BALTARD LOUIS-PIERRE (1764-1846) ET VICTOR (1805-1874)

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Le nom Baltard est intimement lié aux Halles de Paris, dont Zola, au temps de leur opulence, a donné une magistrale description dans Le Ventre de Paris. Mais il y a Baltard et Baltard, le père et le fils, que l'on confond souvent. Le premier, Louis-Pierre Baltard, a effectué une importante carrière d'architecte dans l'administration et fut un défenseur de la tradition académique. Le second, Victor Baltard, a suivi les enseignements de son père professeur aux Beaux-Arts, et fit aussi carrière dans l'administration, en réalisant, entre autres, les halles de Paris.

Entre les deux, une génération et deux régimes politiques différents dont les aspirations architecturales se firent directement sentir sur les œuvres de leurs architectes officiels. La monarchie de Juillet a demandé à Louis-Pierre Baltard des bâtiments qui affirmaient la solidité et la primauté de l'État : prisons, palais de justice, au style néo-classique grandiose et impressionnant, tel le palais de justice de Lyon. Le second Empire, bourgeois, moderne et commerçant a plutôt commandé au fils, Victor, des édifices utilitaires qui alliaient hygiène, modernité et beauté : le métal devint enfin apparent aux halles de Paris ou aux abattoirs de la Villette. Si Victor Baltard fit certainement preuve de plus de modernité que son père par son emploi du métal apparent, les Baltard père et fils n'en restent pas moins des architectes qui réutilisent et mélangent les styles du passé dans une esthétique typique du xixe siècle.

Louis-Pierre Baltard, un architecte néo-classique

La célébrité de son fils Victor et de ses halles de Paris a éclipsé la gloire de Louis-Pierre Baltard, architecte, peintre et graveur fort connu de son temps. Élève de Peyre le Jeune, il collabore aux travaux de R. Mique à Versailles avant de se rendre à Rome pour étudier les antiques de 1788 à 1791. Excellent dessinateur, il se fait accepter aux expositions du Salon qui vient d'inaugurer une section architecture, et présente régulièrement, entre 1791 et 1835, des projets architecturaux et des vedute (peintures pittoresques de paysages de ruines typiques), mais aussi d'autres travaux. Dans la lignée de Quatremère de Quincy, Louis-Pierre Baltard se veut en effet à la fois architecte, sculpteur, décorateur... Graveur talentueux et prolifique, il participe aussi à des éditions d'albums de voyages archéologiques (Voyage d'Italie, Expédition d'Égypte).

Mais L.-P. Baltard est surtout un important diffuseur des modèles de l'Académie, que ce soit par l’intermédiaire de ses publications (édition des Grands Prix d'architecture de 1818 à 1834, en collaboration avec A. L. T. Vaudoyer et A. Destournelles) ou, plus encore, par sa très importante et longue carrière de professeur dont bénéficie notamment son fils Victor, qui suivra ses cours. Nommé professeur d'architecture à l'École polytechnique en 1796, Baltard obtient ensuite une chaire à l'École des beaux-arts en 1818 qu'il conservera jusqu'à sa mort. Son activité de pédagogue le place au rang des meilleurs théoriciens de l'architecture. Parmi ses nombreuses publications, citons : le Recueil des monuments antiques et des principales fabriques de Rome (1801), L'Architectonographie des prisons (1829) et son Introduction au cours de théorie d'architecture (1839).

En tant qu'architecte, ses nominations au poste d'architecte du Panthéon, des prisons et des halles de Paris (1815-1818), puis au conseil des Bâtiments civils (1831) et à l'inspection générale des travaux de Paris (1837) en font un spécialiste de l'architecture carcérale et officielle. Ses réalisations dénotent un goût particulier pour des mises en scène grandioses dans un style néo-classique très majestueux, quoique un peu rigide. C'est à Lyon que Baltard donne ses meilleures œuvres : le grenier à sel (1828), la prison de Perrache (1830), l'arsenal de l'artillerie (1840-1846) et surtout le palais de justice (1835-1847), gigantesque édifice à l'antique qui dresse une somptueuse colonnade corinthienne sur le quai de la Saône. Ce monument, distribué à l'imitation des thermes romains, est doté d'un décor à la fois élégant et discret, caractéristique du néo-classicisme tardif.

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Écrit par :

  • : maître assistant à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris
  • : professeur à l'université de Paris-I-Sorbonne, directeur du centre Ledoux

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ARCHITECTURE (Matériaux et techniques) - Fer et fonte

  • Écrit par 
  • Henri POUPÉE
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Dans le chapitre « Les espaces couverts »  : […] Un pont n'a d'autre but que de soutenir une portion de voie à l'aide d'une poutre ou d'un arc ; et le métal, à lui seul, peut remplir ce rôle. Il en va tout autrement de la couverture d'un espace ; les fonctions se diversifient, et l'ossature de fer doit se compléter d'une enveloppe isolante posant de délicats problèmes de jonction. C'est curieusement à la crainte des incendies qu'il faut attribue […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Renée PLOUIN, Daniel RABREAU, « BALTARD LOUIS-PIERRE (1764-1846) - ET VICTOR (1805-1874) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/baltard-louis-pierre-et-victor/