SAHAGÚN BERNARDINO DE (1500?-1590)

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Ce religieux franciscain, d'origine galicienne ou portugaise (il s'appelait Ribeira), avait pris en religion, selon l'usage de son ordre, le nom de sa ville natale en Castille. Il est donc connu comme Fray Bernardino de Sahagún. Étudiant à l'université de Salamanque, il entra en religion au couvent des Franciscains réformés et partit comme missionnaire au Mexique en 1529. Cette circonstance devait orienter le reste de sa vie, qui fut longue, car il mourut nonagénaire d'une épidémie, à Mexico ou à Tlatelolco.

À la différence de la plupart de ses frères en religion, le R.P. Sahagún n'a pas consacré principalement sa vie à l'apostolat, mais à la recherche qu'on n'appelait pas encore ethnologique, ainsi qu'à l'enseignement. Son nom est inséparable de celui du collège franciscain de Santa Cruz de Tlatelolco, fondé en 1536 par l'évêque de Mexico, Zumárraga, et destiné à instruire les fils des seigneurs indiens dans la doctrine chrétienne et les humanités classiques. Sahagún, qui avait une réputation de mansuétude, y fut nommé professeur de latin.

C'est avec l'aide de ses élèves et anciens élèves indiens qu'il allait réaliser son grand œuvre, la Historia general de las cosas de la Nueva España, ouvrage qu'il entreprit sous sa première forme en 1558 et qu'il présenta au chapitre franciscain de 1570, après y avoir mis la dernière main l'année précédente. Il devait reprendre l'ouvrage par la suite et le terminer vraiment, dans sa version bilingue (nahuatl-espagnol), en 1577. Il modifia encore en 1585 le dernier livre, une sorte de supplément consacré au récit de la conquête du Mexique par Cortés. L'Histoire se présente comme une somme ethnographique et linguistique mexicaine — au sens strict, c'est-à-dire consacrée à la culture aztèque et à la langue nahuatl. Influencé par Flavius Josèphe et par Aristote, Sahagún s'est directement inspiré, pour la conception d'ensemble de son Histoire, de l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien, tout en qualifiant lui-même son livre de « calepin », par allusion au dictionnaire d'un moine d'Italie, le P. Calepino. L'Histoire traite, dans l'ordre (livres I à XI), des matières suivantes : livre Ier, « Des dieux » ; II, « Calendrier et fêtes religieuses » ; III, « Origine des dieux » ; IV, « Astrologie » ; V, « Augures » ; VI, « Rhétorique, philosophie et théologie » ; VII, « L'Univers, le Soleil, la Lune, les étoiles » ; VIII, « Histoire, civilisation, vie sociale » ; IX, « Vie économique » ; X, « Vie quotidienne et familiale, pathologie... » ; XI, « Histoire naturelle, zoologie, botanique et minéralogie ». On remarquera la priorité et la prédominance de l'histoire spirituelle sur l'histoire naturelle. Le fait est que la première version de l'ouvrage fut entreprise à l'instigation de la hiérarchie catholique, pour éclairer les évangélisateurs sur les croyances des Indiens et le rituel de leur religion polythéiste afin de mieux la combattre et lui substituer la foi chrétienne. Par un étonnant paradoxe de l'histoire qu'explique largement la fascination et la sympathie du franciscain pour les Indiens mexicains et leur culture, l'ouvrage de Sahagún a sauvé de l'oubli les traditions et la religion aztèques, et même la littérature nahuatl. Le précieux manuscrit, confisqué en 1577 selon les instructions du roi Philippe II, qui craignait de voir surgir des hérésies nouvelles au Nouveau Monde, ne reparut qu'au xixe siècle, et la partie la plus authentiquement indienne (conservée à Florence) n'a été publiée complètement que dans la seconde moitié du xxe siècle.

Sahagún avait procédé dans la préparation de son livre avec une rigueur scientifique remarquable. Il réunit les vieux sages indiens de trois villes différentes de la vallée de Mexico, à Tepepulco, puis à Tlatelolco et enfin à Mexico. Ses élèves indiens bilingues transcrivirent tous ces témoignages, et lui-même se retira dans la solitude pour en rédiger la synthèse, qu'il soumit ensuite à la relecture des plus experts parmi ses frères en religion. On a donc des informations recoupées, réélaborées, puis relues. Les manuscrits des informateurs indigènes sont un monument de littérature nahuatl, et l'Histoire, dans sa version espagnole définitive (la troisième), est l'œuvre proprement dite de Sahagún. [...]

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Jacques LAFAYE, « SAHAGÚN BERNARDINO DE (1500?-1590) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bernardino-de-sahagun/