CORÉESDu rapprochement à la défiance

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Les sociétés nord et sud-coréennes, confrontées en 2008 à la crise financière internationale comme le reste du monde, étaient déjà en proie à des incertitudes et à des difficultés économiques, politiques et sociales différentes, mais non pas moins cruciales. La crise larvée de part et d'autre du 38e parallèle n'est donc pas purement économique, mais traduit en plus, et depuis plus longtemps, un malaise généralisé concernant l'avenir commun et le type de société à construire ensemble, non seulement sur la péninsule, mais aussi dans la région.

Deux nouvelles logiques paradoxales s'opposent sur la péninsule : au Nord, la volonté inchangée du régime de se maintenir par la force et le chantage international à l'arme nucléaire, fondé sur une menace extérieure, quel que soit le coût humain, et cela en dépit de tentatives d'ouverture économique « à la chinoise » qui nécessite des alliances « capitalistes » ; au Sud, un système démocratique qui permet, à la fin de 2007, le retour des conservateurs au pouvoir, du libéralisme pur et dur, et de l'intransigeance avec le Nord, alors qu'une décennie de politique patiente dite du « rayon de soleil » vient de s'écouler et qu'une crise économique sans précédent frappe le pays, nécessitant plus que jamais une politique sociale.

Du réchauffement au refroidissement des relations inter-coréennes

Des tentatives pour faire évoluer en profondeur la situation dans la péninsule ont eu lieu, à l'initiative des démocrates sud-coréens. La dernière en date, lors du sommet d'octobre 2007, se termine sur ce qui est considéré comme un échec cuisant par le président sud-coréen Roh Moo-hyun. Celui-ci souhaitait pouvoir signer officiellement avec le Nord un traité d'armistice, puisque formellement les deux pays sont toujours en guerre depuis le cessez-le-feu de 1953. Démocrate partisan d'une politique de la main tendue avec le Nord, mais alors discrédité dans les médias sud-coréens en pleine campagne présidentielle, sans soutien populaire franc et massif, et même suspecté de manœuvres politiciennes à visées électorales, Roh Moo-hyun avait dû reporter son projet initialement prévu pour le printemps de 2007 en raison de catastrophes naturelles au Nord qui avaient contraint les Nord-Coréens à ajourner les réunions préparatoires. Cependant, lors d'un sommet historique qui s'est tenu du 2 au 4 octobre 2007 à Pyongyang, les deux leaders du Nord et du Sud signaient une déclaration pour la paix et la prospérité et se promettaient d'entamer des pourparlers sur la question du traité d'armistice. Dès le mois de novembre, les Premiers ministres se rencontraient pour la première fois depuis quinze ans. L'élection de Lee Myung-bak, le candidat de la droite conservatrice au Sud, le 19 décembre 2007, a mis fin abruptement à une perspective de paix qui aurait dû en théorie rassembler le plus grand nombre. Mais, concernant la Corée, on n'est pas à un paradoxe près.

Un an plus tard, on est presque au bord de la rupture. Les menaces de fermeture de la Corée du Nord aux investissements du Sud proférées par Pyongyang sont claires : fermeture de la frontière terrestre, fin des visites de touristes sud-coréens au mont Kumgang, arrêt des liaisons ferroviaires ouvertes depuis décembre 2007 avec la zone industrielle de Kaesong où les Sud-Coréens sont les principaux investisseurs. Le mécontentement des Nord-Coréens vise directement la politique de Lee Myung-bak qui prône la fermeté vis-à-vis de Pyongyang et la fin d'une politique sans contreparties, à perte. En novembre 2008, celui-ci fait voter le Sud contre la Corée du Nord à l'O.N.U., pour condamner les violations des droits de l'homme.

Pour ce qui est de la question nucléaire sur la péninsule, il semblerait que les Nord-Coréens attendent l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche pour se positionner. Les dernières « rencontres à six » (pourparlers sur le programme nucléaire nord-coréen débutés en 2003 avec la Chine, le Japon, la Russie, les États-Unis et les deux Corées) qui se sont tenues en décembre 2008 se sont terminées dans l'impasse. Depuis octobre 2006, date à laquelle Pyongyang aurait procédé à un essai nucléaire souterrain, il y a eu plusieurs revirements entre volonté de coopérer (par exemple en juillet 2007, annonce de l'arrêt du site de Yongbyon, le principal ce [...]

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Écrit par :

  • : chercheur indépendant, chargée de cours à Sciences Po Paris, membre associé du Centre de recherches sur la Corée au sein de l'équipe Chine, Corée, Japon de l'E.H.E.S.S.-C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Marie-Orange RIVÉ-LASAN, « CORÉES - Du rapprochement à la défiance », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/corees/