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DIOR CHRISTIAN (1905-1957)

Le corps en mouvement

Désormais chaque saison apporte sa moisson d'idées, toujours orchestrée autour d'un thème. L'année 1948 est marquée par les thèmes « Envol » et « Zig-zag », qui se caractérisent par des décolletés asymétriques, des corsages à une seule manche, des jupes de longueur inégale, retroussées... La collection « Trompe-l'œil », au printemps de 1948, accentue le volume du buste, grâce à de larges revers, d'immenses cols ; l'effet de mouvement est accentué par des panneaux flottants sur les jupes « Corolle » et « Cyclone », véritables sculptures de rubans, où transparaît la passion de Christian Dior pour l'architecture. Cette même année apparaît le tailleur en pied-de-poule noir et blanc. L'année 1950 est dominée par les lignes verticale et oblique : la « Ligne verticale » comporte d'étroites robes-fourreaux ; la « Ligne oblique » impose l'asymétrie et accentue le volume des hanches par des artifices. La « Ligne ovale » (printemps de 1951) apporte moins d'innovations structurelles, mais efface tous les angles et adhère souplement aux formes anatomiques.

Ce succès s'accompagne par l'ouverture d'un département fourrure, et du lancement d'un des premiers parfums créés par une maison de couture, « Miss Dior » (1947) ; à ce propos Christian Dior affirme « Je suis devenu parfumeur, pour qu'il suffise de déboucher un flacon pour voir surgir toutes mes robes et pour que chaque femme que j'habille laisse derrière elle un sillage de désir. » Sa notoriété est telle qu'il reçoit en 1947 aux États-Unis le « Neiman Marcus Award ». La marque s'exporte sur le Nouveau Continent. Dès 1948, Dior signe plusieurs licences mondiales, qui se multiplieront avec l'apparition du prêt-à-porter, des accessoires et des parfums, institutionnalisant également la franchise.

Robe de jour par C. Dior - crédits : Savitry/ Picture Post/ Getty Images

Robe de jour par C. Dior

Les collections thématiques se succèdent : « Ligne sinueuse » et « Ligne Profil » en 1952, « Tulipe » et « Coupole » (avec renaissance de la tournure) en 1953, « Muguet » au printemps de 1954. La « Ligne H », très stricte, qui étire la silhouette et hausse le buste (automne de 1954), suscite des controverses, car les journalistes, accoutumés désormais aux bustes opulents, reprochent cette fois à Dior de ne pas mettre la poitrine en valeur. À l'image de la Tour Eiffel, la « Ligne A », au printemps suivant, propose des épaules droites et des jupes évasées, tandis que la « Ligne Y », à l'automne, impose la silhouette inverse : jupes tubulaires et carrure accentuée par des capes, des boléros. Présentée au printemps de 1956, la « Ligne Flèche » hausse le niveau de la taille pour des robes très élancées ; à l'automne, Dior maintient la taille haute et propose dans la « Ligne Aimant » quelques jupes allongées au bas du mollet, sous le titre Qu'en dira-t-on ? Le mauvais accueil fait à cette nouvelle proposition de rallongement marque les limites de la dictature du couturier. La collection suivante, de ligne « libre », répond mieux au désir des clientes, et joue notamment sur l'adaptation de deux vêtements masculins : la vareuse et la saharienne. Cette même année, le couturier présente un nouveau parfum « Diorissimo ». La dernière collection de Christian Dior, présentée à l'automne de 1957 et intitulée « Ligne Fuseau », a pour dominante la robe-fourreau, souple, qui effleure la poitrine et les hanches, sans marquer la taille : le couturier a ainsi, en une douzaine d'années, franchi toutes les étapes, depuis la robe cintrée du new-look jusqu'à son contraire, la tunique libre.

Grace Kelly - crédits : Sunset Boulevard/ Corbis/ Getty Images

Grace Kelly

La longue liste des clientes célèbres de Dior va d'Evita Peron à la princesse Grace de Monaco. Le couturier a également habillé de nombreuses vedettes de théâtre et de cinéma, et composé des garde-robes[...]

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Écrit par

  • : conservateur du musée de la Mode et du Costume, palais Galliera
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Christian Dior - crédits : Roger Wood/ Hulton Archive/ Getty Images

Christian Dior

Robe de jour par C. Dior - crédits : Savitry/ Picture Post/ Getty Images

Robe de jour par C. Dior

Grace Kelly - crédits : Sunset Boulevard/ Corbis/ Getty Images

Grace Kelly

Autres références

  • LIGNE COROLLE (C. Dior)

    • Écrit par Farid CHENOUNE
    • 285 mots

    Le 12 février 1947, une nouvelle maison de couture, Christian Dior, financée par l’industriel du textile Marcel Boussac, présente à Paris sa première collection. Sa ligne Corolle stylise une femme en rupture avec la « femme-soldat » qui, selon Dior, domine encore l’après-guerre : sa « femme-fleur...

  • BALMAIN PIERRE (1914-1982)

    • Écrit par Guillaume GARNIER
    • 764 mots
    • 2 médias

    Créateur réputé de la « Jolie Madame », Pierre Balmain symbolise la haute couture de l'après-guerre dans ce qu'elle eut de raffiné, de parisien. Né à Saint-Jean de Maurienne, il vient à Paris effectuer des études d'architecture en 1933, mais sa vraie vocation est la couture : engagé dans l'équipe...

  • CARDIN PIERRE (1922-2020)

    • Écrit par Universalis, Guillaume GARNIER
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    • 1 média

    Le couturier français Pierre Cardin est né en 1922 à Sant'Andrea di Barbarana, dans la province de Trévise. Il grandit en France, après que sa famille a fui le fascisme et entre à quatorze ans chez un tailleur de Saint-Étienne où il reçoit sa première formation. Pendant la guerre, il s'adjoint à...

  • FERRÉ GIANFRANCO (1944-2007)

    • Écrit par Catherine ORMEN
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  • MODE - Le phénomène et son évolution

    • Écrit par Valérie GUILLAUME
    • 11 172 mots
    • 22 médias
    Si Christian Dior, à partir de février 1947, exprime sa nostalgie de la Belle Époque par le « new look », Pierre Cardin, André Courrèges et Paco Rabanne, dans les années 1960-1970, proclament la jeunesse et le caractère prospectif de leurs modèles.
  • Afficher les 8 références

Voir aussi