GESUALDO CARLO

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Le prince de Venosa appartient à l'une des plus anciennes et des plus nobles familles du royaume des Deux-Siciles, remontant au roi normand Roger II. Sa vie tourmentée — qui a inspiré à Anatole France l'une des nouvelles du Puits de Saint-Claire est celle d'un grand seigneur de la Renaissance italienne, passionné d'art et de poésie, violent, ombrageux. Marié en 1586 à la belle et ardente Maria d'Avalos, il la tue quatre ans plus tard, de sa propre main semble-t-il, ainsi que son amant Fabrizio Carafa, duc d'Andria : tous les poètes du temps, de Marino au Tasse, composèrent sur ce drame « qui fit pleurer Naples entière » (Le Tasse). Pendant deux ans, Gesualdo se terre dans son château de Venosa, et c'est durant cette réclusion que la musique cesse d'être pour lui un simple passe-temps de dilettante infiniment doué. En 1593, il reparaît à la cour de Ferrare, alors l'un des plus brillants centres artistiques de l'Italie, fréquenté par les poètes (Le Tasse), et par les musiciens de l'Europe entière qui y séjournèrent tour à tour (Obrecht, Lassus, Josquin des Prés, Dowland...). Gesualdo s'y remarie avec Éléonore d'Este et publie ses quatre premiers livres de madrigaux, à cinq voix, déjà très personnels (I et II, 1594 ; III, 1595 ; IV, 1596). C'est la période la plus pacifiée de sa vie. Mais à la mort du duc Alphonse II (1597), Ferrare cesse d'être un foyer artistique ; les artistes s'éloignent. Gesualdo retourne dans ses États du Sud, où il va mener une existence de plus en plus renfermée, peu aimé si ce n'est haï, bizarre et sombre. C'est alors qu'il compose les Ve et VIe livres de Madrigaux, à cinq voix (1611), les plus pathétiques et les plus fascinants (d'un livre de madrigaux à six voix, il ne reste q'une seule œuvre). Simultanément, sa vie intérieure se tourne vers un mysticisme violent, dramatique, et il écrit un ensemble d'œuvres religieuses aussi grandioses et aussi pathétiques que ses madrigaux profanes.

Un être « hors du commun », au sens social aussi bien que psychologique. Une personnalité étrange, inquiétant [...]


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Écrit par :

  • : directeur de l'Institut de musique et danse anciennes de l'Île-de-France, conseiller artistique du Centre de musique baroque de Versailles

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Pour citer l’article

Philippe BEAUSSANT, « GESUALDO CARLO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 août 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/carlo-gesualdo/