Des contemporains ont situé Walt Disney dans la mouvance d'autres grandes figures du Nouveau Monde, de Thomas Edison à Henry Ford. Plus qu'un apôtre du taylorisme à outrance, on serait tenté de rapprocher le souverain de Disneyland d'un impresario hors du commun tel que Diaghilev, qui réunit dans son sillage de multiples talents (peintres, compositeurs, librettistes et chorégraphes). Comme lui, Disney joua un rôle de révélateur et de catalyseur dans son domaine.
Lors d'une rétrospective mondiale du Septième Art-bis, en 1967, à Montréal, un maître animateur hollywoodien du nom de Chuck Jones fut applaudi par ses pairs en reconnaissant, entre autres hommages aux pionniers du dessin animé, le rôle éminent du père putatif de Mickey. À l'entendre, il n'était ni musicien, ni peintre, ni plumitif ou animateur émérite. Et pourtant : « Il est sorti de ses studios des œuvres parmi les plus réputées jamais réalisées... »
1. Un petit gars du Middle West
Né le 5 décembre 1901 à Chicago, avant-dernier enfant d'une famille nombreuse, Walter Elias Disney situera souvent ses meilleurs souvenirs dans une ferme du Missouri. Après ce trop bref séjour durant lequel il croquera ses premiers porcelets sur le vif, le jeune garçon connaît des moments moins amènes quand son père, entreprenant mais versatile, choisit de délaisser les verts pâturages pour diffuser des gazettes dans la grisaille d'une grande cité. Détenteur d'une concession à Kansas City, il charge deux de ses fils, dont Walt, de la distribution des quotidiens. Celui-ci s'adonnera à bien d'autres tâches au détriment de sa scolarité, mais sans cesser de dessiner (il fréquente alors le Kansas City Art Institute). Son frère Roy (1893-1971) s'étant engagé dans la marine durant la Première Guerre mondiale, Walt, qui n'a pas encore dix-sept ans, se porte à son tour volontaire dans un service de la Croix-Rouge en falsifiant sa date de naissance. Affecté en France comme ambulancier dans la région parisienne, il agrémente l'ordinaire en caricaturant […]
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