ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique)Marxisme

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Les crises du capitalisme

On ne trouve pas dans les œuvres de Marx de véritable explication des crises et de la disparition inéluctable du capitalisme. Toutefois, on y trouve deux cadres théoriques et nombre d'analyses concrètes de crises particulières, susceptibles de servir de matériaux à une telle explication. Ce sont ces matériaux que tous les marxistes utilisent, sans leur accorder le même poids et sans les combiner de la même manière. Ainsi, on peut regrouper leurs théories en deux grands ensembles qui se distinguent par le cadre théorique qui leur sert d'ancrage : la baisse tendancielle du taux de profit et la reproduction élargie.

La baisse tendancielle du taux de profit

Marx formule la loi de la baisse tendancielle du taux de profit en deux temps (livre III, tome II, chap. xiii et xiv). Premier temps, il énonce la « nature de la loi ». Le taux d'exploitation (Pl/W) étant supposé constant et la composition organique (C/W) ne cessant d'augmenter du fait du développement des forces productives, le taux de profit ne cesse de baisser :

Deuxième temps, il examine les « causes qui contrecarrent la loi ». Marx en énumère cinq, mais seules les deux premières importent : 1. Élévation du degré d'exploitation (Pl/W), en particulier à la suite d'une diminution de la valeur des biens de consommation ; 2. Diminution de la valeur des éléments constituant le capital constant (C). Et ces deux diminutions de valeur ne peuvent être dues qu'à une amélioration de la productivité du travail.

Toutes les théories des crises et du caractère transitoire du capitalisme élaborées à partir de cette loi, quel que soit l'accent mis par ailleurs sur les rôles du commerce extérieur, du capital financier, ou de la lutte des classes, se ramènent à l'argument suivant. Quand le taux de profit tombe au-dessous d'un certain niveau en raison du développement des forces productives, le capitalisme connaît une crise. Tant qu'il disposera de quelques moyens de le rehausser grâce à l'une des causes qui contrecarrent, il sortira de la crise. Sinon, il s'enfoncera dans celle-ci et disparaîtra. Et toutes ces théories ont les mêmes défauts. D'abord, elles sont incapables de déterminer le ou les seuils critiques du taux de profit. Ensuite, et surtout, elles reposent sur la loi de la baisse tendancielle, qui n'est pas fondée.

En effet, l'exposé de Marx sépare abusivement la nature de la loi des causes qui la contrecarrent. Du côté nature, le développement des forces productives est censé induire une hausse de la composition organique (C/W). Du côté causes, ce développement est censé augmenter la productivité du travail, et donc diminuer les valeurs unitaires des moyens de production (C) et des moyens de consommation (W). Ainsi, ce développement est contradictoirement supposé, d'un côté, augmenter nécessairement C/W et, d'un autre, diminuer simultanément C et W, laissant indéterminé le sens de variation de C/W. En plus, si on admet, côté nature, que ce développement augmente bien C/W, on sait, côté causes, qu'il diminue W et augmente donc Pl/W. Ainsi, ce développement peut au total entraîner une hausse du taux de profit au cas où l'augmentation de C/W est plus que compensée par celle de Pl/W.

Ce sont ces failles de la loi tendancielle que certains « marxistes légaux » de la fin du xixe siècle, tel Mikhaïl I. Tugan-Baranowsky, ont exploitées pour dissocier la question des crises et celle du caractère transitoire du capitalisme. Leur thèse est que le capitalisme connaît des crises, mais qu'il peut toujours les surmonter grâce à l'une des causes qui contrecarrent la loi, et qu'il peut aller ainsi ad vitam aeternam.

La reproduction élargie

Marx analyse la reproduction du capital pour déterminer les conditions auxquelles les capitaux trouvent de période en période les éléments productifs nécessaires pour reprendre leur activité à une échelle sans cesse plus grande. À titre pédagogique, il commence par la reproduction simple, où les capitalistes consomment tout leur profit. Puis il étudie la reproduction élargie, où ils accumulent une partie de leur profit, conformément à la définition du capital.

La dynamique du capitalisme participant au développement des forces productives et le niveau de ces dernières ayant pour indicateur la composition organique du capital (C/W), Marx élabore ses schémas de reproduction en subdivisant l'activité économique en deux grandes sections : la section I qui produit l [...]

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  • : docteur d'État en sciences économiques, professeur des Universités

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Pour citer l’article

Michel ROSIER, « ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Marxisme », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-histoire-de-la-pensee-economique-marxisme/