mondiale et 14 % de la population). Alors qu'elles ont des populations de... 

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La montée du protectionnisme se traduit principalement par les initiatives de Donald Trump et la guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine. Le président américain donne à la politique commerciale une dimension nouvelle, spectaculaire et quelque peu imprévisible. Il revendique la remise en cause d’un multilatéralisme pourtant porté depuis l’après-guerre par les États-Unis ; ses cibles sont, non seulement l’Organisation mondiale du commerce (OMC), mais aussi, au niveau régional, l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (United States-Mexico-Canada Agreement, ou USMCA), qui a remplacé l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et n’est pas encore ratifié. Au niveau politique, Donald Trump ne ménage pas non plus ses critiques contre l’ONU et l’UNESCO. Par ailleurs, si les mesures protectionnistes ont principalement une visée économique – protéger certaines industries de la concurrence extérieure, réduire des déficits commerciaux, lutter contre une concurrence déloyale, empêcher les transferts technologiques –, elles poursuivent aussi des objectifs de sécurité nationale, quand elles ne sont pas utilisées comme outil de pression politique, par exemple vis-à-vis du Mexique pour l’obliger à réduire les migrations.

Mais la remise en cause du libre-échange n’est pas l’apanage des États-Unis. En Europe, le débat sur le protectionnisme s’est particulièrement cristallisé autour du CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement), traité établi entre le Canada et l’Union européenne. Les 28 États membres n’ont pas encore tous fait ratifier cet accord par leurs parlements respectifs, mais, depuis 2017, 90 p. 100 des dispositions sont déjà mises en œuvre. Les opposants au traité craignent qu’il implique une perte de maîtrise nationale et européenne des protections sanitaires et environnementales, et un affaiblissement dans la compétition mondiale.

Ironie de l’histoire, ce sont aujourd’hui les BRICS, dont deux sont ou ont été les plus grandes puissances communistes et ne brillent pas par leur libéralisme politique, qui se font les porte-drapeaux du multilatéralisme. Le sommet des pays de ce groupe (novembre 2019) est éloquent à cet égard : Xi Jinping pour la Chine, Vladimir Poutine pour la Russie, Jair Bolsonaro pour le Brésil, Narendra Modi pour l’Inde et Cyril Ramaphosa pour l’Afrique du Sud ont déclaré, à Brasília, que le multilatéralisme devait être « renfo [...]

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Économie mondiale (2019) : comparaison du revenu par habitant

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Ren Zhengfei

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Économie mondiale (2019) : évolution des prix à la consommation et balance des paiements

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Économie mondiale (2019) : croissance du PIB (%)

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Jean-Pierre FAUGÈRE, « ÉCONOMIE MONDIALE - 2019 : entraves à la croissance, recul de la mondialisation  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-2019-entraves-a-la-croissance-recul-de-la-mondialisation/