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BRITANNICUS, Jean Racine Fiche de lecture

Joué pour la première fois à l'Hôtel de Bourgogne, le 13 décembre 1669, Britannicus, tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine (1639-1699), est une réflexion sur l’histoire, la politique, les calculs de cour, autrement dit un texte qui rencontre directement les questions de légitimité, de souveraineté, et de tyrannie.

Britannicus est d’abord l’histoire d’un « monstre naissant », Néron, empereur en herbe, qui devient, par le biais des passions, exécrable, cruel, tyrannique et aimant. Il révèle en même temps la force implacable de son hérédité. Face à ce monstre, une reine-mère politique, Agrippine, est prise dans le réseau des stratégies à même de conforter la place de son fils sur le trône, tout en cherchant à prolonger son pouvoir de souveraine et de mère. Entre eux, un jeune homme innocent, Britannicus, demi-frère de Néron, plus légitime de naissance, plus faible aussi, qui rêve d’un monde galant d’où les rapports de force seraient exclus, et qui émeut par sa mort inévitable. « Ma tragédie n’est pas moins la disgrâce d’Agrippine que la mort de Britannicus » (Seconde Préface, 1676). Ressort dramatique de la pièce, une jeune fille, Junie, va se voir entraînée par la force d’un prince passionné, forcée de subir les assauts de son amour violent, et par là même empêchée de céder à l’amour tendre d’un autre prince, plus doux et plus galant.

« Néron jouit de tout »

Jusqu'ici, les tragédies de Racine s'étaient appliquées au monde grec. En choisissant un épisode célèbre inspiré des Annales de Tacite, l'histoire d'un empereur prenant le pouvoir illégitimement, comme Auguste dans Cinna (1643), qui, au lieu de se sauver par l'exercice du pouvoir, s'enfonce dans la tyrannie, asservi par ses passions, il se plaçait cette fois sur le terrain de Corneille : l’histoire romaine. La pièce fut un échec : on ne dépassa pas sept représentations. Mais, après l'édition de 1670 augmentée d'une Préface-Manifeste anti-cornélienne, la cour, puis la ville, firent rejouer la pièce, rendant l'insuccès un peu moins voyant.

Pourtant, Racine avait fait de son mieux en choisissant un sujet original et en insistant sur la liaison, intériorisée dans chaque personnage, entre passions amoureuses et politiques. S’il revient dans Britannicus, à la passion qui animait Pyrrhus dans Andromaque (1667), il la fait maintenant naître du désir de dominer et de la crise politique, l'institue par le coup de foudre et la traduit par un emploi littéral, donc guerrier, des figures du style galant. La menace amoureuse engage alors Néron dans la cruauté des figures guerrières, et se réalise : le souverain ne saura plus gouverner comme avant, puisqu'il connaît la passion amoureuse.

Tout allait pour le mieux entre Agrippine et Néron, jusqu'à ce que celui-ci s’éprenne de Junie. Mais, voilà qu’abandonné par Sénèque, son mentor, repris par son destin familial, trop peu enclin à supporter les avis de Burrhus, son « bon conseiller », manœuvré par Narcisse, pendant dramaturgique de Burrhus, « confident machiavélique » qui tient toute l'intrigue et ne sera puni par le peuple qu’en son extrême fin, Néron accède à l'horreur de la tyrannie, à la volonté noire du pouvoir absolu sur tout et sur tous. Il n’y a plus de bornes, plus de raison possible, sinon celle de la stratégie de conquête, Burrhus lui-même justifie l'ambition de Néron en le poussant à prendre le pouvoir, en légitimant l'enlèvement de Junie par la raison d'État, et en fondant en droit l'usurpation, avant d'être dépassé par une dynamique qu'il a contribué à mettre en place. Dans la clôture de cette cour affamée de crimes, personne n'échappe plus au mal naissant. Quant à Britannicus, il est un pion utilisé par Agrippine, qui le préserve par politique,[...]

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Écrit par

  • : professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'université de Paris-X-Nanterre

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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