« Ce mot rythme ne m'est pas clair, écrit Paul Valéry dans ses Cahiers. Je ne l'emploie jamais. Ne s'agissant pas de faire une définition de chose, il faudrait regarder quelques phénomènes les plus simples, de ceux qui font venir le mot rythme ; les regarder de près ; isoler et nommer quelques caractères généraux... » Chacun connaît, ou croit reconnaître, ces phénomènes rythmiques simples : j'entends mon cœur qui bat, une goutte d'eau qui tombe, une horloge qui fait tic-tac ; je perçois l'alternance des jours et des nuits, les phases de la lune, le retour des saisons ; j'ai envie de jouer un rythme, de danser sur une musique, de scander un vers avec un geste — et même, comme ici et maintenant, d'écrire selon ce qu'on a coutume d'appeler un « rythme ternaire »... Mais parlons-nous bien de la même chose ? Il est vrai que le mot rythme doit « venir » : le rythme n'est ni une chose, précisément, ni un objet qui se tiendrait là, devant moi, et que je n'aurais plus qu'à saisir, en le nommant ; le rythme surgit dans la création, s'impose à la perception, qui le reconstitue, s'exclamant alors : « Voilà le rythme ! », ou mieux : « Voilà du rythme ! », tant le mot semble échapper à tout article défini, voire à toute définition.
La première question ne peut donc pas être : « Qu'est-ce que le rythme ? », mais bien plutôt : « Qu'appelle-t-on rythme ? » L'étymologie couramment reçue fait venir le mot du grec ruthmos, abstrait du verbe rein signifiant « couler ». Quoi de plus naturel, en effet, que de caractériser le rythme par le mouvement régulier de la mer et des flots ? Mais, depuis les travaux d'Émile Benveniste (La Notion de rythme dans son expression linguistique, article de 1951), on sait que le verbe rein s'applique, dans la langue grecque, au cours d'un fleuve ou d'un ruisseau, et non au « rythme » des vagues, qui, elles, ne « coulent » pas. Analysant dans le détail les différentes acceptions du mot chez de nombreux auteurs tels que Leucippe, Démocrite, Hérodote, Xénophon, Platon enfin, le célèbr […]
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