5. Vištāspa et l'histoire de Zarathuštra
Plus proprement historique est la mention faite dans les Gāthā du personnage de Vištāspa, roi qui, avec quelques autres proches, va protéger Zarathuštra. La tentation était grande de voir en lui le père de Darius l'Achéménide, ce qui aurait permis d'intégrer Zarathuštra dans un contexte historique daté et localisé, à quoi ont cédé et cèdent encore de nombreux savants qui, sans soutenir que l'origine de Zarathuštra soit à chercher en Iran occidental (la langue, la géographie de l'Avesta l'excluent), s'efforcent, à bon droit, de déterminer à quel moment cet Occident a adopté le zoroastrisme, et sous quelle impulsion. Car, si Vištāspa est converti à la « nouvelle » foi, rien n'empêche, en principe, que le maître ou la doctrine soit venu d'ailleurs. Les inscriptions des Achéménides ne donnent guère d'indications univoques sur le contenu de la religion alors dominante, à l'exception du nom d'Auramazda (en un mot), et moins encore sur la religion à laquelle celle-ci aurait succédé. Les dieux y sont dénommés baga, non yazata comme dans l'Avesta, et ce n'est qu'à partir d'Artaxerxès II qu'apparaissent les noms de Mithra et d'Anahita. Mais il n'est pas exclu que les quelques notions éthiques qui y sont mises en valeur s'accordent avec la morale zoroastrienne qui serait présentée dans une version royale. Pour s'avancer davantage, il faudrait en savoir plus sur la religion extrazoroastrienne des Iraniens. Les campagnes entreprises par Darius contre des rivaux et des usurpateurs ne rappellent en rien les guerres de religion que la légende prête à Vištāspa. Mais, quelle que soit l'incertitude de son temps et de son lignage, il n'y a pas lieu de refuser une certaine historicité à ce personnage dont la légende a surtout retenu sa « conversion », qu'elle attribue aux miracles cautionnant la prédication de Zarathuštra, et son rôle quasi archétypal de fidèle et de champion de la religion, rapport qui se retrouvera, tout au long de l'histoire de l'Iran préislamique, entre royauté et religion. Cette légende fait partie d'une vie de Zarathuštra dont il ne nous reste qu'un rifacimento pehlevi d'un texte avestique, signalant surtout sa naissance et son enfance merveilleuses, ses entretiens avec les dieux, sa prédication, les persécutions qu'il endure. À sa mort, sa semence recueillie et conservée au fond d'un lac fécondera, au cours des siècles, trois vierges qui donneront naissance à trois saošyant présidant à des ères de rénovation cyclique : la dernière inaugurera une transfiguration définitive, l'apocatastase et la résurrection des corps.
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