CYBERCRIMINALITÉ

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Enjeux symboliques

S'il est difficile de l'appréhender objectivement comme phénomène, la cybercriminalité fait néanmoins sens au regard des tentatives globales de régulation d'Internet de la part des autorités étatiques. Plus exactement, elle appartient au lexique dans lequel les États ont puisé afin de légitimer l'intervention des organismes de sécurité dans le contrôle et la surveillance des flux informatiques. Du point de vue des sciences sociales, la notion de cybercriminalité n'est donc pas neutre, elle procède – tout en le renforçant – de l'univers symbolique d'un cyberespace miné par la subversion (« pirates »), l'épidémie (« virus », « propagation », « contamination »), les parasites (« vers »), la fourberie et la ruse (« Cheval de Troie », « porte dérobée »), etc. L'utilisation de ce type de langage a permis de recréer un univers virtuel binaire, partagé comme dans le monde « réel » entre les bons et les mauvais, entre ceux qui respectent les règles et ceux qui les enfreignent. En jouant sur le mimétisme entre espace physique et cyberespace, ce langage a ainsi abouti à justifier l'intervention de l'État comme garant de la sécurité et à ruiner symboliquement le projet d'un Internet comme « nouvelle frontière ».

La focalisation sur la cybercriminalité a permis de redessiner les contours de la menace informatique en déplaçant l'attention, depuis des adolescents ou des individus guidés par le défi, sur un continuum sécuritaire englobant la criminalité organisée, les mafias, les organisations terroristes, mais aussi des activistes politiques. Le succès de cette notion révèle alors la réussite d'une entreprise de normalisation d'Internet, menée par l'État, via la stigmatisation de certains comportements qui n'ont parfois de criminels que le simple fait de prouver l'inefficacité et la défaillance des systèmes de sécurité informatiques existants.

La mise en avant d'un discours sur la menace a donc facilité la criminalisation des actions perpétrées sur Internet tout en masquant la réalité de phénomènes dont l'origine réside fréquemment dans des carences en termes de [...]

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Écrit par :

  • : doctorant en science politique à l'université de Paris-II, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris

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Pour citer l’article

Olivier PALLUAULT, « CYBERCRIMINALITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/cybercriminalite/