2. Les Yašt
À côté de ces divinités majeures, les Gāthā en mentionnent quelques-unes, dont les noms sont également abstraits, Sraoša (Discipline) et Aši (Fortune, Récompense) qui ne joueront que plus tard un rôle important. Mais elles ne disent rien de ce vaste panthéon invoqué à chaque pas dans tous les autres textes avestiques, notamment dans les Yašt, où les dieux sont décrits de manière concrète à l'intérieur d'un ensemble de mythes, où les noms des héros et des dieux nous replacent, pour la plupart, dans la mythologie védique. Ces textes ne sont pas des fossiles ; ils sont largement exploités par la liturgie, tant quotidienne que solennelle – les Yašt sont, en effet, répartis sur les trente jours du mois. Cette omission singulière, le contraste qu'elle souligne entre les Gāthā et l'Avesta dit récent posent d'emblée, sur le terrain de la théologie, la question de la situation du zoroastrisme gāthique dans la religion de l'Iran et la question du rôle de Zarathuštra dans ce qui apparaît comme une mutation.
C'est que, outre le silence jeté sur les divinités des Yašt, qui sont très certainement celles du plus vieux panthéon indo-iranien, donc antérieur à l'auteur des Gāthā, on pourrait voir une condamnation portée et contre le vieux culte indo-iranien du haoma (védique : soma), et contre tout sacrifice sanglant (Y. 32, 14 ; 48, 10), notamment celui du bovin (bœuf ou vache). Le haoma n'est pas nommé explicitement, mais son épithète ordinaire de duraoša, « qui éloigne la mort », est transparente. À ce rejet s'ajoutent des invectives contre les « mauvais souverains », les déprédateurs, tous qualifiés de « menteurs », c'est-à-dire d'adversaires d'aša, qui sont au premier chef les ennemis du bovin dont l'« âme » (Y. 29) se lamentait devant Ahura Mazdāh d'avoir à être exposée à leur violence et réclamait un défenseur. Or celui-ci leur est accordé en la personne de Zarathuštra, ce qui emporte l'assentiment du bœuf à se laisser créer.
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