GLUCK CHRISTOPH WILLIBALD VON

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

« Une belle simplicité »

La relative incompréhension dont Gluck est victime aujourd'hui vient en partie de ce que l'essentiel de son apport à l'histoire de l'opéra est d'ordre architectural : or il faut bien reconnaître que le spectateur moderne, habitué aux finales mozartiens et à la continuité wagnérienne, n'éprouve aucune admiration ni surprise particulière devant de grandes scènes d'action comme la confrontation entre Orphée et les Furies, ou la succession haletante d'événements sur laquelle se termine Iphigénie en Tauride. De même, la « belle simplicité » postulée par Calzabigi dans sa préface d'Alceste laisse parfois une certaine impression de fadeur, alors même que les contemporains y voyaient la mise à nu des émotions essentielles de l'âme humaine, la traduction musicale authentique des modèles euripidiens. La réhabilitation de Gluck passera sans doute par la redécouverte d'un style d'interprétation vigoureux et coloré, en particulier dans les récitatifs : à cet égard, il faut signaler que Calzabigi avait réclamé pour ses opéras viennois des chanteurs formés à l'opéra bouffe, et que Gluck apportait un soin maniaque aux représentations de ses tragédies lyriques parisiennes. Mais l'originalité de Gluck est tout autant à chercher dans les détails de son écriture musicale : c'est à Berlioz et à Donald Tovey, en particulier, que revient le mérite d'avoir attiré l'attention sur la diversité des carrures métriques dans des airs comme « Divinités du Styx » (Alceste, acte I, scène vii) ou « Peuvent-ils ordonner qu'un père » (Iphigénie en Aulide, acte I, scène iii), révélant un contrôle souverain du débit dramatique et du temps musical. Analysé d'aussi près, Gluck apparaît paradoxalement comme un maître de l'irrégularité et du déséquilibre dynamique – preuve que le néo-classicisme des Lumières n'était pas si austère et si solennel qu'on veut bien le croire.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Médias de l’article

Christoph Willibald von Gluck

Christoph Willibald von Gluck
Crédits : Hulton Getty

photographie

Christoph Willibald von Gluck

Christoph Willibald von Gluck
Crédits : Archive Photos/ Getty Images

photographie

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, chargé de recherche au C.N.R.S.

Classification

Autres références

«  GLUCK CHRISTOPH WILLIBALD VON (1714-1787)  » est également traité dans :

GLUCK CHRISTOPH WILLIBALD VON - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Christian MERLIN
  •  • 361 mots
  •  • 6 médias

2 juillet 1714 Christoph Willibald von Gluck naît à Erasbach, près de Berching, dans le Haut-Palatinat.1754 Gluck devient directeur du Burgtheater de Vienne.5 octobre 1762 Orfeo ed Euridice (version italienne), azione teatrale […] Lire la suite

ALCESTE (C. W. von Gluck), en bref

  • Écrit par 
  • Christian MERLIN
  •  • 227 mots

Dès Orfeo ed Euridice en 1762, Christoph Willibald von Gluck affiche son ambition : réformer l'opéra. Sclérosé à ses yeux par un siècle d'opera seria italien dévolu à la virtuosité vocale et aux délices du bel canto, au détriment de […] Lire la suite

ORFEO ED EURIDICE (C. W. von Gluck)

  • Écrit par 
  • Denis MORRIER
  •  • 1 353 mots

Cet Orphée fameux est une œuvre fondatrice qu'il est difficile d'appréhender sous un angle unique : Christoph Willibald von Gluck (1714-1787) en laissa deux versions distinctes : Orfeo ed Euridice, « azione teatrale », et Orphée et Eurydice […] Lire la suite

ALTO

  • Écrit par 
  • Juliette GARRIGUES
  •  • 993 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Styles musicaux »  : […] Longtemps méprisé par les instrumentistes, l'alto a souvent été abandonné à des violonistes manqués. À l'orchestre, par sa position entre le violon et le violoncelle, il a longtemps tenu un rôle de « remplissage ». Christoph Willibald von Gluck sera le premier compositeur à donner à l'alto un rôle original, dans le récit d'Oreste d' Iphigénie en Tauride (1779), l'utilisant pour ses sonorités rauq […] Lire la suite

ANGIOLINI GASPARO (1731-1803)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 357 mots

Chorégraphe, librettiste, compositeur et théoricien italien, Gasparo Angiolini fut l'un des premiers à mêler danse, musique et intrigue dans des ballets dramatiques. Né le 9 février 1731, à Florence, Gasparo Angiolini (de son vrai nom Domenico Maria Angelo Gasparini) devient en 1757 maître de ballet à l'opéra de la cour de Vienne, où ses premiers spectacles dansés font souvent appel au geste pour […] Lire la suite

BERLIOZ HECTOR

  • Écrit par 
  • Cécile REYNAUD
  •  • 4 264 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Gagner Paris »  : […] Berlioz passe le baccalauréat ès lettres en mars 1821. Sa famille décide alors de l’envoyer en octobre étudier la médecine à Paris. Les premières réactions du jeune homme à ces études forcées, évoquées dans les Mémoires , témoignent d’un violent dégoût, aussi s’adonnera-t-il plutôt, dès ses premiers temps à Paris, à sa passion pour la musique. Cependant, comme l’a montré Peter Bloom, il ne laisse […] Lire la suite

BOUFFONS QUERELLE DES

  • Écrit par 
  • Jacques GHEUSI
  •  • 1 982 mots

Dans le chapitre « De Rameau à Gluck »  : […] Jean-Jacques Rousseau et les Encyclopédistes furent, dans cette querelle, les ennemis les plus acharnés de Rameau et, malgré l'injustice des reproches qu'ils lui adressèrent, ils réussirent à faire condamner par une grande partie de l'opinion la musique française. La marquise de Pompadour et ses amis, qui soutenaient l'opéra français, tentèrent de lutter en essayant de faire un triomphe, en janvie […] Lire la suite

GLUCKISTES & PICCINNISTES QUERELLE ENTRE

  • Écrit par 
  • Marc VIGNAL
  •  • 639 mots
  •  • 1 média

La querelle des gluckistes et des piccinnistes se déroule pour l'essentiel à Paris de 1776 à 1779, et oppose moins les compositeurs Gluck et Piccinni, entraînés dans cette galère à leur corps défendant et dont les relations personnelles restent cordiales, que leurs partisans respectifs, et ce pour des motifs où la musique n'est pas, et de loin, seule en cause. Gluck, qui en 1774 a déjà donné à Par […] Lire la suite

OPÉRA - Histoire, de Peri à Puccini

  • Écrit par 
  • Jean-Vincent RICHARD
  •  • 9 136 mots
  •  • 33 médias

Dans le chapitre « La réforme de Gluck »  : […] La destinée créatrice de Gluck a débuté sous le signe de la convention. Formé à l'opéra italien, il en composera plus d'une vingtaine dans la tradition de Johann Adolf Hasse et Métastase, avant de se tourner, à la fin des années 1750, vers l'opéra-comique français, genre qu'il pratique avec bonheur. Sa rencontre avec Ranieri de' Calzabigi (1714-1795), poète, dramaturge, aventurier et conseiller d […] Lire la suite

OPÉRA - Le renouveau de l'opéra baroque

  • Écrit par 
  • Ivan A. ALEXANDRE
  •  • 11 978 mots
  •  • 15 médias

Dans le chapitre « Rameau : le réveil »  : […] Remonté en scène à peu près en même temps que Monteverdi, Jean-Philippe Rameau eut à franchir d'autres obstacles. Ici, malgré une rupture analogue de toute tradition, le texte pose incomparablement moins de problèmes : ni cornet à bouquin, ni régale, ni chitarrone dans son orchestre, mais des hautbois, des bassons, des flûtes et des cordes parentes des nôtres. Rameau traverse d'ailleurs tout le […] Lire la suite

Pour citer l’article

Michel NOIRAY, « GLUCK CHRISTOPH WILLIBALD VON », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 juin 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christoph-willibald-von-gluck/