FLOCON ALBERT (1909-1994)

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Graveur, peintre, géomètre et écrivain, Albert Flocon est l'un des grands intellectuels humanistes du xxe siècle. Né le 24 mai 1909 à Köpenick, près de Berlin, sous le nom d'Albert Menzel, il se passionne très tôt pour le dessin, le théâtre et la littérature. Son père, qui dirigeait une usine de compteurs à gaz à Döbeln, l'envoie faire ses études secondaires à Haubinda. Flocon y anime un petit groupe d'élèves, qui monte des pièces de Kleist, de Tieck et de Molière. Il lit le Théâtre déchaîné de Taïroff, un des rénovateurs de la Scène allemande. Adolescent, il visite l'Italie : Milan, Bologne, Pise, Gêne et Florence, où il découvre Michel-Ange, Uccello, Masaccio et Fra Angelico. C'est sa vocation artistique qui le conduit, en 1927, au Bauhaus de Dessau. Il avait été informé de l'existence de la nouvelle école grâce à des photographies publiées par la presse nationale. Émerveillé par les bâtiments de Walter Gropius, il décide d'entreprendre des études d'architecture à Dessau. Il suit d'abord le cours préliminaire de Josef Albers, puis les enseignements de Paul Klee et de Vassili Kandinsky. Mais, à l'issue de sa première année d'études, fasciné par la maîtrise de la petite troupe dirigée par Oskar Schlemmer, il décide de s'inscrire à l'atelier théâtre. « Dès mon entrée à la Bühne, il fut question de préparer une tournée. Nous avons ainsi travaillé pendant un an avec Oskar Schlemmer pour mettre au point ces spectacles que nous devions présenter à Berlin d'abord, puis à Francfort, Stuttgart et Bâle, avant de revenir à Dessau après avoir fait un grand crochet jusqu'à Breslau. » « Nous étions une dizaine d'étudiants à l'atelier : Hartmann, Feist, Klemens, Allner, Carla Grosch.... » Entré en contact avec les idées révolutionnaires, Albert Flocon milite au sein du Parti communiste (KPD), et publie même un article, en tant que représentant des étudiants du Bauhaus, dans la revue tchèque Red de Karel Teige. En 1929, plusieurs professeurs, inquiets du développement des activités politiques au Bauhaus, demandent son exclusion. Invité par le directeur, Hannes Meyer, à accomplir « un semestre hors du Bauhaus », Flocon part pour Berlin, quittant cette école qu'il définira plus tard comme « un lieu essentiellement poétique » où « était resté vivant l'héritage dadaïste », un lieu où il avait rencontré aussi celle qui allait devenir sa femme : « avec Lo s'est nouée une relation très forte qui va durer jusqu'en 1944, jusqu'à sa déportation et à sa mort... ».

En 1930, à sa sortie du Bauhaus, c'est naturellement vers Moscou qu'il se tourne. Mais son projet d'émigrer en U.R.S.S. n'aboutit pas. Il reste à Berlin jusqu'en 1933, date à laquelle il décide, pour protéger sa famille contre la montée de la violence nazie, de partir pour la France. À Paris, il travaille d'abord comme graphiste, avec son ami Heinz Allner, puis, à partir de 1938, il trouve un emploi dans un atelier de publicité à Meudon, que dirige Vasarely. Lorsque éclate la guerre, il s'engage dans la Légion étrangère, mais bientôt démobilisé, il se réfugie à Toulouse. C'est dans cette ville qu'il est arrêté en 1944 par la Gestapo, avec sa femme et sa fille ; toutes deux mourront à Auschwitz.

De retour à Paris en 1946, il obtient la nationalité française. Il prend le nom de Flocon (son pseudonyme pendant la guerre, emprunté à sa grand-mère maternelle). Il s'initie aux techniques de la gravure. Il fonde le groupe Graphie (avec Anna-Christina Boumeester, Roger Chastel, Courtin, Geneviève Durand, Jean Fautrier, Marcel Fiorini, Henri-Bernard Goetz, Léon Prébandier, Germaine Richier, Jean Signovert, Rodolphe-Raoul Ubac, Roger Vieillard, Jacques Villon, Vuillamy et Albert Yersin). Il expose avec ce groupe d'artistes et publie ses premiers livres. Il rencontre Paul Eluard, qui compose pour lui les dix poèmes de Perspectives (1948). Il se lie d'une longue amitié avec Gaston Bachelard, qui écrira de nombreuses pages sur ses gravures (Paysages, 18 burins, 1950, Châteaux en Espagne, 18 burins, 1957) ainsi que la Préface du Traité du Burin (1952). De 1954 à 1964, il enseigne à l'école Estienne, puis à partir de 1964, à l'École des beaux-arts de Paris, où on lui confie la chaire de perspective. Son cours à l'école Estienne est édité en 1961 sous le titre L'Univers des livres. En 1962, il publie, avec René Taton, La Perspective. C'est durant ces mêmes années qu'il met au point, avec André Barre, les règles d'une perspective « à champ visuel complet, mieux adaptée pour rendre compte de la situation réciproque des objets dans l'espace ». En 1968 paraît La Perspective curviligne, aboutissement de dix années de travail intense. Parallèlement à ses écrits scientifiques, Albert Flocon poursuit une activité régulière de peintre, réalisant des gouaches, des aquarelles, remplissant aussi, au fil des saisons, des cahiers complets de paysages, de notes et de dessins à la plume et au crayon. Dans la Préface de Châteaux en Espagne, Gaston Bachelard dit des gravures de Flocon qu'elles sont « abstraites-concrètes », les annexant « à tout ce qu'il aime au monde, à la pensée abstraite qui guide la création concrète ». Albert Flocon restera fidèle jusqu'à la fin de sa vie à cette voie médiane qui satisfait simultanément son amour du travail manuel et son désir de connaissance. Il réalise, en 1975, les trente burins d'Entrelacs ou les divagations d'un buriniste, puis les quatorze compositions lithographiques d'En Corps. En 1983, le Bauhaus-Archiv de Berlin expose ses Suites expérimentales. D'autres expositions auront lieu, à Montréal (1986) et à Los Angeles (1988). Une grande rétrospective sur son œuvre de penseur, d'artiste et de géomètre a été organisée en 1992 à l'école des Beaux-Arts de Metz et une exposition de ses gravures a été présentée à l'École des beaux-arts de Paris.

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Écrit par :

  • : architecte, professeur à l'École nationale supérieure d'architecture de Nancy, chercheur au Laboratoire d'histoire de l'architecture contemporaine

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Joseph ABRAM, « FLOCON ALBERT - (1909-1994) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/albert-flocon/