BOULLE ANDRÉ-CHARLES (1642-1732)

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La marqueterie Boulle

Le type de marqueterie auquel Boulle donna son nom consiste en placages d'écaille de tortue ou de corne combinés à du métal (du laiton en général, mais parfois aussi de l'étain et du cuivre rouge), découpés en formes complexes, étalés sur du bois teinté en noir souvent lui-même incrusté de minces filets de laiton. Le dessin ou motif était alors collé sur la surface supérieure (un seul modèle gravé existe encore, aux États-Unis), comme guide du découpage, lequel s'effectuait au moyen d'une fine scie. On obtenait ainsi deux fois le même motif : en positif (première partie, avec une structure métallique sur fond d'écaille) et en négatif (contre-partie, avec une structure d'écaille sur fond de laiton) pour décorer des paires de bois de meubles. En outre, l'effet sombre et riche était souvent accentué par l'addition de couleur appliquée au dos de la partie claire de l'écaille de tortue ou sur de la corne claire, ou encore par des incrustations de pierres semi-précieuses, de lapis-lazuli, etc. Le laiton était d'ordinaire soigneusement gravé, et l'application de montures, à la fois fonctionnelles et décoratives, de bronze doré ou même de bronze simplement trempé dans l'acide et laqué parachevait l'ensemble. Aucune de ces caractéristiques n'était l'invention personnelle de Boulle ; elles étaient déjà apparues sur des meubles en marqueterie réalisés en Italie (à Florence en particulier), en Allemagne (spécialement à Augsbourg) et peut-être aussi à Anvers en Flandre. Le mérite particulier de Boulle résidait dans la virtuosité technique et le goût exceptionnel avec lesquels il combina ces divers éléments.

Table-console

Photographie : Table-console

Table-console en placage d'ébène et marqueterie Boulle : placages d'écaille de tortue et de laiton gravé. Appliques de bronze doré. D'après André Charles Boulle (1642-1732). Wallace Collection, Londres. 

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Armoire à fronton brisé

Photographie : Armoire à fronton brisé

Armoire à fronton brisé formée de deux armoires latérales encadrant un régulateur d'horloge. Marqueterie Boulle et appliques de bronze doré, horloge de Pierre Gaudron (env. 1690-1730). Wallace Collection, Londres. 

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Son sens inné de la décoration fut sans nul doute encouragé et dirigé par Le Brun, qui supervisa l'ameublement de Versailles et des autres palais royaux jusqu'en 1687, et qui fournit des dessins de meubles aux artisans du roi. On retrouve dans le caractère monumental et rectiligne de tant de meubles de Boulle la sévère retenue que Le Brun avait imposée au baroque. Que Boulle fût lui-même un collectionneur d'art passionné est encore plus significatif. Il connut, à cause de cette passion, d'incessantes difficultés financières et il ne fut sauvé de la banqueroute, en une occasion au moins, que par l'intervention personnelle du roi.

Ses collections (évaluées à 200 000 livres), qui furent en grande partie détruites lors d'un incendie qui éclata dans son atelier du Louvre, le 30 août 1720, comprenaient d'importantes peintures et dessins de Raphaël, Rubens, Stefano della Bella, nombre de gravures, médailles, sculptures. L'artisan resta donc profondément ancré dans les traditions les plus éminentes de l'art européen et son style en bénéficia. On a pensé que certaines de ses montures figuratives les plus connues étaient inspirées de dessins de Raphaël, qu'il possédait, illustrant les Métamorphoses d'Ovide, et détruits dans l'incendie. En une occasion au moins, il s'inspira d'un motif du Parmigianino pour décorer une pendule.

Boulle ne limita point l'usage de la marqueterie aux meubles monumentaux (armoires, bureaux plats, cabinets, commodes, guéridons, coffrages de pendules, etc.), il l'appliqua à des sièges et l'utilisa pour la décoration d'appartements. Les parquets et les murs du cabinet des bijoux du Grand Dauphin, par exemple, réalisés en 1683, furent amplement recouverts de marqueterie de laiton et d'écaille, et devinrent l'une des curiosités principales du palais. En raison de leur fragilité ils survécurent à peine à leur transfert du premier étage au rez-de-chaussée (1684).

Tout l'ameublement de Boulle n'était pas plaqué de marqueterie Boulle. Il réalisa aussi d'habiles marqueteries imagées, de type plus conventionnel, mettant en œuvre toute une gamme de bois. Un portrait qu'il réalisa dans cette technique a été considéré comme un autoportrait. Il est faux de penser que Boulle utilisa la marqueterie de bois au début de sa carrière et seulement plus tard la marqueterie dite Boulle. Un important stock de bois de marqueterie fut anéanti dans l'incendie de son atelier en 1720 : apparemment, il était donc encore couramment utilisé. En outre, dans les deux dernières décennies de sa longue vie, Boulle travaillait très certainement à cette marqueterie en bois exotiques légèrement colorés, qui commençait alors à devenir à la mode et dont Gaudreaux devait être le grand interprète. Il fabriqua aussi des chandeliers, des appliques et d'autres lum [...]

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Pour citer l’article

Francis John Bagott WATSON, « BOULLE ANDRÉ-CHARLES - (1642-1732) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-charles-boulle/