LAPRADE ALBERT (1883-1978)

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Architecte français né à Buzançais en 1883. Après des études à l'École nationale des beaux-arts de Paris, il est appelé au Maroc par Henri Prost dont il devient l'adjoint à partir de 1916, sous les ordres du maréchal Lyautey. La dévotion qu'il porte à ce dernier se conjugua avec l'influence de son maître, l'un des premiers praticiens de l'urbanisme moderne en France. Il réalise ainsi le plan de la nouvelle ville indigène de Casablanca, puis la Résidence générale de Rabat – selon des modèles proches de ceux, alors tout récents, de Tony Garnier pour la Cité industrielle (ouvrage publié en 1917).

À son retour en France, en 1920, on lui confie la supervision des travaux de la reconstruction de Lille. Les projets d'aménagement n'eurent guère de suite (Lille n'ayant pas été classée « ville sinistrée ») et l'intervention de Laprade n'a laissé d'autre souvenir que l'immeuble de L'Écho du Nord, compromis monumental entre l'architecture rationaliste en béton armé et le régionalisme flamand alors en vogue : les grands nus dépouillés du pignon triangulaire en pierre plaquée sont dans un impressionnant « hors-d'échelle » avec la ligne continue des façades où ils s'inscrivent.

Laprade rejoindra le mouvement moderne au moment où celui-ci connaît le succès : c'est en 1929, lorsqu'il construit avec Léon Bazin le garage Citröen (rue Marbeuf, à Paris, aujourd'hui disparu), resté célèbre pour le parti imposant de ses deux saillies latérales aveugles – décrochées comme autant de tiroirs déboîtés – et de son immense pan de verre central, un carré de 18 mètres de côté.

Deux ans plus tard, à l'Exposition coloniale, il introduit un monumentalisme classique dépouillé, à base de piliers-colonnes et de frises murales (pour les pavillons du Maroc et de la Tunisie et pour le musée des Colonies de la porte Dorée, devenue le musée des Arts africains et océaniens en 1960.), dont la formule était appelée à un grand succès. Sa carrière officielle se confirme par la construction de l'ambassade de France à Ankara (dont Prost avait donné le plan d'urbanisme). Inspecteur général des beaux-arts (de 1931 à 1951), Laprade est aussi architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux. Enfin et surtout, il est l'architecte des grandes compagnies d'électricité, pour lesquelles il conçoit la composition des barrages de Génissiat (1939-1942), de Donzère-Mondragon, et les centrales de Roselend et de La Bathie. À Paris, il se distingue par l'immeuble pour la Compagnie parisienne de distribution d'électricité du 76, rue de Rennes et par la tour du centre Morland (1965). L'accueil réservé de l'opinion vis-à-vis de ces constructions d'un monumentalisme vide (où réapparaissent tous les tics d'un académisme persistant) marque la fin d'une carrière fertile en grandes constructions – sinon en belles constructions.

Pourtant, on aurait tort de réduire l'activité d'Albert Laprade à sa seule production monumentale : son intervention sur le secteur de l'îlot Saint-Gervais, dans le Marais, ouvre la voie d'une conception nouvelle de l'urbanisme en milieu ancien. Il est l'un des premiers à se soucier d'apporter la démonstration des avantages financiers, sociaux, artistiques et humains de la réhabilitation des constructions anciennes. Comparativement à la plupart des projets de l'immédiat avant-guerre, où le quartier « insalubre » du Marais était entièrement sacrifié (à l'exception de quelques monuments historiques classés), sa conception préserve le bâti existant et s'attache au maintien d'une certaine qualité urbaine (dont la plupart des projets contemporains paraissent dépourvus). Ainsi, peu à peu, Laprade glissera – avec plus ou moins de bonheur – vers l'histoire de l'architecture : si son livre sur François Dorbay est bien contestable (puisque son propos est de transformer un chef d'atelier plutôt obscur en artiste de premier plan – au détriment de personnalités plus célèbres comme Le Vau !), les Carnets de croquis restent des modèles d'ouverture de la sensibilité au passé et témoignent d'un sens raffiné du détail architectural.

L'entrée d'Albert Laprade à l'Académie des beaux-arts, en 1958, a couronné cette évolution chez l'artiste de l'architecture vers l'histoire.

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Écrit par :

  • : conservateur général du Patrimoine, vice-président de la Commission du vieux Paris

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Pour citer l’article

François LOYER, « LAPRADE ALBERT - (1883-1978) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/albert-laprade/