4. Eschatologie
Dès les Gāthā, l'eschatologie comporte un passage discriminatoire, le pont Cinvat, aboutissant après la mort à un enfer ou à un paradis, séjour des bienheureux et d'Ahura Mazdāh lui-même. La résurrection est promise dans le nom même du sixième des Bénéfiques Immortels. Ameretatat, la non-mortalité par excellence. Deux notions, dont la première est à peine perceptible dans les Gāthā, enrichissent et caractérisent cette eschatologie : celle des Fravarti, « doubles » tutélaires des êtres humains, qui se confondent parfois avec les âmes des morts. Une fête annuelle en leur honneur atteste la fidélité que leur vouent les vivants, et le Yašt 13 qui leur est consacré renferme des listes de héros disparus dignes de commémoration.
L'autre, plus riche et plus personnelle, celle de daēna (plus tard, dēn, puis dīn), est à la fois la « religion » comme corps de croyance et l'aspect ou faculté de l'âme par où elle touche au transcendant et, à ce titre, se détache de la personnalité empirique. Un récit attesté dès l'Avesta dépeint l'âme, parvenant au paradis, accueillie par une belle jeune fille qui se révèle être l'incorporation de tout ce qu'elle a pensé, dit ou fait de bien. À l'inverse, l'âme damnée rencontre une horrible mégère qui représente tous ses méfaits. Dēn a ensuite désigné la « Bonne » Dēn, c'est-à-dire le zoroastrisme et ce qui, dans l'âme humaine, lui fait face. Il est fort probable que le mot arabe dīn, religion, vient de l'iranien plutôt que de la racine sémitique dyn, juger. On a là l'expression de la survivance de la personnalité humaine, qu'on retrouvera plus tard épanouie dans la croyance à la résurrection des corps ; mais on ne saurait affirmer que ce développement soit un ajout. Le nom qui sera celui des « sauveurs », dont l'apparition scandera le rythme de l'histoire, désigne dans les Gāthā le champion sur qui peut compter Zarathuštra, le Saošyant, dont la personnalité n'apparaît pas encore clairement, mais qui fait déjà partie de l'historiosophie zoroastrienne.
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