ARTHAŚĀSTRA

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Kauṭilya

Tel que nous le lisons aujourd'hui, le texte de l'Arthaśāstra est d'abord celui de manuscrits découverts dans l'Inde du Sud, dans les premières années du xxe siècle. Cette trouvaille a ouvert un domaine nouveau aux études indiennes et fourni le thème d'âpres polémiques. Les Indiens, en général, s'enorgueillissent de ce traité original de politique, qui ne doit rien à Aristote et qui, par son audace, appelle la comparaison avec le Prince de Machiavel ; toutefois, ils s'efforcent, non sans naïveté, de défendre Kauṭilya contre l'accusation de « machiavélisme » (ainsi, notamment, Kangle). À vrai dire, ce n'est pas sur la question de la moralité que la comparaison est boiteuse, c'est sur la question de l'histoire (Renou) : alors que le Prince, historiquement daté, est avant tout une réflexion sur l'histoire et l'événement, l'Arthaśāstra, œuvre indienne au suprême degré, est remarquablement intemporel, bien qu'il ne parle que de la vie ici-bas.

Jusqu'à la mise au jour de ces manuscrits, on admettait qu'il existait un Arthaśāstra de Kauṭilya et, par les mentions et citations qui en sont faites dans la littérature sanscrite et moyen-indienne, on avait une idée de sa teneur et même de sa structure formelle. Mais enfin ce n'était qu'un fantôme, et on doit se demander pourquoi une œuvre célèbre a passé tant de siècles dans cette sorte d'étrange clandestinité. D'autre part, s'il est à peu près certain que « notre » Arthaśāstra est bien aussi celui que connaissaient les auteurs indiens du Moyen Âge (Scharfe), la question se pose, néanmoins, de son « authenticité ». Selon la tradition indienne, en effet, acceptée par beaucoup de modernes, indiens et occidentaux, l'Arthaśāstra est l'œuvre d'un auteur unique, un brahmane nommé Kauṭilya (le « retors »), alias Cāṇakya, alias Viṣṇugupta, lequel aurait tiré son savoir théorique d'une expérience pratique, puisqu'il aurait été le conseiller du roi Candragupta, fondateur de la dynastie Maurya (Candragupta règne sur le grand [...]

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Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section)

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Pour citer l’article

Charles MALAMOUD, « ARTHAŚĀSTRA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/arthasastra/