LOOS ADOLF (1870-1933)

Héritage

« Adolf Loos, qui libéra le monde du travail superflu. » L'épitaphe inscrite sur sa pierre tombale illustre bien l'importance de la portée théorique de l'œuvre de Loos. Car il fut non seulement un architecte mais aussi un auteur passionné d'articles et de conférences. Dès 1898, il publie des articles souvent polémiques contre la Sécession et l'Art nouveau qui sont réunis dans deux anthologies : Paroles dans le vide (1921) et Malgré tout (1931). Il publie également une revue (qui s'arrête cependant dès le deuxième numéro) au titre ambitieux, L'Autre, avec en sous-titre « Une feuille pour l'introduction de la culture occidentale en Autriche » (1903). Sa conception du Bar américain (1908), dans le centre de Vienne, est l'une des meilleures manifestations de ce désir « d'occidentalisation ». Véritable modèle d'économie intelligente de l'espace sans renoncement au luxe, son enseigne lumineuse en forme de drapeau américain annonce la promesse du « Nouveau Monde ». Loos y joue également sur les contrastes entre la sévère structure géométrique et les raffinements du marbre et de l'acajou. Son essai Ornement et crime, où il donne sa vision sociale et humaniste de l'architecture, est édité dans « Le cahier d'aujourd'hui » de Georges Bresson et s'avère révolutionnaire lors de sa parution.

En 1922, son célèbre projet de construction pour le Chicago Tribune (1922, resté à l'état de projet) suscite l'incompréhension. Cet immeuble en forme de colonne dorique de vingt et un étages posée sur un socle rectangulaire de dix étages, deviendra par la suite un objet de référence pour le débat postmoderniste.

En définitive, l'œuvre de Loos, qui pourrait être classée dans le mouvement du « Neues Bauen », fut pourtant parfois jugée trop peu radicale par les représentants du moderne classique, de Le Corbusier à Walter Gropius. Effectivement, malgré sa conception extrêmement moderne de l'espace et du dépouillement architectural, Loos voulut aussi se placer dans la continuité historique, notamment en valorisant le travail artisanal et manuel et en posant au centre de sa pensée l'individu. De son œuvre, on retiendra la beauté sobre, l'extrême simplicité des édifices, le rythme élégant des volumes qui prouvent l'esthétique classique intemporelle, et ce au-delà du modernisme, dont Loos fut un précurseur.

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Pour citer l’article

Harald R. STÜHLINGER, « LOOS ADOLF - (1870-1933) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/adolf-loos/