DÉCROISSANCE

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Malthusianisme, archaïsme, protectionnisme ?

Mais que faire de l'accusation de « malthusianisme », brandie par les libéraux et les marxistes contre les objecteurs de croissance ? Malthus avait eu ces mots terribles, qui ont hanté l'imaginaire socialiste : « Un homme qui naît dans un monde déjà occupé, si sa famille n'a pas les moyens de le nourrir, ou si les riches n'ont pas besoin de son travail, cet homme, dis-je, n'a pas le moindre droit à réclamer une portion quelconque de nourriture, et il est réellement de trop sur la terre. Au grand banquet de la nature, il n'y a point de couvert mis pour lui. La nature lui commande de s'en aller, et elle ne tardera pas à mettre elle-même cet ordre à exécution. » Les objecteurs de croissance soutiennent-ils cette position ? Non, ou alors par sentiment d'impuissance devant les énormes dynamiques destructrices qui se mettent en mouvement. Si l'accusation revient si souvent, c'est pour deux raisons.

La première est que le l'accusation de « malthusianisme » est désormais utilisée pour disqualifier toutes les politiques appelant à limiter la consommation, quelle qu'en soit la raison. L'accusation a donc un spectre extrêmement large, inconnue du temps de Malthus. William Godwin, contre qui Malthus polémiquait, intégrait, comme Proudhon et nombre de ses contemporains socialistes, la finitude des ressources. C'est même ce qui leur permettait de condamner l'appropriation privée, au nom du droit à l'existence. Godwin discutait de règles de vie permettant de limiter la population, de manière à ce que chaque personne puisse être à l'aise – et nul, évidemment, n'aurait songé à l'accuser de « malthusianisme » ou d'un équivalent. À l'inverse, aujourd'hui, les courants progressistes ne voient le salut que dans la croissance, et récusent toute discussion sur la population. Les objecteurs de croissance soulignent que cette croissance est un trompe-l'œil, que l'égalité économique des conditions qu'elle promet in fine est utopique.

La seconde raison est que les écologistes, quand ils ont posé la question des limites, en premier, ont excessivement [...]

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Fabrice FLIPO, « DÉCROISSANCE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 juillet 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/decroissance/