BACRI JEAN-PIERRE (1951-2021)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Connu pour avoir popularisé maintes fois des personnages amers, râleurs, dépressifs et bourrus, Jean-Pierre Bacri, mieux qu’«une gueule », était un excellent comédien de caractère, également auteur de sept pièces de théâtre et scénariste de neuf films, écrits avec Agnès Jaoui.

Né le 24 mai 1951 à Castiglione (aujourd’hui Bou Ismaïl, Algérie), il arrive, avec la vague des « pieds noirs » rapatriés en 1962, à Cannes où se fixe sa famille. Un temps, il envisage de devenir professeur de lettres classiques mais finit par gagner Paris à vingt-trois ans, où il vit de « petits boulots ». En fait il aime le théâtre et s’inscrit au cours Simon en 1976, tout en s’exerçant à écrire des dialogues. Dès l’année suivante, il intègre la compagnie de théâtre de Jean-Pierre Bouvier qui le distribue dans ses mises en scène de Lorenzaccio, Ruy Blas, Dom Juan. Mais Jean-Pierre Bacri préfère écrire des pièces. Le Doux visage de l’amour reçoit le prix de la vocation en 1979. Bouvier monte, en 1980, Tout simplement et Le Grain de sable, deux pièces écrites et interprétées par Bacri. De 1981 à 1986, il poursuit son travail au théâtre (sous la direction de Bouvier, Roger Hanin, Jean-Michel Ribes) mais joue aussi de courts rôles au cinéma et commence à imposer dans une quinzaine de films sa silhouette de grand brun à la mauvaise humeur tenace et aux colères atrabilaires.

L’année 1987 marque un tournant décisif dans sa carrière. D’abord, il se démarque dans L’Été en pente douce dans lequel Gérard Krawczyk dirige un trio de jeunes acteurs excentriques – Bacri, Jacques Villeret et Pauline Lafont – multipliant les provocations dans la chaleur d’un petit village du Midi. Surtout, il se lie avec Agnès Jaoui, sa partenaire dans L’Anniversaire, la pièce d’Harold Pinter mise en scène par Jean-Michel Ribes. Agnès Jaoui devient sa compagne dans la vie (jusqu’en 2012) et ils vont former un duo créateur d’une longévité notable (1991-2018), écrivant et interprétant ensemble neuf films. Cuisine et dépendances (1993) est réalisé par Philippe Muyl, d’après leur propre pièce, créée au théâtre en 1991. Un air de famille (1996), porté à l’écran par Cédric Klapisch, également adapté d’une de leur pièce de 1994, raconte le traditionnel dîner du vendredi en famille dans un bistro tenu par le fils mal-aimé (Bacri) qui tourne au règlement de compte aux réparties savoureuses. Avec Alain Resnais, ils signent deux prouesses scénaristiques. La première, dans laquelle ils ne jouent pas, Smoking/No Smoking (1993), est une adaptation de huit pièces d’Alan Ayckbourn en deux longs-métrages aux multiples bifurcations, avec seulement deux interprètes pour tous les rôles, Sabine Azéma et Pierre Arditi. Puis, ils écrivent On connaît la chanson (1997), où le chassé-croisé d’une douzaine de personnages se combine astucieusement avec de courts extraits de chansons populaires : Agnès Jaoui, en guide touristique, orchestre le ballet tandis que Jean-Pierre Bacri promène son air bougon et pourtant attachant entre consultations chez le médecin et visites d’appartements vides à louer.

À partir de 2000, leurs cinq longs-métrages en commun, comédies vachardes mais sans cynisme, sur fond humaniste mais sans niaiseries, sont tous réalisés par Agnès Jaoui qui filme son complice avec une lucidité nuancée de tendresse et pleine d’humour. Films choraux, Le Goût des autres (2000) et Au bout du conte (2013) mêlent pour le premier les classes sociales, pour l’autre rêve et réalité. Bacri campe tour à tour un écrivain désagréable ne comprenant rien à sa fille complexée par son physique (Comme une image, 2004), un mélancolique vidéaste surestimé face à Jamel Debbouze (Parlez-moi de la pluie, 2008), un animateur de télé au pouvoir contesté quand son émission est menacée (Place publique, 2018). L’ensemble brosse avec finesse le tableau d’individus d’une justesse quotidienne touchante.

Parallèlement Bacri, aimé du public qui reconnaît, jusque dans ses excès, une part de lui-même, construit en solo une filmographie d’une cinquantaine de longs-métrages signés Alexandre Arcady, Diane Kurys, Luc Besson, Jean-Charles Tacchella, Joël Santoni, Jean-Pierre Mocky, Yves Robert, [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

Classification

Autres références

«  BACRI JEAN-PIERRE (1951-2021)  » est également traité dans :

COMME UNE IMAGE (A. Jaoui)

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 1 053 mots

Lolita a vingt ans et se trouve « grosse », « moche », « nulle »… S'il est vrai que, lorsqu'elle essaie une robe dans la cabine d'un magasin, elle ne donne pas l'image filiforme que la publicité renvoie du corps de la femme, là n'est peut-être pas l'essentiel. Avec le même succès public, Agnès Jaoui poursuit dans Comme une image (2004) la réflexion entamée dans son précédent film, Le Goût des au […] Lire la suite

Pour citer l’article

René PRÉDAL, « BACRI JEAN-PIERRE - (1951-2021) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-pierre-bacri/