ALBUQUERQUE AFONSO DE (1453-1515)

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Deuxième gouverneur de l'Inde portugaise (c'est-à-dire d'une partie de la côte orientale de l'Afrique et du littoral ouest de l'Inde : le Malabar), Albuquerque y succède en 1508 à d'Almeida qui vient d'anéantir la flotte égyptienne.

De haute naissance, apparenté à la fois aux maisons royales de Portugal et de Castille, il a, dès son plus jeune âge, mené la guerre sur terre et sur mer, contre les Maures d'Afrique et contre les Turcs. Il gouverne un empire fondé peu auparavant par Vasco de Gama et Cabral – longue ligne de factoreries que ravitaille deux fois par an la flotte de Lisbonne. Il va entreprendre – et réussir – une guerre économique impitoyable contre le commerce musulman qui, depuis la « Chersonèse d'Or » (Malacca), emprunte les routes maritimes et caravanières de l'océan Indien, de Gujerat, de la Perse, de l'Arabie, de la mer Rouge, de l'Égypte. Sa supériorité, il la devra aux navires armés de canons (l'Orient ne connaissait alors que l'artillerie terrestre) et aux fortins qu'il installera près des factoreries, de préférence sur des presqu'îles, en liaison avec la flotte, comme de véritables vaisseaux amarrés à la côte. Ainsi, la domination de la couronne de Lisbonne s'implantera-t-elle solidement sur la côte de Malabar, principal centre du commerce du poivre, épice indispensable à l'Occident, et mettra fin au monopole des trafiquants arabes, grâce à l'alliance des Portugais avec les rajahs de l'Inde.

Cette guerre à outrance connut plusieurs étapes. En 1506, prise de l'île de Socotora, au large d'Aden. En 1510, Albuquerque s'empare de Goa, après avoir passé tous les musulmans au fil de l'épée. Goa devient alors la capitale, aux dépens de Calicut, et devra surtout sa prospérité au commerce des chevaux arabes. En 1511, conquête de Malacca, le grand emporium des échanges avec la Chine (soie) et avec les fameuses îles Moluques qui produisent les épices de « luxe » : cannelle, girofle, gingembre. Dès 1513 parvient à Lisbonne le premier vaisseau chargé d'épices de Malacca. Trois caravelles sont envoyées vers les Moluques, et Magellan, qui a participé à l'assaut contre Malacca, s'en souviendra plus tard...

En 1515, prise d'Ormuz, qui commande l'entrée du golfe Persique (les Portugais y resteront jusqu'en 1621). Mais auparavant, en 1513, Albuquerque avait été repoussé d'Aden, escale obligatoire, depuis l'Antiquité, entre l'Asie et l'Égypte. « Si vous êtes fort sur la mer Rouge, écrivait-il au roi Manuel, vous aurez toutes les richesses du monde entre les mains : tout l'or du Prêtre Jean [l'Abyssinie]... et les épices et denrées de ces contrées, et vous empêcherez toutes les marchandises des Indes de parvenir au Caire, si ce n'est sur vos vaisseaux. » Rêve qui ne sera jamais réalisé. À défaut d'Aden, le gouverneur voudrait s'emparer de Djeddah, le port de La Mecque, et, de là, tenter un coup de main sur la Ville sainte pour y dérober le corps de Mahomet.

La maladie l'empêchera de mener à bien ses grands desseins : il meurt en décembre 1515.

Albuquerque nous est bien connu grâce à ses nombreuses lettres au roi Manuel. D'un ton abrupt, dépourvues de la rhétorique chère à l'époque, ce sont les rapports d'un homme d'action et d'un administrateur. Il sait faire ses comptes, réclamer la solde de ses hommes (« et que ce soit en bonne monnaie de cuivre »), rétorquer avec mépris à ceux qui envoient à la cour des nouvelles pessimistes : « Voyez, Seigneur, les livres des factoreries : là sont les registres de la vérité, et non dans les lettres de vos chroniqueurs de l'Inde. » Il recrute des bombardiers hollandais, allemands. Il fait épouser à ses soldats des femmes hindoues, pour bien marquer que les Portugais sont décidés à rester, et pour assurer la stabilité de ces hommes rongés par l'inaction pendant les six mois où la mousson rend la navigation impossible.

Il mérite bien le nom de « Terrible » que lui a donné Camoens. C'est une guerre d'extermination qu'il mène contre l'Islam. Quand ses énormes vaisseaux (souvent de mille tonneaux) parviennent au voisinage des côtes, « tout se tait et les oiseaux eux-mêmes cessent de raser les flots ».

Sa réussite est due à l'emploi de l'artillerie navale, au fait, aussi, que l'Égypte traversait depuis la fin du xve siècle une crise économique et qu'il n'existait pas alors de vraie force navale asiatique. C'est au lendemain de la mort d'Albuquerque, en 1517, que [...]

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Pour citer l’article

Marianne MAHN-LOT, « ALBUQUERQUE AFONSO DE - (1453-1515) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/afonso-de-albuquerque/