ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique)Marxisme

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Karl Marx

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Les Temps modernes, C. Chaplin

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La théorie économique de Karl Marx (1818-1883) a pour but de démontrer que le capitalisme aura inéluctablement une fin et que ses crises en sont la preuve. Cet objectif ne prend tout son sens qu'au regard de son projet politique et de sa vision de l'histoire comme une succession de modes de production. Dans un premier temps, les rapports de production d'un mode donné (les relations que les hommes entretiennent pour produire) faciliteraient le développement des forces productives (le progrès technique). Puis ils le freineraient en provoquant des crises de plus en plus graves. Enfin, ces rapports se disloqueraient pour laisser surgir un nouveau mode. Ainsi, le capitalisme aurait émergé du féodalisme, se serait consolidé avec la révolution industrielle à la fin du xviiie siècle et devrait à terme laisser place au communisme.

Karl Marx n'est pas le premier à penser que l'histoire de l'humanité passe par des stades de développement. Bien d'autres avant lui l'ont pensé, notamment certains économistes de l'école classique ou de la première école historique allemande. Mais il est le premier à vouloir faire du passage d'un mode à un autre une véritable théorie. Marx a consacré une grande part de sa vie à l'élaboration de cette théorie. Il s'y attelle dès les Manuscrits de 1844 jusqu'au Capital dont le livre I est publié en 1867, en passant par la Contribution, les Grundrisse (1857-1858) et les Théories sur la plus-value (1861-1863). Et il la laisse en fait inachevée, les livres II et III du Capital étant publiés après la mort de Marx par Friedrich Engels à partir de manuscrits plus ou moins épars.

Si l'élaboration est longue et inachevée, c'est que cette théorie est complexe et rencontre bon nombre de difficultés. On peut cependant y distinguer quelques grands moments. Elle repose sur une analyse de l'échange qui dégage le concept de valeur et identifie la valeur au travail. Cette identification débouche sur une représentation de la production qui rend pensable l'exploitation des travailleurs, exploitation qui, à son tour, explique l'existence d'une lutte des classes. Puis une définition du capital comme valeur auto-croissante précise la nature des rapports de production du capitalisme et la forme qu'y prend le développement des forces productives. En particulier, un examen de la concurrence entre capitaux montre comment la recherche du plus fort taux de profit conditionne une formation des prix qui incite au développement des forces productives. Enfin, une étude de la dynamique d'ensemble des capitaux (accumulation) vise à établir que les crises du capitalisme résultent de tensions entre rapports de production et développement des forces productives, et que ces tensions conduiront nécessairement à la disparition de ces rapports.

Karl Marx

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Philosophe de formation, c'est au contact de Friedrich Engels que Karl Marx en vient à s'intéresser à l'économie politique, à partir de 1844. Il reproche alors à l'économie politique ricardienne d'être la traduction de l'idéologie bourgeoise, sans aucune réflexion critique sur le système... 

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La valeur

Marx présente son analyse de l'échange comme la construction d'un concept de valeur.

Valeur et forme de la valeur

Premièrement, l'échange présuppose que les marchandises se distinguent par leur valeur d'usage (leur utilité), sinon elles ne s'échangeraient pas. Deuxièmement, il implique que les marchandises ont une grandeur commune : la valeur. Si 3 unités de marchandise X s'échangent contre 5 unités de Y, cela signifie que 3 VX = 5 VY, où VX et VY sont respectivement les valeurs d'une unité de X et de Y. Troisièmement, il permet de mesurer la valeur d'une marchandise : plus est grande la quantité de marchandises obtenue en échange d'une marchandise, plus est grande la valeur de cette dernière. La quantité de marchandises obtenue en échange d'une marchandise est la forme de la valeur de celle-ci. Ainsi, la forme de la valeur de la marchandise X est : VX ≡ 5/3 Y ; et celle de Y : VY ≡ 3/5 X. La forme de la valeur d'une marchandise est donc ce que la majorité des économistes nomment son prix.

Les formes prises par la valeur d'une marchandise sont aussi nombreuses que les marchandises contre lesquelles elle peut s'échanger. Il y a donc une inadéquation entre l'unicité de la valeur comme grandeur commune et la multiplicité de ses formes. L'inadéquation se réduit quand toutes les marchandises s'échangent contre une unique marchandise et que leurs formes s'expriment donc toutes dans cet équivalent général. L'inadéquation disparaît quand les propriétés matérielles de l'équivalent général sont celles de la valeur : homogénéité, additivité, divisibilité, c'est-à-dire quand l'équivalent général est monnaie.

Selon Marx, cette mise en adéquation entre les deux termes du concept de valeur est à l'origine d'un fétichisme qui confond la forme de la valeur (le prix, une quantité de monnaie) avec la valeur elle-même. C'est ce fétichisme qui est la matrice idéologique du discours pratique des capitalistes, qui calculent en monnaie, et du discours théorique de l'économie politique, qui reste au niveau de l'apparence des prix.

Valeur-travail

Dans les Théories sur la plus-value, Marx énonce que, malgré ce fétichisme, certains économistes classiques ont « senti » que la valeur est le travail, notamment Adam Smith et David Ricardo, mais qu'ils ont été incapables de démontrer que la valeur est nécessairement le travail. Dans Le Capital, il propose une telle démonstration (livre I, tome I, chap. i).

Il commence par poser qu'une marchandise a deux caractéristiques : chose utile et résultat du travail. Puis il cherche à déterminer laquelle de ces deux caractéristiques est adéquate à la valeur en tant que grandeur commune. Deux marchandises devant avoir des utilités différentes pour s'échanger, il écarte l'utilité. Et, raisonnant par le tiers exclu, il affirme que la grandeur commune ne peut être que le travail. Ensuite, il remarque que le travail est lui-même double. En tant qu'il produit une chose utile, il est travail concret. En tant qu'il crée de la valeur, il est travail abstrait, c'est-à-dire une dépense d'énergie humaine en général faisant abstraction de tout aspect concret. Enfin, il conclut que la valeur d'une marchandise est le travail abstrait qui a été effectué pour la produire.

Marx se trompe à propos des économistes classiques. Ceux-ci n'ont jamais imaginé que la valeur est le travail. Ils ont tout au plus remarqué que, dans des conditions très particulières, le rapport des prix de deux marchandises est égal au rapport des quantités de travail. Et, surtout, Marx ne démontre rien. Eugen von Böhm-Bawerk l'a ironiquement montré dès 1896, en utilisant le même schème démonstratif pour aboutir à la conclusion que la valeur est l'utilité abstraite, c'est-à-dire la satisfaction humaine en général.

Si Marx ne démontre pas la proposition que « la valeur est le travail », on peut néanmoins considérer celle-ci comme une hypothèse. Cependant, même ainsi, elle n'est pas exempte de difficultés.

La première est due au fait que Marx définit le travail productif comme celui qui crée de la valeur pour le distinguer du travail improductif. A priori, cette définition ne justifie pas cette distinction, puisque, la valeur étant du travail abstrait, tout travail est productif. Cette définition contient donc un critère implicite au regard duquel seuls certains travaux sont créateurs de valeur. Mais un tel critère ne peut être fondé que sur quelques aspects concrets, si bien que la valeur n'est plus du travail aussi abstrait.

La deuxième est due au fait que Marx distingue travail simple et travail complexe : dans un même laps de temps, un travail non qualifié crée moins de valeur qu'un travail qualifié. Cette distinction a évidemment pour conséquence que la dépense d'énergie humaine ne peut pas être mesurée par le temps de travail. Et la qualification étant un trait du travail concret, elle implique, comme la précédente, que la valeur n'est pas du travail aussi abstrait.

La troisième est due à la productivité du travail. Si la valeur d'une unité d'une marchandise était la quantité de travail fournie par le travailleur qui l'a fabriquée, alors une unité fabriquée par un paresseux aurait plus de valeur qu'une unité de la même marchandise fabriquée par un plus actif. Et, par l'échange, le paresseux obtiendrait plus de marchandises. C'est pourquoi Marx pose que la valeur d'une unité de marchandise est la quantité de travail socialement nécessaire, c'est-à-dire la quantité de travail qu'il faut en moyenne pour la fabriquer.

La production et l'exploitation

Marx, identifiant la valeur au travail, peut concevoir la production comme une activité où le travailleur, d'une part, transmet au produit le travail contenu par les moyens de production (matières premières et instruments) et, d'autre part, incorpore à celui-ci son propre travail. La valeur d'un produit (M) est donc l'addition de travaux déjà effectués – du travail mort (C) – et d'un travail nouvellement effectué – du travail vivant (N) –, d'où l'équation de la production :

M = C + N.

Cette conception de la production est à la base de l'idée d'exploitation. Un travailleur a une force de travail : une capacité à fournir une quantité de travail dans un temps donné. Pour entretenir cette force, un travailleur doit consommer un panier de biens. Ce panier peut se réduire au minimum physiologique ou tenir compte de l'environnement géographique et climatique, d'us et coutumes, et de rapports de forces entre classes sociales. En tout cas, la valeur de la force de travail (W) est la valeur de ce panier, c'est-à-dire l'addition des valeurs des biens le composant. Si cette valeur est inférieure à celle qui est créée par un travailleur (N), il existe alors une plus-value (Pl) :

Pl = N — W

et l'équation de la production peut se réécrire :

M = C + (W + Pl).

Quand un non-travailleur accapare la plus-value produite par un travailleur, le premier exploite le second. Le degré d'exploitation est mesuré par le taux de plus-value Pl/W. Celui-ci peut s'élever de deux manières :

– Relativement. La valeur créée par le travailleur étant constante, celle de la force de travail baisse. Cette baisse peut être obtenue par une réduction des quantités de biens composant le panier consommé par le travailleur ou par une diminution de la valeur unitaire de ces biens, diminution qui, vu la production de la valeur, ne peut résulter que d'une amélioration des conditions de fabrication de ceux-ci.

– Absolument. La valeur de la force de travail étant constante, celle qui est créée par le travailleur augmente. Cette augmentation peut être obtenue par l'allongement de la durée du travail ou par l'intensification du travail, due à l'accélération des cadences. L'intensification du travail a le même effet sur la valeur nouvellement créée que la qualification, et pose donc la même difficulté que la distinction entre travail simple et complexe, puisqu'elle implique qu'un même temps de travail ne correspond pas à une même quantité de valeur.

Les modalités de l'exploitation diffèrent selon les modes de production. Ainsi, dans l'esclavagisme, le maître est propriétaire de l'esclave et fournit directement à celui-ci le panier nécessaire à l'entretien de sa force de travail. Dans le capitalisme, les capitalistes sont uniquement propriétaires des moyens de production. Mais les autres hommes, ne pouvant pas produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin pour vivre, sont contraints de se faire embaucher. Ils vendent leur force de travail pour une période donnée contre le versement d'un salaire, avec lequel ils achètent les biens qu'ils veulent consommer. Le rapport de production caractéristique du capitalisme est donc le salariat, qui fait de la force de travail une marchandise. Comme toute autre marchandise, elle a alors une valeur, dont la forme est le salaire, et une valeur d'usage, dont l'utilisation est le travail.

Ni dans l'esclavagisme ni dans le capitalisme, l'exploitation n'est un vol. Le maître, possédant l'esclave, est propriétaire des produits fabriqués par celui-ci. De même, le capitaliste, ayant acquis par un échange la force de travail du salarié, dispose de la valeur d'usage de celle-ci, c'est-à-dire de son travail et de son produit. En revanche, l'exploitation est à l'origine d'une lutte des classes. Les maîtres et les capitalistes tendent à augmenter leur plus-value en réduisant la rémunération du travail, en intensifiant celui-ci ou en allongeant sa durée, tandis que les travailleurs résistent à la baisse de leur rémunération et à la détérioration de leurs conditions de travail.

Les Temps modernes, C. Chaplin

Les Temps modernes, C. Chaplin

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Charlie Chaplin (1889-1977) lutte avec une chaîne de montage, dans Les Temps modernes, film qu'il a réalisé en 1936. 

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Le capital

À la différence de la plupart des économistes, Marx ne conçoit pas le capital comme une collection de biens. Il le définit comme suit : A – M – A', avec A' > A, où les tirets désignent des échanges, le M le capital sous forme de marchandise, et les A le capital sous forme d'argent, et où A et A' sont respectivement les montants d'argent qu'un capitaliste lance dans la circulation et en retire (livre I, tome I, chap. iv). Le capital est donc une entité qui passe périodiquement par les formes A et M, qui cherche à croître par ces changements de forme et qui mesure sa croissance par l'augmentation d'un montant d'argent. ΔA = A' — A est le profit et r = ΔA/A, le taux de profit.

Un capital a pour seul but d'accumuler et n'accorde aucun intérêt aux valeurs d'usage des marchandises. Il lance, à son tour, A' dans la circulation pour réaliser A' – M' – A'', avec A'' > A', et ainsi de suite. Un capital « n'a donc pas de limite » (livre I, tome I, chap. iv).

La définition du capital n'entretient pas de lien immédiat avec la valeur, la production et l'exploitation. Marx en établit un en affirmant que le profit ΔA doit correspondre à un surcroît de valeur, et en s'interrogeant sur la source de ce surcroît. Marx constate que, dans le schéma définitionnel : A – M – A', le surcroît ne peut pas venir de l'un des deux moments A – M et M – A', puisque ce sont des échanges, supposés se faire à valeur égale. Il en infère que le surcroît ne peut venir que du terme M. Puis il remarque que ce terme intègre en fait la production et que le schéma définitionnel complet est : A — P...M — A', où les points représentent la production et le P le capital sous forme productive, c'est-à-dire constitué d'éléments productifs.

Marx procède alors à l'analyse de ce schéma définitionnel complet. P recouvre deux sortes d'éléments productifs : des moyens de production (C) et des forces de travail (W), sa valeur est donc : P = C + W. Et, étant donné l'équation de la production, la valeur de M est : M = C + N. Pour qu'il y ait un surcroît de valeur, il faut que la valeur de M soit supérieure à celle de P :

M — P = (C + N) — (C + W) = N — W = Pl.

Ainsi, le surcroît de valeur correspondant au profit ΔA n'est rien d'autre que la plus-value. Et le taux de profit r = ΔA/A peut s'écrire :

À l'issue de cette analyse, le capital apparaît comme l'autre face du rapport de production caractéristique du capitalisme. Un capital ne peut fonctionner en tant que tel qu'en exploitant des travailleurs selon les modalités du salariat.

Marx nomme capital constant la fraction C du capital sous forme productive, car elle ne fait que transmettre sa valeur, et capital variable la fraction W, car c'est de cette fraction que provient une variation de la valeur, un surcroît de valeur. Et il nomme composition organique du capital le rapport C/W. Celle-ci est censée indiquer le niveau des forces productives : plus C/W est grand, plus la masse des moyens de production mise en œuvre par un travailleur est grande, plus la quantité de marchandises produite par un travailleur est grande, et plus la productivité du travail est donc élevée. Le taux de profit se réécrit :

Dès lors, ce taux paraît condenser la relation qui existe entre forces productives et rapports de production dans le capitalisme. C/W est l'indicateur du développement de ces forces dans ce mode. Et Pl/W l'expression du rapport de production au cœur de ce mode : le salariat.

Marx sait que le schéma définitionnel A – P...M – A' correspond au cycle du seul capital industriel, et qu'il y a d'autres cycles. Le capital commercial ne passe pas par la forme P, puisqu'il se borne à revendre les marchandises qu'il a achetées : A – M – A'. Le capital financier ne passe ni par la forme P ni par la forme M, puisqu'il se contente de prêter une somme de monnaie pour en réclamer le remboursement plus des intérêts : A – A'.

Concernant ces deux derniers cycles, Marx bute sur une difficulté, dans la mesure où il pense que le travail employé dans les sphères commerciale et financière est improductif. Dans ces sphères, il n'y a donc pas de valeur créée, ni pour renouveler les forces de travail, ni a fortiori pour dégager un surcroît pour un profit. Marx surmonte cette difficulté en avançant l'idée que les capitaux engagés dans ces sphères peuvent capter de la valeur produite dans la sphère industrielle, ces captations s'effectuant par une redistribution propre au capitalisme : la péréquation du taux de profit (livre III, tome I, chap. xvii).

La péréquation du taux de profit

Les prix de production

En fait, Marx élabore la péréquation du taux de profit pour répondre à un autre problème, posé par la concurrence entre les capitaux. Un capital n'est motivé que par les profits qu'il peut réaliser. Et, pour un montant de capital donné, les profits ne dépendent que du taux de profit, si bien qu'un capital se déplace là où il estime que le taux de profit est le plus élevé. Or si la norme était que les marchandises s'échangent à valeur égale, alors, pour un même montant de capital et pour un même degré d'exploitation, ce seraient les activités à faible composition organique qui auraient les plus forts taux de profit, puisque ce sont elles qui produisent le plus de valeur :

En conséquence, les capitaux se déplaceraient vers les activités à faible composition organique – à faible productivité –, et leurs mouvements seraient contraires au développement des forces productives.

C'est pourquoi Marx affirme que, dans le capitalisme, la norme de l'échange n'est pas la valeur, mais le prix de production. Cette norme est telle que, quels que soient leur montant, leur composition organique et leurs activités, tous les capitaux réalisent un même taux de profit : le taux général de profit. Ce taux est le taux moyen de l'ensemble des capitaux, calculé en valeur. Avec le même exemple numérique que ci-dessus, le taux général de profit (r*) est :

Π1 = 100 + (0,175 (100) = 117,5,

Π2 = 100 + (0,175 (100) = 117,5.

Les échanges s'effectuant à ces prix, le capital investi dans l'activité 1 vend à un prix de production Π1 = 117,5, alors qu'il a produit M1=110 de valeur, soit un gain de 7,5. Et le capital investi dans l'activité 2 vend à un prix de production Π2 = 117,5, alors qu'il a produit M2=125 de valeur, soit une perte de 7,5. Au total, le premier capte 7,5 de la valeur produite par le second.

Mais les prix de production ne sont qu'une norme autour de laquelle les prix de marché fluctuent selon l'offre et la demande. Si le prix de marché d'une activité est inférieur à son prix de production et, donc, son taux de profit effectif inférieur au taux moyen, cela implique que les prix de marché de quelques autres activités sont supérieurs à leur prix de production et leurs taux de profit effectifs supérieurs au taux moyen. En conséquence, des capitaux quittent la première activité pour s'investir dans les secondes. L'offre de la première décroît, ce qui pousse à la hausse son prix de marché, tandis que les offres des secondes s'accroissent, ce qui tend à tirer à la baisse leur prix de marché.

Ce même mécanisme explique aussi ce qui incite un capitaliste à développer les forces productives. Soit un capitaliste produisant 2 unités d'une marchandise avec un montant de capital productif de 100. Supposons qu'un autre découvre une technique plus performante permettant d'en produire 3 avec 100, que le prix d'une unité se fixe à 60 sur le marché et que le taux moyen de profit soit de 30 p. 100. Le premier vend alors pour 120, soit un taux de profit effectif de 20 p. 100, et le second vend pour 180, soit un taux de 80 p. 100. Le premier a donc intérêt à abandonner sa technique pour investir dans la plus performante.

Le débat sur la transformation des valeurs en prix de production

La péréquation du taux de profit, alias la transformation des valeurs en prix de production, est la thèse de Marx qui a été la plus controversée. Le débat commence dès 1885, lors de la publication par Engels du livre III du Capital. Mais il prend véritablement tournure en 1907 avec la contribution de Ladislaus von Bortkiewicz, qui dit rectifier une erreur commise par Marx dans l'exposé de la péréquation. Il resurgit après la Seconde Guerre mondiale et se nourrit de la thèse d'un néo-ricardien, Piero Sraffa, présentant ses travaux comme « un prélude à une critique de la théorie économique ». L'enjeu du débat est d'importance : un concept de valeur a-t-il une quelconque utilité pour l'économiste ?

Certes, l'idée même d'une péréquation implique que les marchandises ne s'échangent pas à valeur égale, et remet donc directement en cause la prémisse du raisonnement par lequel Marx construit son concept de valeur. Certes, comme on l'a vu, l'identification de la valeur au travail pose des difficultés. Certes, encore, la valeur n'intervient qu'indirectement dans la définition du capital. Cependant, on ne se débarrasse pas d'un concept parce qu'il n'est pas construit, parce qu'il pose des difficultés ou parce qu'il ne s'articule pas aisément avec d'autres concepts, mais parce qu'il est inutile pour formuler et résoudre au moins un problème. Et c'est précisément ce que Bortkiewicz prétend établir à propos du concept de valeur.

Bortkiewicz constate que le schéma de la péréquation de Marx est inconsistant : les marchandises entrant dans la production (inputs) y sont évaluées en valeur, tandis que les marchandises sortant de la production (outputs) le sont en prix de production. Puis il propose un nouveau schéma en admettant que : 1. Les inputs et les outputs sont évalués en prix de production ; 2. L'économie est stationnaire et donc une unité d'une marchandise a le même prix de production en tant qu'input et qu'output ; 3. Les techniques de production des marchandises sont fixes. Il montre que ce schéma se met sous la forme d'un système de prix statique, c'est-à-dire un système d'équations qui permet de calculer les prix de production et le taux général de profit à partir des seules techniques de production. Il en déduit logiquement que ces prix et ce taux de profit peuvent être déterminés sans faire appel à un concept de valeur. Et, au nom du sain principe du rasoir d'Occam, il conclut qu'on doit se débarrasser du concept de valeur et, ce faisant, de la valeur-travail.

L'argumentation de Bortkiewicz n'est pas aussi rigoureuse qu'elle apparaît. Tout d'abord, Marx sait parfaitement qu'il fait une faute en évaluant les inputs en valeur et non en prix de production. Mais il estime que ces « erreurs relatives au passé » sont des simplifications sans conséquences majeures (livre III, tome I, chap. ix). En outre, à la différence de Bortkiewicz, Marx ne suppose pas que l'économie est stationnaire, parce que la péréquation a pour but de rendre compte de la concurrence entre les capitaux et que ce phénomène est dynamique. Et, en conséquence, Marx suppose que les prix varient au cours du temps, si bien qu'une unité d'une marchandise n'a pas le même prix en tant qu'input et en tant qu'output. Sur la base de ces deux dernières hypothèses, on peut déterminer un système de prix dynamique qui, les prix des inputs étant donnés par le passé, permet de calculer les prix présents des outputs et le taux de profit présent (Rosier, 1986).

Dans ce système dynamique, selon l'unité dans laquelle les prix sont exprimés, le calcul du taux de profit ne donne pas le même résultat. Or l'accumulation du capital dépend du taux de profit. Il y a donc autant de représentations du mouvement du capital que de marchandises susceptibles de servir d'unité, si bien que se pose le problème de la représentation significative.

Les économistes classiques ont clairement identifié ce problème. Parmi ceux-ci, Smith avance un type de solutions, consistant à désigner, parmi l'ensemble des marchandises, une « mesure invariable », en laquelle tous les prix doivent être exprimés pour que la représentation soit significative. Et il a recours à une notion de valeur distincte du prix pour définir la mesure invariable : c'est « la marchandise de valeur invariable », parce qu'il sait que la définir comme la marchandise de prix invariable enclenche un cercle vicieux. Dans les Théories sur la plus-value, discutant les critiques que Samuel Bailey adresse à Ricardo, Marx avance un autre type de solutions : aucune marchandise n'a une valeur invariable ; tous les taux de profit calculés à partir des prix exprimés en une quelconque marchandise sont donc purement nominaux ; et seul le taux calculé en valeur est significatif.

Une notion de valeur est donc utile pour résoudre au moins ce problème. Et le concept de valeur de Marx apporte effectivement une solution à celui-ci.

Les crises du capitalisme

On ne trouve pas dans les œuvres de Marx de véritable explication des crises et de la disparition inéluctable du capitalisme. Toutefois, on y trouve deux cadres théoriques et nombre d'analyses concrètes de crises particulières, susceptibles de servir de matériaux à une telle explication. Ce sont ces matériaux que tous les marxistes utilisent, sans leur accorder le même poids et sans les combiner de la même manière. Ainsi, on peut regrouper leurs théories en deux grands ensembles qui se distinguent par le cadre théorique qui leur sert d'ancrage : la baisse tendancielle du taux de profit et la reproduction élargie.

La baisse tendancielle du taux de profit

Marx formule la loi de la baisse tendancielle du taux de profit en deux temps (livre III, tome II, chap. xiii et xiv). Premier temps, il énonce la « nature de la loi ». Le taux d'exploitation (Pl/W) étant supposé constant et la composition organique (C/W) ne cessant d'augmenter du fait du développement des forces productives, le taux de profit ne cesse de baisser :

Deuxième temps, il examine les « causes qui contrecarrent la loi ». Marx en énumère cinq, mais seules les deux premières importent : 1. Élévation du degré d'exploitation (Pl/W), en particulier à la suite d'une diminution de la valeur des biens de consommation ; 2. Diminution de la valeur des éléments constituant le capital constant (C). Et ces deux diminutions de valeur ne peuvent être dues qu'à une amélioration de la productivité du travail.

Toutes les théories des crises et du caractère transitoire du capitalisme élaborées à partir de cette loi, quel que soit l'accent mis par ailleurs sur les rôles du commerce extérieur, du capital financier, ou de la lutte des classes, se ramènent à l'argument suivant. Quand le taux de profit tombe au-dessous d'un certain niveau en raison du développement des forces productives, le capitalisme connaît une crise. Tant qu'il disposera de quelques moyens de le rehausser grâce à l'une des causes qui contrecarrent, il sortira de la crise. Sinon, il s'enfoncera dans celle-ci et disparaîtra. Et toutes ces théories ont les mêmes défauts. D'abord, elles sont incapables de déterminer le ou les seuils critiques du taux de profit. Ensuite, et surtout, elles reposent sur la loi de la baisse tendancielle, qui n'est pas fondée.

En effet, l'exposé de Marx sépare abusivement la nature de la loi des causes qui la contrecarrent. Du côté nature, le développement des forces productives est censé induire une hausse de la composition organique (C/W). Du côté causes, ce développement est censé augmenter la productivité du travail, et donc diminuer les valeurs unitaires des moyens de production (C) et des moyens de consommation (W). Ainsi, ce développement est contradictoirement supposé, d'un côté, augmenter nécessairement C/W et, d'un autre, diminuer simultanément C et W, laissant indéterminé le sens de variation de C/W. En plus, si on admet, côté nature, que ce développement augmente bien C/W, on sait, côté causes, qu'il diminue W et augmente donc Pl/W. Ainsi, ce développement peut au total entraîner une hausse du taux de profit au cas où l'augmentation de C/W est plus que compensée par celle de Pl/W.

Ce sont ces failles de la loi tendancielle que certains « marxistes légaux » de la fin du xixe siècle, tel Mikhaïl I. Tugan-Baranowsky, ont exploitées pour dissocier la question des crises et celle du caractère transitoire du capitalisme. Leur thèse est que le capitalisme connaît des crises, mais qu'il peut toujours les surmonter grâce à l'une des causes qui contrecarrent la loi, et qu'il peut aller ainsi ad vitam aeternam.

La reproduction élargie

Marx analyse la reproduction du capital pour déterminer les conditions auxquelles les capitaux trouvent de période en période les éléments productifs nécessaires pour reprendre leur activité à une échelle sans cesse plus grande. À titre pédagogique, il commence par la reproduction simple, où les capitalistes consomment tout leur profit. Puis il étudie la reproduction élargie, où ils accumulent une partie de leur profit, conformément à la définition du capital.

La dynamique du capitalisme participant au développement des forces productives et le niveau de ces dernières ayant pour indicateur la composition organique du capital (C/W), Marx élabore ses schémas de reproduction en subdivisant l'activité économique en deux grandes sections : la section I qui produit les moyens de production (C) ; la section II qui produit les moyens de consommation, que les travailleurs acquièrent avec leurs salaires (W). Ces deux sections produisent selon l'équation de la production :

MI = CI + WI + PlI,

MII = CII + WII + PlII.

Et les capitalistes dans les deux sections utilisent leur profit pour accroître leur capital constant (ΔC) ou variable (ΔW) et pour consommer (X) :

PlI = ΔCI + ΔWI + XI,

PlII = ΔCII + ΔWII + XII.

La reproduction élargie n'a lieu que si tous les capitalistes, quelle que soit la section où ils ont engagé leurs capitaux, peuvent trouver à chaque période les éléments productifs dont ils ont besoin pour renouveler et pour accroître leurs capitaux constants et variables et pour consommer. Cela implique que la production de la section I (MI) soit telle que :

MI = CI + CII + ΔCI + ΔCII

et que celle de la section II (MII) soit telle que :

MII = WI + WII + ΔWI + ΔWII + XI + XII.

Pour que ces deux dernières égalités et les deux séries d'égalités précédentes soient vérifiées, une seule condition doit être respectée :

WI + ΔWI + XI = CII + ΔCII.

Cette condition de reproduction peut être interprétée comme une sorte d'échange global entre les deux sections. Le produit de la section I étant constitué de moyens de production, les capitalistes de cette section retirent de ce produit les éléments nécessaires pour renouveler et accroître leur capital constant. Et, ce qui reste, ils l'offrent aux capitalistes de la section II afin d'obtenir des moyens de consommation pour renouveler et accroître leur capital variable et pour satisfaire leur consommation (WI + ΔWI + XI). Symétriquement, le produit de la section II étant constitué de moyens de consommation, les capitalistes de cette section retirent de ce produit les biens nécessaires pour renouveler et accroître leur capital variable et pour satisfaire leur consommation. Et, ce qui reste, ils l'offrent aux capitalistes de la section I afin d'obtenir des moyens de production pour renouveler et accroître leur capital constant (CII + ΔCII). Et les offres des deux sections doivent être égales pour que l'échange ait lieu.

Cet échange global recouvre en réalité une multitude d'échanges qui, conformément à la définition du capital, doivent s'effectuer par une circulation de monnaie. Marx bute là sur un cercle apparemment vicieux. Les capitalistes d'une section doivent avoir vendu une certaine part de leur produit contre de la monnaie pour effectuer certains achats auprès des capitalistes de l'autre section. Et cela n'est possible que si, préalablement, ces derniers ont eux-mêmes effectué certains achats auprès des premiers, c'est-à-dire que si, préalablement, ces derniers ont donc déjà vendu une certaine part de leur propre produit contre de la monnaie. Marx se pose alors la question : « d'où vient la monnaie ? ».

Cette question s'est trouvée au cœur de nombreuses thèses, qui ont expliqué les crises par des tendances inhérentes au capitalisme à la sous-consommation ou à la surproduction. Dans son Accumulation du capital, parue en 1913, Rosa Luxemburg critique ces thèses et montre que la bonne question n'est pas « d'où vient la monnaie ? », mais « d'où vient la demande ? », et que celle-ci peut être traitée indépendamment de la circulation de la monnaie. Partant de là, elle élabore une théorie qui rend compte à la fois des crises du capitalisme et de son caractère transitoire.

Rosa Luxemburg adjoint aux schémas de reproduction de Marx trois hypothèses qui, selon elle, traduisent des traits essentiels du capitalisme. Premièrement, elle écarte la consommation des capitalistes, car il serait paradoxal de démontrer la pérennité de la reproduction du capital grâce à cette consommation, alors même que l'essence du capital est d'accumuler sans cesse. Deuxièmement, elle admet que la concurrence entre les capitaux accomplit son office, c'est-à-dire que les échanges se font aux prix de production et que les taux de profit des deux sections sont égaux. Troisièmement, elle intègre le développement des forces productives. En bonne marxiste, elle admet qu'il a pour effet d'augmenter la composition organique. Mais on peut admettre qu'il a l'effet inverse sans rien modifier à sa démonstration et à sa conclusion. Cette conclusion est que, si le capitalisme avait seulement ces trois traits, alors il ne pourrait pas vérifier sa condition de reproduction et n'aurait donc jamais pu exister.

Rosa Luxemburg relève alors une hypothèse implicite des schémas de Marx : le système capitaliste est fermé. Puis elle montre que, s'il est ouvert sur un milieu constitué de formations sociales non capitalistes, il peut vérifier sa condition de reproduction en réalisant avec ce milieu des échanges-intégration, par lesquels il détruit ces formations sociales en phagocytant leurs forces productives. Ainsi, elle peut, d'une part, fixer au capitalisme un terme ultime : la destruction totale de son milieu, et, d'autre part, interpréter les crises comme des moments où il est incapable d'effectuer des échanges-intégration satisfaisants, pour diverses raisons : les hommes vivant dans ces formations sociales refusent ces échanges ; la culture de ces hommes les rend inemployables vu les techniques de production utilisées ; les rapports de forces géopolitiques entre pays empêchent de tels échanges-intégration...

La théorie de Rosa Luxemburg aurait dû séduire les marxistes. Elle explique les crises et le caractère transitoire du capitalisme à partir de la dialectique des forces productives et des rapports de production. Elle rend compte du fait historique que le capitalisme a continûment détruit les formations sociales non capitalistes, et qu'il a donc toujours été impérialiste. En outre, elle fournit une grille de lecture pertinente des conjonctures où les puissances capitalistes s'apprêtent à entrer en guerre, comme en 1914. Pourtant, elle a été combattue aussi bien par les réformistes (Karl Kautsky) que par les révolutionnaires (Lénine et Nicolas Boukharine). Tous reprochent explicitement à Rosa Luxemburg d'avoir osé critiquer Marx. Mais, au fond, ils n'acceptent pas l'une des conséquences de sa théorie : le socialisme dans un seul pays ne pourra survivre qu'en étant aussi impérialiste que le capitalisme.

La théorie de Rosa Luxemburg a néanmoins un point faible, mis au jour dès 1913 par Otto Bauer, un austro-marxiste. Cette théorie tient, certes, compte du résultat de la concurrence entre les capitaux, mais ne la représente pas. Elle suppose que tous les capitaux ont le même taux de profit, alors que, pour représenter leur concurrence, on doit admettre qu'il existe des différentiels de taux de profit et, en conséquence, des transferts de capitaux d'une activité à une autre motivés par ces différentiels. Or, en intégrant ces transferts, on peut montrer qu'une variation de la composition organique provoque à coup sûr des fluctuations, mais qu'elle n'interdit pas qu'un système capitaliste fermé vérifie la condition de reproduction (Rosier, 1986).

En dépit de toutes ses difficultés, le cadre conceptuel économique marxiste a été une source stimulante pour nombre d'économistes, tels que Michael Kalecki, Wassily Leontief... À certaines époques, il a même constitué un espace de débats ayant leurs propres enjeux, mais aussi chargés d'implications évidentes pour des pans entiers de la discipline économique. Ainsi, entre 1945 et 1980, des thèses marxistes ont dominé l'économie du développement : celles sur l'échange inégal qui expliquent les écarts de richesse entre pays par des captations de valeur résultant du jeu de la péréquation du taux de profit au niveau international ; et celles sur les liens entre pays du centre et de la périphérie, qui s'inspirent de la théorie luxemburgiste. Après 1980, les économistes semblent avoir déserté ce cadre conceptuel, presque aucun ne se revendique plus marxiste, si tant est que cela ait jamais eu un sens. Cependant, les tensions économiques qui se sont fait jour depuis lors suscitent un certain regain d'intérêt pour celui-ci. Les régulationnistes y empruntent explicitement beaucoup, tandis que d'autres s'y réfèrent de façon moins systématique et plus discrète.

—  Michel ROSIER

Bibliographie

E. von Böhm-Bawerk, « Zum Abschluss des Marxschen Systems », in Staatswissenschaftliche Arbeiten : Festgaben für Karl Knies, éd. O. von Boenigk, Berlin, 1896 ; Karl Marx and the Close of System, trad. angl., The Merlin Press, Londres, 1975

L. von Bortkiewicz, « Zur Berichtigung des grundlegenden theoretischen Konstruktion von Marx im dritten Band des „Kapital“ », in Jahrbücher für Nationalökonomie und Statistik, vol. XXXIV, p. 319, 1907 ; Essai de rectification de la construction théorique fondamentale de Marx dans le troisième livre du « Capital », trad. franç., Cahiers de l'I.S.E.A., série S, no 1, 1959

R. Luxemburg, Die Akkumulation des Kapitals. Ein Beitrag zur ökonomischen Erklärung des Imperialismus, Berlin, 1913 ; L'Accumulation du capital, trad. franç. I. Petit, Maspero, Paris, 1967

K. Marx, Le Capital. Critique de l'économie politique, Éditions sociales, 1950-1971

M. Rosier, « Les Transferts de capitaux dans un modèle classique », in Cahiers d'économie politique, no 12, p. 105, 1986.

Écrit par :

  • : docteur d'État en sciences économiques, professeur des Universités

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Pour citer l’article

Michel ROSIER, « ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Marxisme », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-histoire-de-la-pensee-economique-marxisme/