ARMÉETypologie historique

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Facteurs de puissance militaire

Facteur démographique

Les ressources humaines d'un peuple, les qualités de sa race, la nature de ses origines, nomade ou sédentaire, urbaine ou rurale, son évolution technique déterminent les effectifs nombreux ou mesurés d'une armée, l'âge moyen des hommes de troupe, leurs qualités naturelles de rusticité et d'endurance, leurs prédispositions à l'emploi d'engins efficaces et d'armes complexes.

Dans un État normalement développé, une démographie en expansion, où les âges sont bien proportionnés, favorise les grandes entreprises, et permet de recruter une armée d'effectifs puissants, jeunes et dynamiques. Les vastes empires anciens du Moyen-Orient subjuguent les petits peuples de la côte syrienne en les écrasant sous leur masse. Au contraire, le malthusianisme sélectif des cités grecques entre dans l'un des motifs de leur effacement devant les grands empires perse, macédonien, romain, qui finiront par les absorber. Sparte compte seulement quelques milliers d'hoplites, les « Égaux », dont le nombre se réduira à quelques centaines, du fait de la restriction des naissances. Malgré la valeur de cette petite armée résiduelle, Sparte disparaît.

Par contre, les acquisitions territoriales, en vue de la constitution du « pré carré », sous Louis XIV, les conquêtes de la Révolution et du premier Empire français sont permises, en raison des possibilités offertes par une population très numériquement supérieure à celle des autres États de l'Europe. Aussi, qu'il s'agisse des « miliciens » de la guerre de Succession d'Espagne, ou des « requis » entre 1789 et 1815, l'obligation militaire n'intéresse encore que les jeunes célibataires. La troupe en est plus alerte et plus déterminée.

Grâce à sa natalité élevée et harmonieuse, l'Allemagne, en 1914, dispose d'une supériorité d'effectifs telle qu'elle peut se battre sur deux fronts et qu'elle surprend le commandement adverse, en engageant dans la bataille ses corps de réserve en premier échelon.

De grandes puissances mondiales, États-Unis, Russie, Chine, assoient une importante fraction de leur potentiel militaire sur le chiffre élevé de leurs ressortissants. Sans que les possibilités de la main-d'œuvre en soient affectées, ils sont autorisés à se tenir en garde, sur d'immenses frontières, européennes ou asiatiques, comme la Russie ; à entretenir des corps expéditionnaires lointains, en Corée, au Vietnam, comme les États-Unis ; ou au Tibet et aux frontières de l'Inde, comme la Chine. Ce dernier État a même prétendu faire reposer sa survivance et sa victoire, en cas de guerre atomique, sur sa démographie géante, qui lui a permis, depuis des millénaires, d'annihiler ou d'absorber les peuplades turbulentes qui vivaient sur ses marges.

Chars amphibies

Photographie : Chars amphibies

Les troupes américaines et leurs chars amphibies débarquent à Inchon, à 35 kilomètres de Séoul, après un important bombardement des défenses côtières. Cette opération fut la première contre-attaque de la guerre de Corée, en 1950. 

Crédits : Bert Hardy/ Getty Images

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Hélicoptères

Photographie : Hélicoptères

Un groupe d'hélicoptères américains en opération pendant la guerre du Vietnam, en 1968. 

Crédits : Terry Fincher/ Getty Images

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Facteurs économiques et techniques

On ne saurait séparer les ressources économiques des découvertes techniques, qu'il s'agisse de la domestication et de l'utilisation des animaux, ou du progrès des artisanats et des sciences, appliquées à l'art de la guerre.

Le travail du bronze, puis du fer, donne des armes irrésistibles aux premiers utilisateurs. Les bandes doriennes, surgies des montagnes balkaniques, s'emparent de la Thessalie et du Péloponnèse, à la pointe de leurs glaives et de leurs javelots de fer ; et les défaites gauloises, face aux soldats de César, sont dues pour une grande part à de désuètes armes de bronze.

Si Cortez et les frères Pizarre réussissent, avec quelques centaines d'hommes, de fabuleuses conquêtes, c'est qu'ils s'opposent à des armées de l'âge de la pierre qui ne connaissent ni le cheval, ni les animaux de trait, ni la roue, ni le bronze, ni le fer, ni évidemment les armes à feu.

Après la découverte du fer, qui correspond sensiblement à l'apparition du cheval au Moyen-Orient et en Occident, la physionomie générale des armées demeure quasi statique durant plus de deux millénaires. C'est qu'en effet les techniques s'améliorent lentement. Certains guerriers assyriens, en chemise de mailles, diffèrent peu des chevaliers des xie et xiie siècles. Comme les forteresses, les machines de guerre et la poliorcétique (l'art du siège), les armes d'hast (lances) et les armes de jet évoluent très lentement, et sans changement révolutionnaire.

Jusqu'au début du xvie siècle, l'architecture militaire diffère peu de celle de l'époque romaine ; l'arsenal des engins de guerre est le même que celui d'Assurbanipal.

Au cours du Moyen Âge occidental, cependant, les progrès réalisés dans le travail des métaux couvrent les combattants d'armures souples en mailles, puis, au xve siècle, d'armures de « plates » articulées. De même, les armes de jet portatives, arbalètes dont l'origine remonte à l'époque romaine, arcs utilisés avec d'infinies variantes depuis les premiers âges de l'humanité, sont rénovées et perfectionnées. Le long bow, ou arc gallois, est à la fois simple et redoutable. Les protections individuelles légères sont percées. Les chevaux sont de plus en plus vulnérables à la « pluie de flèches ».

Mais la grande innovation demeure, évidemment, l'apparition de l'arme à feu : canon et armes portatives.

Sans doute le feu a-t-il déjà brûlé sur les champs de bataille, avec le feu grégeois des Arabes et des Byzantins. Mais c'est une arme incendiaire, non un moyen de propulsion des projectiles. Toutefois, l'utilisation de la poudre est si rudimentaire à ses débuts (milieu du xive s.), les progrès seront si lents qu'un siècle et demi sera nécessaire pour parvenir à une artillerie de campagne et à des armes à feu individuelles d'infanterie (artillerie de Charles VIII ; arquebusiers basques des guerres d'Italie).

D'autre part, cette généralisation de l'arme à feu coïncide avec les découvertes de la fin du xve siècle et celles du xvie (imprimerie, boussole, etc.) ; toute une période de civilisation à évolution lente, née vers le IVe millénaire avant J.-C., disparaît alors pour faire place, à partir de l'an 1500, à une nouvelle période d'évolution rapide, où l'Occident, rationnel et organisateur, en adaptant toujours ses armées aux techniques nouvelles, impose sa loi au reste du monde.

Les États d'Europe rivalisent dans la course aux armements, afin de donner à leur propre armée une supériorité de feu irrésistible. Au milieu du xviiie siècle, les soldats de toutes les armées européennes, à pied ou à cheval, disposent tous d'une arme à feu individuelle. La pique d'infanterie, renouvelée de la sarisse macédonienne, quitte définitivement le champ de bataille, aux premières années du xviiie siècle, en cédant la place au fusil à baïonnette, et, avec elle, tendent aussi à disparaître les formations compactes, restées, jusque-là, peu différentes de celles des Anciens.

L'artillerie ne cesse de croître en qualité, en mobilité, en efficacité. L'arme complexe du génie naît au xviiie siècle.

Le xixe siècle est celui des progrès de la métallurgie, de l'avènement des moteurs, du rail, du télég [...]

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Armée japonaise au XIXe siècle

Armée japonaise au XIXe siècle
Crédits : Hulton Getty

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Chars amphibies

Chars amphibies
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Hélicoptères

Hélicoptères
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Construction du chemin de fer

Construction du chemin de fer
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  • : colonel, professeur honoraire à l'École supérieure de guerre

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Pour citer l’article

Paul DEVAUTOUR, « ARMÉE - Typologie historique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/armee-typologie-historique/