COMMUNISMEHistoire économique des pays communistes

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Les mécanismes de fonctionnement

Les premières réformes du système stalinien de planification et de gestion sont intervenues en Europe de l'Est au cours de la décennie 1960-1970. Leur dernière version fut la perestroïka soviétique. Leur échec, consacré par l'effondrement du système socialiste, a montré l'inapplicabilité pratique de mécanismes tendant à combiner les mécanismes du plan et ceux du marché. La démonstration n'est cependant pas aussi claire pour les économies non européennes.

U.R.S.S. et Europe de l'Est

Jusque vers 1965, l'exécution du plan était imposée aux entreprises sous forme d'ordres directs (ou « indices », quelquefois aussi appelés « indicateurs ») relatifs aux objectifs à atteindre (production) et aux moyens à mettre en œuvre (utilisation de ressources matérielles et humaines). Un ensemble de réformes, commencées en 1963 en R.D.A. et achevées avec le lancement du « nouveau mécanisme économique » en Hongrie, en 1968, a remplacé les ordres directs par des incitations matérielles poussant les entreprises à exécuter le plan parce qu'elles pourraient en retirer un profit. Le seul pays à rester en dehors de ce mouvement fut l'Albanie. En Yougoslavie, ce tournant a associé un renforcement de l'autogestion au développement du marché.

La planification centrale devait, selon ce schéma, se limiter à la définition d'une stratégie à long terme et à la surveillance d'indicateurs macro-économiques : fixation des taux de croissance de la production, globalement et par branches ; choix des proportions entre l'investissement et la consommation ; politique industrielle et régionale. La planification quinquennale serait valorisée par rapport à la planification annuelle. L'entreprise ne serait plus écrasée sous des tâches multiples et contradictoires, elle aurait intérêt à proposer d'elle-même un plan exigeant.

Ce schéma n'a pu fonctionner nulle part, même en Hongrie où, pourtant, la planification impérative au niveau de l'entreprise avait été en principe supprimée par la réforme de 1968. Les conditions de la mise en œuvre efficace d'un tel mécanisme étaient au nombre de deux : l'autonomie effective de l'entreprise et la possibilité pour une entreprise bien gérée de compter sur un profit « normal ». Aucune de ces conditions n'a été remplie.

L'entreprise est demeurée soumise à ses autorités de tutelle (ministères économiques ou administrations centrales) et aux directives du parti. Même lorsqu'elle était formellement indépendante, comme en Hongrie, les directives centrales lui étaient transmises par des voies informelles et néanmoins contraignantes, transformant la planification impérative en mécanisme de marchandage entre l'autorité et les grandes unités. L'entreprise n'avait pas la maîtrise de ses débouchés, ni de ses approvisionnements que rationnait en fait la répartition administrative des matières premières et de biens d'équipements. La gestion de la main-dœuvre est demeurée contrôlée par des indices déterminant pratiquement le plafond des effectifs.

Quant aux prix, ils devaient, en principe, assurer aux entreprises convenablement gérées un profit normal, mais les réformes n'ont jamais laissé aux entreprises elles-mêmes la liberté de fixer leurs prix : à juste titre, d'ailleurs, car l'absence de concurrence intérieure (due à la monopolisation des activités par de très grandes unités) ou extérieure (due à la coupure entre l'étranger et l'économie domestique) aurait provoqué une hausse des prix sans amélioration de l'offre.

L'incitation à la maximisation des profits est ainsi demeurée lettre morte. De toute façon, l'entreprise n'avait droit qu'à une part limitée de son profit, puisque l'essentiel en était absorbé par le budget de l'État. En revanche, elle était assurée de pouvoir compter sur des subventions budgétaires d'exploitation ou, surtout, d'investissement. Le financement à crédit des investissements, développé dans certains pays de l'Est, ne différait pas en fait d'un financement étatique dans la mesure où la banque centrale, subordonnée à l'État, était la seule source possible de crédit.

L'impossibilité logique d'une réforme a été démontrée par l'économiste Janos Kornal, dont on a évoqué tout à l'heure la thèse de la contrainte budgétaire « molle ». Comme il le développe dans Socialisme et économie de la pénurie, les entreprises, en système planifié, sont soumises à une contrainte de ressources, alors que, en économie de marché, elles sont soumises à une contrainte de demande [...]

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Début et fin du système socialiste d'économie

Début et fin du système socialiste d'économie
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Balances matières

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Pays d'Europe de l'Est : revenu national et investissement (1950-1989)

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Population active par secteurs en Europe de l'Est

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Écrit par :

  • : professeur émérite de sciences économiques, université de Pau

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Pour citer l’article

Marie LAVIGNE, « COMMUNISME - Histoire économique des pays communistes », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/communisme-histoire-economique-des-pays-communistes/