NAÏF ART

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La retraite des vieux travailleurs

À des âges impossibles, les peintres naïfs sont encore de jeunes peintres : on les voit prendre le pinceau pour la première fois à soixante-douze ans, ou parce qu'ils se sont cassé la jambe, ou qu'ils sont au chômage, ou à la retraite. Car le travail est l'ennemi de l'art, comme il est l'ennemi de l'amour. Du moins pour les simples gens, qui ne peuvent penser à l'art, pour la plupart, que du jour où ils peuvent penser à eux-mêmes, à leur propre plaisir. Ils se découvrent alors des choses à dire, à peindre, à sculpter. Un immense réservoir de rêves les habite et apparemment ils n'en savaient rien. Ils sont tout frais lorsque la gangue qui les emprisonnait (le travail forcé) éclate enfin. Ils sont libres de river son clou au calendrier des postes, cet auxiliaire béat de l'exploitation qui les a asservis des années et des années durant à une tâche sans grâce et sans raison. Et ils lui rivent son clou, ces septuagénaires aux yeux d'enfant ! Il n'y a pas ombre de méchanceté dans leur cœur ni dans leur œuvre. Que l'on observe le cas du mieux connu d'entre eux, Henri Rousseau : il n'a jamais pu comprendre quoi que ce fût à la moquerie parce que toute forme de médiocrité lui était étrangère. À celui qui l'a peut-être le mieux compris, l'Allemand Wilhelm Uhde, il disait : « Quand un roi veut faire la guerre, il faut qu'une mère aille à lui et le lui défende. » Admirable naïveté, qui ne peut faire rire que les sots. Elle est tout simplement la figure de la générosité de quelqu'un qui sait les choses sans les savoir. Un instinct très sûr de la vérité des images et de la contribution de ces images à l'établissement de la vérité, qui guide Rousseau et les siens, les maintient à des lieues du caprice et de la gratuité. Ce n'est pas tout à fait vrai qu'ils peignent pour leur plaisir : ils peignent parce que ce qu'ils peignent est révélation et qu'ils le doivent aux autres autant qu'ils se le doivent. Que demandent-ils en échange ? La moindre des choses : « En tant qu'homme, [Rousseau] réclame comme un [...]

Moi-même. Portrait-paysage, H. Rousseau

Moi-même. Portrait-paysage, H. Rousseau

Diaporama

Henri Rousseau dit le Douanier Rousseau (1844-1910), Moi-même. Portrait-paysage. Autoportrait. 1890. Musée national de Prague. 

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Calendrier de l'année 1897

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Moi-même. Portrait-paysage, H. Rousseau

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., docteur ès lettres

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Dans le chapitre « Art brut, art naïf, art psychopathologique »  : […] Il importe de ne pas confondre les productions ainsi étiquetées du nom d'art brut – et auxquelles il convient d'ajouter manuscrits et écrits divers – avec telles formations naturelles, ou objets de rebut, auxquelles le goût du temps nous porte à prêter une vertu esthétique, et moins encore avec d'autres produits dont notre époque se veut particulièrement friande et qu'elle classe, sans trop de rig […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/art-brut/#i_24751

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Né à Charmes, dans la Drôme. Facteur rural à Hauterives, Ferdinand Cheval dispose d'un petit bagage de connaissances géographiques, historiques et scientifiques. Fonctionnaire sans reproche, il semble avoir été également bon époux et bon père. Il est donc voué manifestement, en dépit de son nom de centaure postal, à l'une de ces existences sans histoire que chaque époque reproduit à des centaines […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/ferdinand-cheval/#i_24751

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Pour citer l’article

José PIERRE, « NAÏF ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/art-naif/