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ROUSSEL ALBERT (1869-1937)

Il y a un « cas Roussel ». Ce musicien-né avait embrassé la carrière d'officier de marine, qu'il abandonne à l'âge de vint-cinq ans pour se consacrer à la musique. Il rattrape vite le temps perdu, acquiert un solide métier auprès d'un maître, Eugène Gigout, sorti de l'école Niedermeyer dont l'enseignement, fondé sur l'étude des modes du plain-chant, s'oppose à celui du Conservatoire national. Le musicien va suivre les cours de la Schola cantorum et développe auprès de Vincent d'Indy le sens de la construction, le goût des architectures sonores. Influencé au départ par l'impressionnisme (Évocations, 1911 ; Le Festin de l'araignée, 1912), il s'en dégage lors d'une période transitoire avec l'opéra-ballet Padmâvatî (1914-1918) et la Deuxième Symphonie (1921), dont les audaces divisent la critique.

Usant de modes anciens et exotiques, conjuguant souvent le contrepoint avec l'harmonie, Roussel occupe la difficile position d'un novateur au moment d'une mutation : il sert de lien entre l'impressionnisme et le groupe des Six, et jette les bases d'un nouveau classicisme. Bien que de six ans l'aîné de Ravel, il incarne les tendances nouvelles, et a quelque peine à s'imposer. Parti du constructivisme, il passe par-dessus le debussysme, qui ne l'a guère touché, ignore la secousse autoritaire de Stravinski, reste insensible à l'école dodécaphonique viennoise, pour se trouver, lors des festivals de son soixantenaire en 1929, le contemporain de musiciens beaucoup plus jeunes que lui, tels Milhaud, Honegger, Hindemith, Prokofiev, Chostakovitch : cas exceptionnel dans la musique française, Roussel livre alors ses chefs-d'œuvre, comme la Suite en fa, le Concerto pour piano, la Troisième Symphonie, le balletBacchus et Ariane.

La formation et les premières œuvres

Albert Roussel naît le 5 avril 1869 à Tourcoing. Son père meurt en 1870 alors que l'enfant n'a pas deux ans. Sa mère lui apprend les chansons populaires, lui met les mains sur le piano. Mais elle a contracté la tuberculose de son mari et disparaît à son tour en 1877. Orphelin à huit ans, le jeune Roussel vit auprès de son grand-père maternel, maire de Tourcoing. À la mort de celui-ci en 1879, l'enfant est recueilli par la sœur de la mère défunte. Il vit isolé, lit beaucoup, surtout Jules Verne qui développe son goût de l'aventure. Tous les étés, il passe ses vacances à Heyst, en Belgique, au bord de la mer du Nord : la vocation se dessine, Roussel sera marin alors que, fils et petit-fils d'industriels, il était logique qu'il reprît l'affaire familiale, le tissage. Il entre à l'École navale, seizième sur plusieurs centaines de candidats. Devenu officier de marine, il parcourt les océans, visite les terres lointaines, engrange des souvenirs qui marquent sa vie intérieure. Une santé médiocre, peu compatible avec le rude métier de la mer, la musique qui ne cesse de le hanter le conduisent en 1894 à démissionner. Roussel se consacre dès lors à la composition. Après quelques rudiments d'harmonie acquis auprès de Julien Koszul, directeur du conservatoire de Roubaix, il s'installe à Paris, travaille durant quatre ans avec l'organiste Eugène Gigout, qui lui enseigne le piano, l'orgue, l'harmonie, le contrepoint, la fugue. Il va parfaire ses études à la Schola cantorum auprès de Vincent d'Indy, qui l'initie à la composition, à l'orchestration, à l'histoire de la musique. Très vite le maître a deviné la valeur du disciple, et il lui confie une classe de contrepoint. Roussel enseignera de 1902 à 1914. Parmi ses élèves, Erik Satie, Edgar Varèse et, en dehors de la Schola, Bohuslav Martinů.

Les premières œuvres importantes datent du début du siècle. Elles se distingueront vite des modèles inspirés par les[...]

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Écrit par

  • : compositeur de musique, lauréat du Conservatoire de Paris, membre de l'Académie de Belgique, ancien attaché culturel à la Société des nations pour les questions musicales, ancien professeur à l'École normale de musique, ancien chargé de cours de musicologie en Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BASSE, musique

    • Écrit par Henry BARRAUD
    • 3 508 mots
    • 1 média
    ...qui, cinq siècles plus tôt, avait fait de la basse le potentat du système harmonique occidental. Cette évolution est très apparente dans la musique d' Albert Roussel. Le jeu musical y devient beaucoup plus indépendant de ce qui se passe dans sa partie inférieure. La musique s'en trouve, en quelque sorte,...

Voir aussi