ÉQUESTRE ART

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Né du combat, l'art équestre est, comme la guerre selon le mot de Bonaparte, « un art tout d'exécution ». Les rôles respectifs du cavalier et du cheval, à la guerre, voulaient que le premier pût disposer du second avec maîtrise et sûreté, sous peine de mort. Un tel enjeu devait nécessairement conduire au plus grand perfectionnement possible ; perfectionnement non académique, dont il reste quelque chose, de nos jours, dans l'équitation de combat tauromachique.

L'art équestre implique l'élaboration d'une technique consommée, soutenue par une étude approfondie. Des anciennes joutes et des combats singuliers est résultée la haute équitation, réservée aux gentilshommes, qui culmina du xvie au xviiie siècle. Son lieu d'élection fut le manège royal de Versailles. Au xixe siècle, l'art équestre dégénère du fait que la cavalerie est devenue affaire non plus de combattants isolés, mais de masses montées. Les héros des charges napoléoniennes sont des soldats d'une témérité folle et de fort médiocres cavaliers.

Comme tous les arts, l'art équestre est le produit d'un artifex, qui, par sa patience, son ingéniosité et son talent, contrefait le naturel de la nature. Son œuvre, l'acte équestre, n'est rien d'autre que l'acte du cheval, lequel, sollicité, montre des airs et des allures qui égalent ou surpassent ceux qu'il donne en liberté. L'exécution équestre est comparable à celle de la musique ou de la danse : elle périt comme elles dès qu'elle s'accomplit, et tire toute sa grandeur de ce qu'elle est avant tout improbable, fût-elle d'un extrême dénuement. La caractéristique singulière de l'art équestre est qu'il exige deux acteurs, et que tous deux parviennent à n'être qu'un. L'expression suprême de l'art équestre est en effet le « monologue » du centaure. C'est là que se montre l'improbable. L'art équestre est en ce sens un art désespéré, et la valeur technique ne saurait y suffire pour assurer la réussite. L'immense difficulté de l'équitation d'école tient au très petit nombre de moyens dont dispose le cavalier et à leur simplicité même. Il s'agit de touches, de nuances autorisées par la communication quasi indescriptible qui doit s'instaurer entre le cavalier et sa monture, sous peine d'échec radical.

L'art, ici, ne consiste pas en invention d'allures et d'airs jamais vus ; la conformation du cheval n'en permet qu'un nombre limité. Il naît, comme la danse, d'une grâce gestuelle, d'une harmonie informulable. Avec lui apparaît son rythme, son temps propre. Chaque cheval a son style, que le cavalier a pour rôle de révéler. L'artiste, c'est le cheval. Le cavalier met en scène. Comme au théâtre, répétition après répétition, il « indique ». En haute équitation, le cheval n'est pas dressé, il est instruit. Il faut qu'il soit doué. L'art équestre se distingue par là du dressage – simple tissu de procédés –, de l'équitation sportive et de la course.

Équitation et art équestre

Les origines

Au début du Quaternaire, l'image du cheval apparaît aux côtés de l'homme de Néanderthal dans sa forme presque définitive. Dès lors, l'histoire de l'humanité est liée à celle du cheval.

Tous les peuples s'efforcèrent d'utiliser l'énergie du cheval, tentant de capter au mieux sa force motrice au moyen de perfectionnements successifs apportés aux modes d'attelages et aux organes essentiels du harnachement de selle : le mors, la selle, les étriers et les fers. Le mors – ce frein nécessaire pour mener le cheval monté et régler ses allures – apparaît en Mésopotamie dès le IVe millénaire. Ce n'est qu'au ve siècle de notre ère que les Byzantins découvrent les autres éléments indispensables au développement complet de l'équitation : la selle, les étriers et les fers. Le cavalier peut alors utiliser toutes les ressources du cheval dans ses déplacements, ses chasses et ses combats.

Les techniques équestres de l'Antiquité sont peu connues. La récente découverte de tablettes hittites (1490 av. J.-C.) fournit les premiers principes d'un art équestre. Ils sont dus au guerrier Kikuli et traitent de l'entraînement progressif des chevaux utilisés à la traction des chars de combat. Plus tard, vers 424 avant J.-C., un hipparque grec, Simon d'Athènes, remarque justement, dans un ouvrage consacré à l'art équestre : « Dans ce qu'il fait malgré lui, le cheval ne met pas plus d'intelligence et de grâce qu'un danseur qu'on fustigerait et piquerait de l'aiguillon. » Son disciple Xénophon rédigea vers 370 [...]

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Pour citer l’article

Michel HENRIQUET, « ÉQUESTRE ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-equestre/