DENON DOMINIQUE VIVANT baron (1747-1825)

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La carrière de Denon se déroule avec le même succès sous l'Ancien Régime, la Révolution et l'Empire. Cet homme est remarquable pour l'habileté et la grâce avec laquelle il sut se faire des amis et des protecteurs à toutes les époques et en tous lieux. On le voit successivement s'assurer l'appui de Louis XV, de M. de Vergennes, du cardinal de Bernis, de David, de Robespierre, de Mme de Beauharnais et de Napoléon. Il semble avoir réussi dans tout ce qu'il entreprit, comme diplomate, artiste, administrateur.

Né à Chalon-sur-Saône en 1747, il était originaire de la petite noblesse et fut connu jusqu'à la Révolution comme le chevalier de Non. Lorsqu'il vient à Paris en 1769, il veut devenir graveur. Un physique avantageux, sa vivacité d'esprit, l'élégance de ses manières lui permettent bientôt de faire son chemin à la cour. Le roi lui confie la gestion du cabinet des Médailles, créé pour satisfaire Mme de Pompadour. Il se fait connaître dans le monde des lettres, obtient un poste de secrétaire d'ambassade à Saint-Pétersbourg (1772-1774).

À l'avènement de Louis XVI, il est distingué par le comte de Vergennes, nouveau ministre des Affaires étrangères, qui lui donne une mission en Suisse. C'est pour lui l'occasion de se faire recevoir à Ferney par Voltaire. En 1777, il publie dans les Mélanges littéraires, ou Journal des dames, un conte intitulé Point de lendemain, plusieurs fois réédité au cours du xixe siècle. Dans ces « quelques pages irréprochables », on assiste aux ébats, fortuits mais délicieux, de deux amants d'une nuit, charmés de la complicité qui les unit aux dépens du mari et de l'amant en titre, également bernés par cette aventure. La beauté de la nuit, le silence et le clair de lune jouent leur rôle dans ce conte libertin, qui unit le goût de la nature à celui des artifices sophistiqués, et le sens du mystère à la polissonnerie. Balzac, qui attribuait le conte à Dorat, dit à son propos, dans la Physiologie du mariage (Méditation 24), qu'on y trouve « une délicieuse peinture des mœurs du siècle dernier ». On peut rappeler, pour en indiquer l'esprit, ce que dit le narrateur à la dernière ligne du conte : « Je cherchais bien la morale de toute cette aventure... et je n'en trouvai point. » Denon est à cette époque diplomate à Naples. Entre autres activités, il s'intéresse à la rédaction d'un Voyage pittoresque de Naples et de Sicile et, pour finir, publie séparément sa part du travail : la partie de l'itinéraire relative à l'Italie continentale paraît dans les notes de la traduction française du Voyage de Swinburne ; celle qui concerne Malte et la Sicile fait l'objet d'un volume imprimé dix ans plus tard et intitulé Voyage en Sicile et à Malte, pour faire suite au Voyage de Swinburne dans les Deux-Siciles (1788). De Naples, Denon vient à Rome, auprès du cardinal de Bernis, chez qui il a l'occasion de connaître plusieurs souverains d'Europe. À la mort de Vergennes, il est rappelé à Paris (1787). Cette même année, il est reçu à l'Académie royale de peinture.

Dans les premiers temps de la Révolution, il redresse habilement sa situation un instant compromise, grâce à l'aide de David et à sa propre intrépidité. Il se fait nommer graveur national par Robespierre et, ainsi, vit à l'aise pendant cette période. Sous le Directoire, il fréquente le salon de Joséphine de Beauharnais. Bonaparte, dont il a gagné l'amitié, le fait participer à l'expédition d'Égypte. En 1802, il publie un Voyage dans la Basse et la Haute Égypte pendant les campagnes du général Bonaparte, qui obtient un gros succès et dont on fait plusieurs traductions. Ce sont deux volumes grand in-folio, avec 141 planches. En 1803, il publie aussi un rapport sur les antiquités prises en Italie. Napoléon lui confie la direction des arts, monnaies, médailles des Musées nationaux. Il accomplit alors une énorme tâche, notamment au Louvre, enrichi par les campagnes révolutionnaires et les guerres de l'Empire. Suivant lui-même la Grande Armée à travers l'Europe, il choisit avec un goût très sûr les chefs-d'œuvre des musées étrangers et les fait transporter au Louvre.

En 1814, Louis XVIII le maintient à la direction générale des Musées, mais lorsqu'il faut, après Waterloo, restituer les œuvres d'art aux Alliés, il préfère démissionner. Il se retire dans son appartement du quai Voltaire dont il a fait un véritable musée et y fait, jusqu'à sa mort (1825), les honneurs de son riche cabinet. Entre autres [...]

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  • : ancienne élève de l'École normale supérieure de Sèvres, professeure agrégée des Universités (littérature comparée), université de Paris-VII-Denis-Diderot

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Pour citer l’article

Denise BRAHIMI, « DENON DOMINIQUE VIVANT baron (1747-1825) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dominique-vivant-denon/