CÔTES, géomorphologie et géographie

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La notion de côte

La côte n'est pas seulement le contact de la terre et de la mer : le fond de l'océan répondrait aussi à cette définition. Ce qui caractérise la côte, c'est la présence d'un troisième élément, l'atmosphère, qui joue ici un rôle fondamental parce que l'énergie de la mer est, pour l'essentiel, le fait de mouvements ondulatoires qui se produisent le long de l'interface eau-air.

Ces mouvements ondulatoires (houles ou marées) et les déplacements d'eau qui en sont la conséquence renferment en effet une énergie considérable, et c'est la dissipation brutale, quasi instantanée, de cette énergie qui façonne les côtes selon des processus qui n'ont d'équivalent ni au fond des mers ni sur le continent.

Les processus mécaniques qui agissent sur le façonnement des côtes sont variables et discontinus, et leurs effets sont parfois contradictoires. Ceux d'entre eux qui sont d'origine météorologique sont, de plus, imprévisibles. La morphogenèse côtière en tire ses caractères de discontinuité, souvent de réversibilité, parfois d'imprévisibilité, qui la rendent si déconcertante et quelquefois si spectaculaire.

Or ces brutales consommations d'énergie, engendrant des phénomènes morphogénétiques généralement rapides, affectent une bande côtière qui, dans l'immense majorité des cas, n'est que depuis peu dans cette situation littorale : l'océan a atteint son niveau actuel il y a seulement cinq ou six mille ans, et partout où les mouvements particuliers du continent n'ont pas annulé ou renversé le mouvement relatif, c'est un modelé continental qui a été partiellement submergé, et soumis ainsi à une morphogenèse littorale. Ailleurs, où le soulèvement du continent (le plus souvent par le jeu de l'isostasie postglaciaire) a plus que compensé l'élévation du niveau de l'océan, ce sont des terres autrefois submergées qui sont aujourd'hui en position littorale. Dans l'un ou l'autre cas, l'action actuelle est beaucoup plus vigoureuse que l'action passée, et une morphogenèse violente et chaotique succède à une morphogenèse modérée et régulière : à des phénomènes lents, qui n'étaient puissants que par leur durée et leur continuité, se substituent des phénomènes brefs mais brutaux, efficaces mais parfois réversibles.

Le contraste est encore accentué par le fait qu'immédiatement derrière le trait de côte continuent généralement à dominer les paisibles phénomènes continentaux ; mais l'important n'est pas la coexistence actuelle de deux styles morphogénétiques différents : la côte est essentiellement le lieu où des paysages façonnés par des styles morphogénétiques qui étaient caractérisés par une action progressive affectant toute une aire sont transformés par une morphogenèse d'un tout autre style, énergique, discontinue, et n'intéressant qu'une bande relativement étroite.

Si le contact entre mer, terre et air est, en principe linéaire – et défini avec un certain arbitraire par la notion de trait de côte –, la définition morphologique de la côte doit s'étendre à toute la bande dans laquelle les processus morphogénétiques sont substantiellement altérés par la proximité de la convergence des interfaces. La bande côtière comprend donc une avant-côte, ou prélittoral, région submergée en permanence, mais où les mouvements ondulatoires et les courants alternants engendrés au contact de l'air et de l'eau exercent encore une action sensible sur le fond, et une arrière-côte, parfois appelée sublittoral, dans laquelle les processus morphologiques subaériens sont modifiés de façon appréciable par la proximité de la mer.

L'avant-côte

L'avant-côte, au sens strict, désigne la bande où se déposent les sédiments littoraux : devant une plage de sable, c'est la région sur laquelle s'étendent, vers le bas, les mouvements migratoires alternatifs qui caractérisent la dynamique des plages de sable (selon l'état de la mer, les mêmes particules vont et viennent entre le haut de plage et le bas de l'avant-côte) ; devant une côte rocheuse, c'est la limite inférieure de l'accumulation prédominante des débris arrachés à la côte et transportés par saltation ou roulage sur le fond ; devant une côte à marais, caractérisée par l'accumulation de la vase dans les zones abritées, c'est toute la région dans laquelle l'abri est assez bien réalisé pour que, par des profondeurs médiocres qui ailleurs seraient sableuses ou caillouteuses, il se dépose des vases, peut-être appelées à être ultérieurement incorporées à la côte proprement dite (par exem [...]

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Dunes et étangs de la côte landaise

Dunes et étangs de la côte landaise
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Côte à fjords

Côte à fjords
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Côte à fjords, Norvège

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Jean-Pierre PINOT, « CÔTES, géomorphologie et géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cotes-geomorphologie/