4. État rationnel et pouvoir absolu
Quoiqu'on l'en ait accusé, Hobbes ne justifie ainsi ni le tyran, ni le chef totalitaire. Tout au contraire. Ses contemporains ne s'y étaient pas trompés, qui l'accusaient souvent de préparer la ruine de l'État. Considérant jusqu'au bout la sauvegarde de la vie, du mouvement vital, comme la clef de voûte de son mécanisme, il accorde en effet à tout citoyen menacé dans sa vie par le fonctionnement de l'État le droit de se défendre et de résister par tous les moyens. On lui a reproché de légitimer ainsi la révolte. Il n'a jamais reconnu qu'un droit irrépressible à la résistance individuelle devant le péril de mort. Mais il a établi que, dans l'État, l'homme en tant qu'homme disposait, sous peine d'absurdité, d'un droit inaliénable et imprescriptible. C'était la première expression de la doctrine des droits inaliénables de l'homme.
Pour comprendre Hobbes, il faut se placer dans la perspective qui est la sienne, accepter jusqu'au bout le modèle mécanique qu'il propose. Ce sont les limites et les insatisfactions de l'homme qui alimentent ses passions et sa méchanceté. La toute-puissance du souverain le délivre de ses passions, de leurs excès, de leurs abus, « purifie le sang du souverain et corrige la méchanceté de la nature humaine ». D'autres avaient déjà dit de Dieu que sa toute-puissance était au principe de sa perfection. Dans le souverain, la raison ne trouve plus d'obstacles. Le souverain n'a plus d'intérêts particuliers : son intérêt se confond avec l'intérêt général. « Le roi est ce que je nomme le peuple. » Le souverain ne peut vouloir et accomplir que le bien de l'État. Il est la raison en acte. Ce n'est pas, comme chez Platon, le philosophe qui est fait roi. C'est le roi qui, en vertu du caractère absolu de son pouvoir, devient philosophe. Les princes du xviiie siècle crurent comprendre qu'ils devaient devenir des despotes éclairés.
À plus strictement parler, la théorie de Hobbes ne se justifie complètement que dans la perspective d'un rational […]
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