FRANCFORT ÉCOLE DE

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Adorno et la dialectique négative

Alors que la personnalité de Horkheimer dominait les premiers travaux de la théorie critique, Adorno en est le principal penseur pour la dernière période. C'est en effet lui qui s'attache alors à infléchir la théorie critique dans le sens d'une attitude radicalement négative, et refusant tout compromis avec la réalité existante parce que la violence et la souffrance, devenues extrêmes sous le fascisme, exigent un effort extrême de la pensée. Adorno est aussi celui qui réclame une nouvelle interprétation du monde parce que la transformation de celui-ci est demeurée en retrait par rapport à la philosophie. C'est lui, enfin, qui justifie le statut philosophique de la théorie critique sans hésiter à la déclarer solidaire de la métaphysique au moment de son déclin.

Les instruments de la théorie critique ont dès lors besoin d'être affinés. Les concepts traditionnels de la dialectique et du matérialisme, étant donné que ceux-ci doivent avoir pour moteur la souffrance, se révèlent inopérants parce que trop positifs et trop affirmatifs, c'est-à-dire trop optimistes. C'est pourquoi, dans la Dialectique négative (Negative Dialektik, 1966), œuvre philosophique majeure de l'école, Adorno en entreprend la déconstruction ; il reproche en particulier à la dialectique de fonctionner selon la logique formelle de l'identité, qui n'est en dernière instance rien d'autre que la logique de la domination. Aussi convient-il de faire éclater cette logique en prenant parti de façon radicale en faveur de l'individuel et du particulier, c'est-à-dire de ce non-identique qui échappe encore à la domination du logos. Adorno se tourne dès lors tout naturellement vers l'esthétique. En effet, l'art est, pour lui, la monade de résistance capable de briser de l'intérieur la « totalité négative », puisque, par sa réalité, il témoigne de la « possibilité du pos [...]

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Écrit par :

  • : docteur de l'Université de Paris, chercheur, écrivain

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Pour citer l’article

Gerhard HÖHN, « FRANCFORT ÉCOLE DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ecole-de-francfort/