Lorsqu'ils découvrent Duel (1973), simple film de télévision au suspense si puissant qu'il est presque aussitôt diffusé sur grand écran, puis Les Dents de la mer (Jaws, 1975), les spectateurs ne se doutent pas qu'avec Steven Spielberg s'ouvre une nouvelle ère de l'histoire d'Hollywood. Au-delà des records absolus de recettes, des budgets vertigineux, des stratégies de marketing, des performances technologiques, c'est un nouvel état d'esprit qui s'installe, à tel point qu'on pourra parler, dans la décennie suivante, de « planète Spielberg ».
Steven Spielberg n'a pas fréquenté de grande école de cinéma comme Francis Ford Coppola, Brian De Palma, Martin Scorsese, George Lucas, John Milius, Oliver Stone... C'est en discutant avec De Palma ou Scorsese qu'il découvrira que le cinéma, jusque-là « merveilleux train électrique », selon la formule d'Orson Welles, peut aussi permettre d'exprimer une vision de la vie... Comme George Lucas avec la série des Star Wars, il renoue avec l'ère de l'entertainment, avec Walt Disney, Cecil B. DeMille, les cartoons de Chuck Jones, le fantastique et la science-fiction tel qu'on les pratiquait dans les années 1950. Nostalgiques de la machine à rêves et jeune public vont retrouver dans ses films, jusqu'à La Liste de Schindler (1993), la magie des contes de fées de leur enfance, tandis que le public cinéphile et une certaine critique, nourris de Godard, d'Antonioni, de Penn ou de Cassavetes, réagissent par un mépris et un ostracisme radicaux. Progressivement pourtant se construit un discours personnel qui met à mal l'enchantement et l'imagerie lénifiante des débuts.
1. L'esprit d'enfance
Si nombre de films du cinéaste s'inspirent des contes de fées, la carrière du réalisateur y ressemble beaucoup. Né le 27 décembre 1947 dans l'Ohio au sein d'une famille aisée, Steven Spielberg a été formé par une cinéphilie nouvelle. Il découvre pêle-mêle films, séries, shows ou téléfilms, à la télévision plus qu'en salles, sans autre guide que son plaisir immédiat : dessins animés, shows de Jerry L […]
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