DAUBIGNY CHARLES FRANÇOIS (1817-1878)

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Issu d'une lignée d'artistes qui compte plusieurs peintres en miniatures, Charles François Daubigny est initié à la peinture par son père, Edme François, qui est un élève de Victor Bertin. Très jeune, il doit travailler :« Il eut à naître artiste, dans une famille d'artistes, trouver dans son berceau d'enfant deux puissances irréconciliées encore, le génie et la pauvreté ; entrer dans la vie sous leur pression contraire, et commencer par le métier une existence que l'art réclamait sans partage », écrit Castagnary (Salon de 1861).

Peintre paysagiste, mais aussi aquafortiste et dessinateur pour la gravure sur bois, il fut l'un des « petits maîtres » de l'illustration romantique, qui collabora à nombre des principaux livres illustrés des années 1840 avant de contribuer au mouvement de la renaissance de l'eau-forte. Il dessine d'innombrables vignettes, parfois signées par son beau-frère Trimolet, qui fait partie du même « phalanstère » d'artistes, et devient l'un des dessinateurs attitrés de l'éditeur Curmer, à qui l'a présenté Paul Huet. C'est ainsi qu'il participe à la grande publication de cet éditeur Les Français peints par eux-mêmes (1841-1842), qui avait engagé les principaux illustrateurs romantiques pour réaliser une vaste fresque des types sociaux de l'époque. Ce même éditeur, lorsqu'il édite en 1842 La Pléiade, Ballades, Fabliaux, Nouvelles et légendes..., en confiant à un illustrateur différent la charge de chacune des livraisons, lui commande la mise en images d'un texte médiéval, le Lai des deux amants. En 1842-1843, Daubigny collabore à nouveau à l'un des grands ouvrages collectifs du livre illustré romantique, associé celui-ci à la prise de conscience d'une culture nationale et traditionnelle qui annonce l'éveil du folklore, Chants et chansons populaires de la France (éd. Delloye) : pour ce livre, où l'unité graphique de la page évoque le manuscrit médiéval enluminé, le texte et l'image sont gravés sur l'acier ; Daubigny fournit quelques dessins qu'il grave lui-même (la chanson Les Hirondelles) et grave les dessins d'autres artistes (La Tentation de saint Antoine, d'après Trimolet). Dans Notre-Dame de Paris (Perrotin, 1844), il donne une série d'aperçus de la cathédrale, minutieux culs-de-lampe qui confèrent à l'ouvrage, à nouveau illustré par toute une équipe de dessinateurs, une sorte de poésie du détail. Hetzel lui commande la même formule de vignettes topographiques et de vues architecturales pour Le Diable à Paris, nouvelle évocation collective des types de l'époque (1845-1846).

Moisson, C.-F. Daubigny

Photographie : Moisson, C.-F. Daubigny

Charles François Daubigny, «Moisson», 1851. Huile sur toile, 135 cm × 196 cm. Musée d'Orsay, Paris. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Dès 1841, Daubigny avait exposé au Salon un cadre de six eaux-fortes, envoi qu'il renouvellera. En 1860, il participe à la fondation de la Société des aquafortistes. Dans ces années de « renaissance » de l'eau-forte sous le second Empire, Daubigny et Nanteuil, un autre des grands survivants de la génération romantique, collaborent à l'une des publications collectives du mouvement du romantisme tardif, Sonnets et Eaux-fortes (Lemerre, 1869), qui associe les aquafortistes aux Parnassiens, le maître d'œuvre étant Philippe Burty.

À partir de 1847, sa carrière de peintre est devenue plus importante. En séjour à Valmondois, ou, en 1856, à Marlotte en compagnie de Banville, puis dans sa maison d'Auvers-sur-Oise, il est l'ami de Nadar, de Daumier, et surtout de Corot, qui partage ses escapades et ses voyages d'artiste. Il aime à partir sur le Bottin, son bateau-atelier, et peindre sur les bords de l'Oise ou de la Seine. Sa spontanéité lui vaut d'être considéré comme un « promoteur du paysage-ébauche » (L'Illustration, « Salon de 1853 ») ; cette « improvisation », par « taches de couleurs juxtaposées » (T. Gautier), annonce les débuts de l'impressionnisme et plaît à Berthe Morisot, qui le rencontre en 1863. Il vit désormais de sa peinture, qui se vend bien et trouve un public d'amateurs : par exemple, A. Dumas fils achète, en 1877, son Lever de lune 12 000 francs. Son style s'oppose alors à celui de l'autre « paysagiste-illustrateur » qu'est François-Louis Français, partisan d'un métier plus consommé, Daubigny apparaissant comme le précurseur véritable de l'impressionnisme.

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Écrit par :

  • : professeur des universités, membre de l'I.U.F., professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Paris-ouest Nanterre-La Défense

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Pour citer l’article

Ségolène LE MEN, « DAUBIGNY CHARLES FRANÇOIS - (1817-1878) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-francois-daubigny/