De la marge au centre, des productions indépendantes à celles de l'industrie, des projets personnels aux commandes, des échecs aux succès retentissants, Brian De Palma a fait toutes les expériences qui s'offrent à un cinéaste américain. Essentiellement reconnu pour ses exercices de style et ses variations sur le cinéma de genre, il a acquis le statut d'un professionnel à la trempe d'artiste, capable de donner un cachet noble à des entreprises d'abord commerciales (Mission : Impossible, 1996), tout en assurant leur efficacité. Statut plutôt rare et original, mais qui masque la bizarrerie de ce cinéaste, son fétichisme (du plan, du regard) et sa passion pour la mise en scène véritable sujet de ses films.
C'est la découverte du cinéma expérimental qui entraîna Brian De Palma à abandonner ses études scientifiques pour se tourner vers la réalisation. Le goût de l'expérience sur les images, et sur le spectateur, est présent dès ses premiers films. Marqués par la contre-culture américaine des années 1960, The Wedding Party (1964) et Greetings (1968) témoignent aussi d'un sens de la distanciation comique et de la fantaisie formelle dont Hi, Mom ! (1970) fera la synthèse, combinant un double motif, politique (le combat entre Blancs et Noirs) et visuel (l'histoire d'un voyeur-filmeur), dans un scénario de manipulations et de faux-semblants généralisés. Très étrange, le film est aussi devenu une curiosité, car on y voit Robert de Niro entrer peu à peu dans la peau du personnage qu'il interprétera dans Taxi Driver de Martin Scorsese. Tout au long de sa carrière, De Palma réaffirmera son plaisir à débrider son inspiration dans des films qui sont de puissants antidotes à la standardisation esthétique du cinéma, de Phantom of Paradise (1974), où dominent les recherches expressionnistes dans un climat d'horreur carnavalesque, à Furie (1980), film d'espionnage labyrinthique au croisement de la politique et de l'occultisme, et jusqu'à L'Esprit de Caïn (1992), thriller mental qui laisse libre cours à l'emphase, au baro […]
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